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Rencontre avec l’artiste Nelson Pernisco (né en 1993, étudiant à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris), l’un des 10 finalistes de la Convocation, concours ouvert aux élèves en écoles d’art, à partir d’une collaboration entre la revue ENTRE et l’association OKTOGONE.

Après le skate dans les parkings, il intègre le monde du squat construisant un réseau solidaire d’artistes au fil d’anciennes friches industrielles réhabilitées en espaces de travail et d’expositions autogérés (le Point G à Ourcq, le Wonder). Sa pratique de la sculpture se nourrit peu à peu de ce nomadisme et matériaux récupérés.

Mowwgli : Finaliste pour la Convocation 2017, en quoi cela représente-t-il une opportunité pour vous ?
Nelson Pernisco : Participer à un concours en tant qu’artiste c’est toujours chercher la comparaison, c’est une compétition en soi, cela permet de tester son travail par rapport aux autres, et je pense que cela force la critique, les gens se mettent à juger et donc à s’intéresser à ton travail. Remettre en question mon travail est ce qui peut lui arriver de mieux.

M : Le 20 février vous avez ouvert l’exposition Wonder/Liebert dans les nouveaux ateliers de Bagnolet avec le soutien du Palais de Tokyo , cette reconnaissance n’est -elle pas antinomique avec le principe subversif du squat ?
N. P. : Il me semble important avant tout d’éviter l’amalgame en utilisant le mot  » squat », le Wonder/Liebert n’en est pas un, dans le sens ou l’occupation de ses locaux repose sur un bail signé avec le propriétaire. Il y ressemble parfois car il n’est nullement subventionné ou aidé de quelconque manière financière. C’est un lieu qui évolue, comme les projets qui l’ont précédé, à la mesure de l’investissement physique et économique de ses membres. Nous fonctionnons principalement sur la débrouille. Tout comme un squat également le projet Wonder par d’une revendication de l’espace, en manque en région parisienne, transformant des lieux vacants en atelier de création pour les artistes, mais avec une recherche de stabilité dans l’occupation pour préserver nos résidents des expulsions manu militari. Inviter le Palais de Tokyo comme partenaire de notre ouverture était une manière pour nous d’affirmer une position nouvelle quant à l’occupation temporaire d’une part et au monde de l’art d’autre part. Déplacer le musée d’art contemporain de la ville et son public de l’autre côté de périph était un geste fort. Ce soir-là, les habitants du quartier avaient été largement invité par nos soins, il y avait un mix important de culture. Le Palais de Tokyo et le Wonder représente aujourd’hui deux sphère distinct du monde de l’art, nous avons voulu montrer comment ces deux sphères font système, interagissent et s’alimentent mutuellement : l’une renforce l’autre, même si l’une dit s’opposer à l’autre. L’enjeu était de jouer avec les modes de reconnaissance au sein du monde de l’art, d’une part, et de l’évolution de l’institution culturelle d’autre part qui participent au brouillage des frontières entre culture cultivée et culture populaire. De nouvelles démarches artistiques qui sont progressivement soutenues et reconnues par l’Institution Culturelle de diverses manières, ceci pouvant participer à la légitimation de genres artistiques nouveaux.

M : Je vous ai rencontré face à l’œuvre « Le commencement et la fin » montrée en 2015 à ARTAGON,en quoi a-t-elle valeur de manifeste ?
N. P. : Le commencement et la fin est la consécration dans une même forme plastique de la construction et de la destruction, soit de la création en somme. C’est l’idée d’un projet à faire ou à refaire, questionnant le temps dans sa capacité à reproduire les mêmes évènements. Le béton m’apparaît comme un matériaux phénix, à l’origine de la construction de nos villes contemporaines, je m’abandonne souvent à imaginer que lorsqu’alors nous détruisons nos villes nous réutilisons ces mêmes villes concassé pour, en les re-mélangeant avec de l’eau, et en construire de nouvelles.
C’est une ode à la ville, célébrant la cohabitation fugace de la ruine et du chantier que l’on bâtit paradoxalement sur les gravats du passé, mis à jour par les fouilles.
Et son titre tiré de l’apocalypse de St Jean l’accable immédiatement d’un air annonciateur.

M : Les catégories habituelles évoluent, êtes-vous commissaire et/ou artiste ? ou rétif à ce genre de mise en boîte ?
N. P. : Pour les expositions indépendantes que nous créons, il n’y a pas de commissaire au sens où tout le monde devient commissaire, le choix des pièces présentées ainsi que l’accrochage se fait en réunion et des essais sont discuté collectivement.
C’est une tentative de se créer un espace de liberté́ qui n’existe pas dans les lieux dits institutionnelles, pour s’affranchir de règle, de codes artistiques ou administratifs.
A travers ces expositions nous nous retrouvons autour d’une volonté́ d’inventer de nouveaux rapports entre les artistes eux-mêmes, entre les artistes et le public, entre les œuvres et le public. Un rapport à l’art fait de simplicité́ et de spontanéité́, qui tenterait d’établir un rapprochement entre les productions esthétiques et le quotidien.

Tout le reste il s’agit d’invitations, de cordialités ou de solidarités, mais je ne me sens pas du tout commissaire. Je ne saurai être autre chose qu’un artiste, et oui à bas la mise en boite !

M : Quels conseils donneriez-vous à la jeune et future génération d’artistes le diplôme en poche ?
N. P. : Je n’ai pas de conseil particulier à donner, je pense qu’il faut agir avant tout, qu’il faut réaliser ses envies en convoquant le plus grand dévouement et la plus belle énergie, et que s’il faut respecter une règle c’est bien celle-ci : Il n y a pas de règle.

EVÉNEMENTS :
• KIUASKIVI – Retrouvez sa dernière pièce autour du principe de la technothérapie ! un sauna immersif
Nelson Pernisco
A partir du 12 mars 2017
Galerie Glassbox Paris
4 Rue Moret
75011 Paris
http://www.glassbox.fr

• RÉALITÉ
Nelson Pernisco
A partir du 23 mars 2017
La galerie Christophe Gaillard
5 Rue Chapon
75003 Paris
http://www.galeriegaillard.com

• LA CONVOCATION
Nelson Pernisco
> Du 25 au 29 avril 2017
Avec une exposition collective sous la forme d’un parcours artistique à travers 5 lieux : galerie Laure Roynette, galerie Escougnou-Cetraro, galerie Pascaline Mulliez, Maëlle Galerie, Cité internationale des Arts.
> Du 4 au 20 mai 2017 avec une exposition collective réunissant les 10 finalistes dans un même lieu, à Ourcq Blanc.

https://www.nelsonpernisco.com/
http://www.laconvocation.fr/

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