Temps de lecture : 5 minutes et 29 secondes

Anne Vierstraete, directrice générale de la foire se félicite de son changement d’emplacement plus central à Tour & Taxis. Resserrée à 145 galeries (et non plus 200) de 28 pays l’édition entend maintenir son rôle de révélateur avec la section DISCOVERY que complètent les sections REDISCOVERY dédiée à des artistes tombés dans l’oubli et PRIME autour des valeurs sûres.

L’un des moments plus intimistes et particulièrement réussi de cet événement est l’exposition « Momentos » autour d’objets collectionnés et leur lien avec leur propriétaire en l’occurrence des artistes, de Mathieu Mercier aux frères Tobias, Benoît Maire ou Christian Jankowski. Si nous sommes tous des collectionneurs potentiels, certains plus que d’autres, ces « souvenirs, artefacts et autres curiosités »nous parlent de valeurs, de projections subjectives, de quête identitaire ou sociale, autant de sujets passionnants.

Quelques repérages et coups de cœur parmi les solo show en forte croissance, ce qui est toujours positif, et autres propositions de qualité en écho avec les nombreuses initiatives en ville que nous vous avons fait partager toute la semaine et qui placent la capitale belge au top de la création contemporaine !

Dans la catégorie solo show :

Friedrich Kunath chez VNH GALLERY Paris
Découvert pour de nombreux parisiens au Crédac lors de son exposition en 2014, l’allemand Friedrich Kunath oscille entre la tradition germanique romantique et l’hyper flux des images contemporaines. Résolument pluridisciplinaire et éclectique, il surfe sur la crête de l’ironie bousculant les temporalités et références. Ses titres ont une grande importance et servent de détonateur pour qui tente de décoder le message. Ainsi si l’on prend « Enveloppe (seascape) » qui est une référence à l’iconographie galvanisée des clichés des couchers de soleil on y trouve aussi une référence implicite à Magritte dans la facture des nuages, ce qui n’est pas anodin dans le cœur des belges !

Caroline Delieutraz chez 22,48 (Paris)
Caroline Delieutraz traque dans la culture visuelle les possibles indices de pulsions scopiques et autres stratégies cognitives induites par certains concepts de mass media. Des automatismes déclenchés par le numérique et ses avatars qu’elle décrivait dans son exposition récente à la galerie sous le titre « Unnamed Feelings ». C’est justement parce que l’on ne peut les qualifier qu’ils sont d’autant plus pernicieux et révélateurs de comportements ambivalents. Avec sa relecture de l’ancien filet de bagage SNCF retenant un smartphone sur lequel s’affiche un scorpion, il est question de notre fascination pour certains animaux toxiques régulièrement saisis aux douanes des aéroports. Opérant par sampling ou dispersion elle sème le trouble. Caroline Delietraz est actuellement sélectionnée parmi les finalistes du prix Sciences Po pour l’art contemporain.

Catégorie Prime :

Sara Ludy chez BITFORMS GALLERY (New York)
Les environnements digitaux de Sara Ludy nous disent sa fascination pour le virtuel comme reflet du réel et vice et versa, comme dans Second Life sur lequel elle s’est penchée longuement. Ses deux instruments de base sont l’iPhone et l’ordinateur auxquels elle ajoute la modélisation 3D de paysages et la musique.

Recycle Group chez SUZANNE TARASIEVE (Paris)
Collectif russe formé par par Andrey Blokhin et Georgy Kuznetsov, Recycle Group se penche sur l’homme face aux défis de la réalité virtuelle. Erigeant un panthéon religieux basé sur ces nouvelles divinités de l’internet ils mêlent esthétique archéologique et iconographie technologique. Ici ce sont les apôtres en train de se prendre en selfies sur fond de bas relief faits de grillages en plastique. Ils avaient frappé les esprits à la dernière Biennale de Venise avec le projet Conversion dans l’ancienne église Sant’Antonin entre récit d’anticipation et parabole biblique.
Suzanne Tarasiève présente également en ville, au 37 place du Châtelain une sélection.

Hannah Collins chez GALERÍA JAVIER LÓPEZ & FER FRANCÉS (Madrid)
Si l’on a beaucoup parlé de sa collaboration avec le chef catalan Ferran Adria « The fragile Feast » la photographe et réalisatrice britannique couvre un large champ d’inspirations autour de la nostalgique d’un monde qui n’est plus. Questionnant le documentaire dans des grands formats à l’esthétique très épurée, entre souvenirs personnels et expérience collective de la mémoire (paroles d’ ouvriers d’une usine désaffectée de Tourcoing) elle traque l’errance, la dissolution de l’identité, la précarité. L’architecture de ces lieux délaissés où la présence humaine se cache, lui donne une surface de projection pour ces images d’une indicible nostalgie.

Wendy White  chez MARUANI MERCIER | (Bruxelles-Knokke)
L’évolution du portrait de Michele Obama sur fond de miroir joue sur la réflexivité de l’image induite. Détourant les traditionnels clichés liés au genre, à la domesticité à la réussite sociale, l’américaine Wendy White imagine des peintures en technicolor, selon ses termes, à partir de photos en couleur qu’elle repasse en noir et blanc et imprime en grand avant de les rehausser de nouveau de couleurs. Comme des palimpsestes ou des vanités qui repoussent catégories et limites de notre perception.

