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Rencontre avec Chantal Colleu-Dumond du Domaine de Chaumont sur Loire

Temps de lecture : 3 minutes et 5 secondes

Une femme se cache derrière la réussite du domaine de Chaumont sur Loire qui se réinvente sans cesse et fédère un public toujours plus large. Conjuguer l’art, la nature et le patrimoine est la feuille de route que s’est fixée Chantal Colleu-Dumond habituée à relever les défis et laisser durablement son empreinte que ce soit en France ou à l’international (Rome, Bucarest, Essen). Nous l’avons rencontrée parmi les floraisons printanières du parc à l’occasion de l’ouverture de la 9ème saison artistique.

Mowwgli : Quelles sont les nouveautés de cette saison artistique 2017 ?

Chantal Colleu-Dumond : La commande artistique passée à l’artiste américaine Sheila Hicks, qui a réalisé une installation dans la Galerie du Fenil avant d’intervenir l’an prochain dans les « appartements des invités » du château, fait apparaître à Chaumont une nouvelle matière, avec ses merveilleuses balles de fibres colorées, ses cordages et ses fils de laine et de soie. Le jeu de l’artiste – qui ne cesse d’inventer de nouvelles couleurs- avec le gris du béton patiné, mais aussi les éléments de la nature qu’elle utilise pour la première fois, lui permettent de développer de fascinants paysages et de nouveaux langages, tout à fait mystérieux. L’œuvre s’appelle d’ailleurs « Glossolalia » et pourrait, selon elle, nous faire découvrir le langage des anges.

L’exposition » Arborescences » qui regroupe plus de 35 œuvres jamais rassemblées de Sam Szafran, dont certaines de très grand format, présente pastels et aquarelles d’un artiste trop rare sur les cimaises de nos musées. Ses extraordinaires jardins suspendus, ses jungles inextricables de monsteras défient des lois de la perspective et recèlent une incroyable puissance poétique.
Stéphane Guiran a, quant à lui, conçu un fascinant et sonore « nid des murmures » pour le manège des Ecuries, composé de cinq mille fleurs de quartz immaculées.
Le Domaine accueille aussi les œuvres subtiles et délicates de Karine Bonneval (« Sacharumania »), Marie Denis («  Herbier de curiosités »), Andrea Wolfensberger (« 0/1. Zwischen Nul und Eins »), Makhi Xenakis et la sculpture monumentale d’Ursula von Rydingsvard.
Cette 9ème Saison d’Art nous entraîne également dans les oniriques univers numériques de Miguel Chevalier et Davide Quayola.

M. : Vous qui croyez en l’interculturalité et le vivez à travers votre parcours et les invitations internationales que vous lancez à des artistes prestigieux ou émergents, quelles autres valeurs vous animent au quotidien dans ce domaine en harmonie avec la nature ?

C. C. D. : La coexistence et le dialogue avec l’esprit du lieu d’artistes venus du monde entier sont, en effet, très importants pour moi.

Par ailleurs, outre leur efficience émotionnelle et  esthétique intrinsèques, les œuvres présentées à Chaumont-sur-Loire délivrent aux visiteurs un message effectif ou subliminal de préservation de la nature qui nous environne. Elles célèbrent et subliment ce que l’œil oublie souvent de voir . Les métaphores sont plus efficaces que de longs discours.

Il est aussi pour moi essentiel que les créations puissent toucher et surprendre à la fois les connaisseurs, collectionneurs, galeristes… et des publics moins habitués aux lieux de l’art. C’est en ce sens que l’aventure ici menée est tout à fait passionnante.

M. : Vous avez voulu initier un dialogue entre cette saison 2017 et le thème du Festival International des Jardins lié au pouvoir des fleurs, est ce une nouvelle direction ou plus conjoncturel ?

C. C. D. : Lier par quelques œuvres la Saison d’Art et le Festival était pour moi une grande tentation. Avec le « Flower Power » ou le « pouvoir des fleurs », thème de la 26ème édition du Festival International des Jardins, l’invitation de l’artiste Rebecca Louise Law, créatrice mondialement reconnue d’extraordinaires jardins de fleurs suspendues, était pour moi une évidence et la proximité que j’ai souhaitée, dans les Ecuries, avec les cinq mille fleurs de quartz de Stéphane Guiran résonne très poétiquement. Le décloisonnement est l’une des clés du succès du Domaine.

M. : Quelle est selon vous la clé d’une journée réussie à Chaumont que l’on soit amateur d’art contemporain ou pas ?

C. C. D. : Il est important d’avoir du temps pour arpenter les 32 ha du Domaine et de passer d’un univers à l’autre. Je conçois la journée que l’on passe à Chaumont-sur-Loire comme une expérience globale, faite de temps de rencontre avec le patrimoine, avec l’art et avec les jardins. Tout ici compte et tout est étudié pour le bonheur du visiteur, même les découvertes culinaires.
La qualité de l’accueil et l’hospitalité sont pour nous des valeurs très importantes, en un monde où la dureté des relations humaines s’est considérablement accrue.
Chaumont-sur-Loire doit être un lieu de ressourcement.

M. : 9ème saison d’art de Chaumont sur Loire et un bilan plus que positif en termes de fréquentation et de retombées, si vous aviez un rêve encore inassouvi quel serait-il ?

C. C. D. : Continuer à faire rêver nos visiteurs avec des artistes confirmés et émergents, continuer à faire connaître de nouveaux talents et investir de nouveaux espaces permettant de nouvelles aventures artistiques et jardinistes. Les idées ne manquent pas…

Voir l’article sur l’exposition en cours : http://mowwgli.com/12582/2017/04/10/flower-power-a-chaumont-loire-saison-2017-digitalart/

INFOS PRATIQUES :
Art contemporain & photographie à Chaumont : 9è saison
Commissaire : Chantal Colleu-Dumond
Du 1er avril au 5 novembre 2017
Centre d’art et de nature
Domaine de Chaumont sur Loire (41)
http://www.domaine-chaumont.fr/fr/centre-d-arts-et-de-nature/saison-2017
Tarifs et billetterie :
Billet 1 journée, adulte 18€, pass famille domaine.