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Mains d’Œuvres, c’est 250 artistes en résidence par an, en danse, théâtre, musique, arts visuels, arts numériques et art et société. C’est aussi des studios de musique, des ateliers sportifs et artistiques, de la formation continue et un nouveau resto, La Cantine.

Rencontre avec l’une de ses chevilles ouvrières, Ann Stouvenel qui insuffle un vent nouveau sur les arts visuels à l’occasion de la journée de rencontres organisée avec la psychiatre et collectionneuse Dorith Galuz, dont une partie des œuvres est exposée (visite, table ronde et vente aux enchères de soutien aux artistes).
« Remettre la créativité au sein de la société dans un partage et une mutualisation »
Mowwgli : Quelle a été votre motivation pour répondre à l’appel de ce lieu d’imagination artistique et citoyenne ?
Ann Stouvenel : J’ai postulé à Mains d’Œuvres en 2013 car c’est d’abord et avant tout un lieu qui propose de penser la créativité au cœur de la cité, selon sa mission de départ. Redonner l’envie de critiquer, de se retrouver ou pourquoi pas, d’essayer d’imaginer des cités créatives !
C’est aussi un lieu tourné vers la scène émergente (et pas que comme on le constate dans cette exposition de la collection Galuz), que l’on soit émergent à 20 ans comme à 50 ! J’ai d’ailleurs exposé en 2015 le collectif assez jeune « Suspended Spaces » avec des membres aussi variés que Françoise Parfait, Stéphane Thidet,Bertrand Lamarche ou Kader Attia.
M : Comment fonctionnez vous au quotidien à partir de la philosophie du lieu ?
A. S. : C’est la notion d’économie non monétaire rattachée au lieu qui permet un mode de fonctionnement mixte. Nous sommes assez autonomes en terme de budget avec plus de la moitié en fonds propres, ce qui est plutôt exceptionnel. A mon sens le numéraire monétaire n’est pas la seule valeur possible et dans bien des cas les artistes n’ont pas forcément besoin de cette valeur là. Ils ont parfois aussi besoin de temps, d’espace, de moyens humains, techniques de compétences, de matériaux, ce que l’on offre ici avec par exemple 20 studios d’enregistrement et de répétition au sous sol, un théâtre au 1er étage et une salle de conférence au 2é, un studio de danse, un jardin partagé. Le tout permet de mutualiser. Un plasticien qui va vouloir créer par exemple une vidéo va pouvoir tourner, puis enregistrer le son et aussi recueillir un avis critique sur son travail grâce à mon accompagnement et la présence des critiques d’art et commissaires en résidence actuellement.
M : Lieu de recherche et de résidence, quel type d’accompagnement proposez vous ?
A. S. : Mes collègues des autres pôles et moi sommes accompagnateurs. Cet accompagnement se décline à travers différents sujets chers aux artistes qu’ils soient jeunes ou plus confirmés. L’accompagnement peut aller d’un aspect juridique et professionnalisant dans le prolongement effectif de leur école (facturation, déclaration, contrat, obligations) d’aides à la mobilité à travers un partenariat par an (Los Angeles, Shangaï, Serbie, Transylvanie, Montréal l’année dernière pour Sandrine Dhainaut, critique d’art en résidence et cette année la Pologne, l’Ukraine et la Belgique), d’aides à la diffusion par l’exposition mais aussi l’organisation d’évènements (soirées de performance, de concert), de rencontres avec le territoire (ateliers pour les enfants ou adultes en lien avec le pôle art & société mais aussi en milieu carcéral), de production d’œuvres (à partir de budgets développés par exemple à travers la vente aux enchères d’aujourd’hui). Il est important de signaler que l’on ne fait pas d’événements à Mains d’œuvres sans rémunération des artistes ou alors contre partie réelle (résidence, don de matériel, prêt, compétences..).
M : D’où le lien avec votre autre activité de co-fondatrice du réseau national Arts en résidence 
A. S. : Si la résidence d’artiste telle que pensée aujourd’hui existe depuis les années 80 avec comme 1er lieu, le Confort moderne à Poitiers créé par Fazette Bordage qui est aussi notre Présidente à Mains d’Œuvres qu’elle a fondé avec d’autres personnes dont Christophe Pasquet (à l’origine du Point Ephémère et l’Usine Ephémère).
Ce phénomène relativement nouveau s’est développé dans les années 2000 et c’est alors que Mathilde Guyon qui travaillait à la friche Belle de mai, et moi avons décidé de réfléchir ensemble sur nos objectifs et préoccupations jusqu’à ce que le CNAP sorte en 2010 le guide « 196 résidences en France »faisant apparaître des orientations ou missions parfois différentes sur tout l’hexagone. C’est alors que l’on a créé ce réseau qui n’est pas exhaustif mais permet de mutualiser les pratiques et modalités de la résidence avec comme prérequis de départ que le résident ait au minimum 70% de son temps consacré à sa pratique personnelle et non aux obligations du lieu (différence avec montage, gratuité du loyer..). Nous avons rédigé une charte déontologique avec les autres membres et nous sommes aujourd’hui une trentaine au bout de 4 ans d’existence. Nous fonctionnons à partir de nos adhésions sur une base de bénévolat ce qui allège beaucoup les dépenses et faisons aussi des demandes de subvention à la DGCA.
M : Dans la programmation trans-disciplinaire et extrêmement large de Mains d’Œuvres, y a t-il une ligne de force ou recherchez vous au contraire la mise à plat des hiérarchies des genres ?
A. S. : Mains d’Œuvres reste un lieu atypique. Il existe peu de lieu pluridisciplinaire de résidence sur 4000 m² dont le cœur du projet est l’accompagnement des artistes au sein de la société et en dialogue avec la population. Il y a ici beaucoup de pratiques amateur, des cours de sports, des conseils d’administration d’entreprise qui louent des salles…C’est un lieu qui fonctionne sans ligne de force majoritaire ni hiérarchie que ce soit dans la programmation et la gestion du lieu. C’est une gouvernance partagée où chacun peut y assister et décider des grandes orientations du lieu à travers de nombreuses réunions ouvertes à toute personne souhaitant faire partie de l’aventure.
INFORMATIONS :
Old dream
Une sélection de la collection Dorith et Serge Galuz
Commissariat : Ann Stouvenel
Avec : Eva Barto, Neil Beloufa, Claude Closky, Judith Deschamps, Hoël Duret, Hans-Peter Feldmann, Dorith Galuz, Mark Geffriaud, Dominique Gonzalez-Foerster, Flaka Haliti, Tarik Kiswanson, Claude Lantier, Ange Leccia, Benoit Maire, Simon Nicaise, Julien Prévieux, Enrique Ramirez, Mathilde Roussel, Melissa Dubbin et Aaron S. Davidson, Information Fiction Publicité.
(Evénement clôturé)
PROCHAINEMENT
• Le cycle de projections Video Action
Une proposition de Sophie Lapalu
Avec Céline Ahond, le mardi 4 avril, entrée libre
• Camille + Paul = <3
Du 11 mai au 18 juin 2017
Avec : Camille Girard et Paul Brunet
Commissaire : Ann Stouvenel
Camille Girard et Paul Brunet sont deux artistes quimpérois, spécialistes du dessin, de la peinture et des fresques murales.

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