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Deuxième volet à partir des réserves du Frac Bretagne, après « Collection. Un rêve d’éternité », il est question ici de ce que l’historien de l’art Jean-François Chevrier définirait comme des « formes biographiques »(Nîmes Carré d’Art 2015) ou quand la biographie s’entrecroise au processus créatif.

« Remonter le temps » d’une vie, d’un combat, des souvenirs, de l’enfance.

Dès le début du parcours l’œuvre d’Ilya Kabakov et Yuri Kuper, entre cuisine communautaire et bibliothèque collective dans une esthétique purement soviétique (conceptualisme moscovite) entre humour et résistance propose 52 chapitres pour remonter le temps dans une semi obscurité. Un peu comme une chapelle ardente du souvenir, une archéologie sacrée du présent que l’on découvre derrière d’élégants pupitres. La mise en scène est importante pour ce couple de dissidents célèbre.
On se souvient de leur « Etrange Cité » pour Monumenta 2014 qui avait dérouté plutôt que marqué les esprits dans une démesure volontairement austère.
Ce seuil franchi nous sommes en condition pour affronter les fantômes d’enfants déportés par la Shoah de Boltanski ou les « The thirteen most wanted (men) »de Warhol fresque murale conçue pour le Pavillon US de l’Expo 1967 à partir des listes du FBI, qui sera finalement censurée par les autorités.
L’artiste d’observateur se fait témoin.
Chez Francisco Tropa avec TSAE (Trésors Submergés de l’Ancienne Egypte) se joue une archéologie détournée et factice à travers une trame fictionnelle ambiguë où reliques et artefacts s’entremêlent. Au delà de ces objets c’est l’élaboration possible d’un récit collectif qui est interrogée à partir de sources plurielles.
A travers son récit de voyage dans la zone dévastée de Fukushima, Natacha Nisic avec « e »(signifiant image en japonais) poursuit sa réflexion sur le visible et l’invisible, comme substrat de la mémoire.
L’artiste archéologue du présent.
Angel Ferreira et « For Mozambique (Model N°2 ») précédemment invitée par la Criée et l’Ecole des Beaux Arts de Rennes, continue d’explorer l’impact du post-colonialisme dans une perspective géopolitique actuelle. Cette structure en bois inspirée des kiosques de propagande de l’artiste Gustav Klucis, l’un des représentant de l’avant-garde constructiviste lettonne des années 1920, à laquelle sont accolés des collages spatio-temporels devient la métaphore d’utopies en puissance.
La salle de documentation interagit en écho de ces prises de position avec Gilles Mahé qui dévoile dans des boîtes soigneusement rangées des échantillons de sa vie (factures, photos, billets de banques..) via une masse de 8000 photocopies que le visiteur peut compulser.
Guy de Cointet quant à lui, dénonce l’incommunicabilité d’une société dissonante « My marriage is turning sour », autant de morceaux de vie réels ou empruntés.
Il faudrait aussi citer Bernd et Hilla Becher (neutralité sérielle de l’archive), Gérard Collin-Thiébaud (tentatives d’infiltration du musée), Louise Lawler « Is she Ours ? »réactivant l’accueil fait à la Petite Danseuse de Degas ou l’association « Museum in Progress » fondée par Kathrin Messner et Josef Ortner pour rendre plus accessible les normes de l’art contemporain, tous questionnent le rôle de l’artiste à partir des stratégies qui régissent les musées et conventions de monstration de l’œuvre dans l’histoire de l’art.
Se dessine de ce panorama de 55 œuvres de 22 artistes de générations et d’horizons différents, une cartographie intime et universelle, vraie et fausse, fictionnelle et documentaire.

Pour conclure, de « Je est un autre » à « Je suis l’autre » il n’y a qu’un pas à franchir ou quand la mythologie individuelle de l’artiste devient la réponse critique à toute forme d’emprise des codes esthétiques et culturels contemporains.

Avec les œuvres de : Bernd et Hilla Becher, Christian Boltanski, Guy de Cointet, Gérard Collin-Thiébaut, Hannah Collins, David Diao, ângela Ferreira, Daan van Golden, Georg Herold, Jacob Holdt, Ilya Kabakov, Louise Lawler, Jean Le Gac, Gilles Mahé, Erwan Mahéo, Museum In Progress, Natacha Nisic, Martha Rosler, Malick Sidibé, Haim Steinbach, Francisco Tropa, Christophe Viart, Andy Warhol.

Commissariat : Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne.

INFOS PRATIQUES :
Collection. Remonter le temps
Œuvres de la collection du Frac Bretagne
Jusqu’au 27 août 2017
19 Avenue André Mussat
35000 Rennes
Ouvert du mardi au dimanche, de 12h à 19h.
Spécial Nuit des Musées le 20 mai : Jeu de piste Remonter le temps à partir de 7 ans.
http://www.fracbretagne.fr

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