Chez MEESSEN DE CLERCQ (Bruxelles)
La Japonaise Rinko Kawauchi est révélée par trois livres : Utatane, Hanabi et Hanako. Les épiphanies du quotidien qu’elle capture notamment dans son journal en ligne « Rinko Diary » avec son iPhone ou son Rolleiflex en hommage à Irving Penn, lui ont valu la reconnaissance internationale suite aux Rencontres d’Arles en 2004. Elle a l’art de souligner le côté double et impermanent des choses. Son livre Illuminance publié par Aperture est le premier volume publié hors de son pays.

Luigi Ghirri chez SAGE (Paris)
L’approche conceptuelle de la série Atlante à partir de la notion de cartographie en 1973 se révèle avant-gardiste dans son traitement qui tend vers l’abstraction. Questionnant la véracité de l’atlas photographié il donne à voir volontairement les imperfections d’un tel projet voué à l’échec. Des conventions de représentation émergent de ces îlots instables soulignant la vanité humaine d’une classification des connaissances. Il se dégage une certaine poésie de l’ensemble.

Catégorie Discovery :

David de Tscharner chez Escougnou-Cetraro (Paris)
A travers la série Les Ambassadeurs le suisse David de Tscharner transforme les images glanées sur Instagram en sculptures flottant dans l’espace. Autant de détails aléatoires détournés de leur nature première à qui il offre une seconde vie. Le clin d’œil à l’œuvre de Holbein invite le spectateur à déplacer son regard pour chercher ces mutations des références entre passé et présent, futur et anticipation. J’avais été fascinée par le petit théâtre d’ombres que l’artiste avait imaginé au Frac des Pays de la Loire à partir d’objets collectés dans la campagne environnante et le truchement de la lanterne magique. David de Tscharner enseigne à la Cambre Bruxelles.

Tschabalala Self chez Thierry Goldberg (New York)
A 27 ans l’américaine Tschabalala Self a déjà été repérée par Larry Gagosian qui la rapproche volontiers de Picasso. Elle est exposée pour la première fois à Londres à la Parasol Unit Foundation. Ses personnages dénoncent non seulement le racisme infligé au corps de la femme noire mais aussi le sexisme ordinaire. A travers les stéréotypes qu’elle met en scène dans des postures outrancières il s’agit de poser la question du voyeurisme et du pouvoir politique.

Matyás Chochola chez GRIMMUSEUM (Berlin)
L’installation immersive du tchèque Matyas Chochola recèle un sens du chaos théâtralisé, borderline et joyeusement foutraque. Des traces sur le sol d’anciennes performances, des néons qui clignotent, des signes cabalistiques, des totems parsèment l’environnement d’indices jusqu’à ce que peu à peu se dégage une sorte de poésie dans ce mélange irrévérencieux de références entre high et low culture. De cette esthétique du bricolage surgit une réflexion sur l’histoire des formes, de la sculpture, du socle.

Eric van Hove Chez C Ø P P E R F I E L D / DIVISION OF LABOUR (Londres)
Belge né en Algérie, Eric van Hove est avant tout un nomade qui opère la jonction entre l’artisanat, la production industrielle dans son atelier de Marrakech soulignant avec humour les désastres d’une économie mondialisée sur des savoirs faires ancestraux. Le projet Mahjouba I et II est une motocyclette faite sur mesure par à la fois des artisans et des designers, le temps d’une collaboration inédite rassemblant des corps de métier radicalement opposés. Son installation exposée récemment au Frankfurter Kunstverein reconstituait cet atelier d’un nouveau genre sous le titre : Atchilihtallah (à la grâce de dieu). Les moteurs, la mécanique le passionnent qu’ils rapprochent volontiers de la calligraphie asiatique qu’il a étudié à Tokyo auprès d’un maître.

Josephine Pryde chez New Art Centre (GB)
La britannique Josephine Pryde (sélectionnée Turner Prize 2016) interroge dans des vastes installations qui mêlent l’écriture, la sculpture, la nature profonde des images. A partir de détails de doigts, ongles, mains qui touchent des smartphones, elle replace la question du corps face aux nouvelles technologies. Des micro-gestes générés par l’intrusion des réseaux sociaux dans nos vies, des prothèses qui nous relient en permanence et en disent long sur nos addictions.

Autres temps forts de cette 35è édition :
Le 50ème anniversaire de la Collection Belfius avec une rétrospective majeure allant du XVIème siècle à de grands artistes contemporains tels Jan Fabre ou Wim Delvoye, les contours du Pavillon Belge pour la 57ème Biennale de Venise (artiste : Dirk Braeckman) et la table ronde sur les nouvelles technologies dans l’art contemporain.

INFOS PRATIQUES :
ArtBrussels 2017
Du 21 au 23 avril 2017
Tour & Taxis Bruxelles
Avenue du Port 86c
1000 Bruxelles
Belgique
http://www.artbrussels.com

Leave A Comment

Your email address will not be published.

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial