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A l’occasion du festival PhotoMed, la photographe Flore présente à Sanary-sur-Mer un extrait de sa série « Une femme française en Orient ». De ses voyages, Flore ramène des photographies issues de son imaginaire, elle souhaite recréer des images d’un temps qui n’existe plus, nourri par la littérature et ses souvenirs d’enfance. Mais ne vous y trompez pas, Flore n’est pas une photographe de voyage, comme elle le dit « je ne photographie rien de ce que je vois, je photographie des choses que j’ai amenées avec moi ».

Mowwgli : Quand avez-vous réalisé cette série photographique  « Une femme française en Orient » ? Pouvez-vous nous raconter l’histoire qui se cache derrière ce projet ?

FLORE : J’ai commencé cette série en 2008 et je l’ai terminée en 2011, le printemps arabe commençait tout juste. J’ai débuté mon premier voyage par l’Egypte, pour la simple raison que j’ai passé une partie de mon enfance à Alexandrie. Je n’y étais pas allé depuis près de 40 ans. Lors de ce voyage, j’ai photographié en couleur, et à mon retour, c’était étrange car il me restait un sentiment d’inachevé, quelque chose de moi n’avait pas été évoqué. Je suis donc repartie  l’année suivante, peut-être alors commençais-je à savoir ce que je souhaiter exprimer : un travail plus intime.
L’Egypte, c’est mes premiers souvenirs d’enfance, j’ai été élevée dans un milieu où l’art et la littérature avait une place importante, alors mes images sont pleines de références littéraires et picturales.

Mowwgli : Que souhaitiez-vous montrer à travers cette série ?

F. : Après l’Egypte, j’ai continué mon voyage dans tout le bassin Méditerranéen en me posant cette question : Que reste t-il aujourd’hui de l’orient ? De cet orient conceptuel occidental du 19ème siècle ? Cette époque qui a vu naître la photographie, celle où les gens voyageaient plus lentement. Prenons par exemple Maxime Du Camp et Gustave Flaubert, ils ont voyagé plus de 2 ans autour de la Méditerranée. Aujourd’hui cette époque est révolue, tout va plus vite. Et je dois dire que cette lenteur me parle, j’aime prendre mon temps, c’est un mode de travail qui me convient mieux. Au fond de moi, j’avais cette nostalgie de ce temps, qui est aussi le temps de l’argentique. J’aime l’idée de voir mes photos seulement trois mois après la prise de vue.

Cette série est un voyage dans les lieux mais c’est aussi un voyage dans le temps. Comment allais-je photographier quelque chose qui n’existait plus ? Par quel moyen formel pouvais-je tenter de partager avec les gens quelque chose qui n’existe plus ailleurs que dans mon imaginaire ?
Alors je pars avec, en tête, les photos de Félix Bonfils (ndlr : photographe qui a documenté l’Égypte et le Moyen-Orient de la fin du xixe au début du xxe siècle) des images avec les pyramides qui se réfléchissent dans le Nil… Et puis lorsqu’on arrive c’est le choc, les choses ont changé, le Nil n’existe plus depuis le lac Nasser.
Alors, il faut passer par dessus ça, on ne vit pas dans un monde de rêve, mais la volonté est telle que tu arrives à faire des images.

Mowwgli : As-tu retrouvé des choses de ton enfance ?

F. : On retrouve vraiment ce qu’on amène avec soi, et c’est ça qui m’intéresse. Ce travail m’a permis de questionner la puissance du désir, parce que tu pars avec un désir profond, une sorte d’innocence, avec en tête de choses que tu aimerais voir ou retrouver, mais qui ne sont plus là.

Alors bien sur, ce travail génère de la souffrance, une sorte de nostalgie. On arrive 100 ans trop tard, et on en prend conscience que lorsqu’on y est. J’ai donc tenté de mettre des images là où il n’y a plus certaines choses, j’ai du les réinventer.
Avec le recul, c’est l’album du voyage que j’aurai aimé faire.

Flore a accepté de se prêter au jeu de notre désormais célèbre portrait chinois, que voici :

INFORMATIONS PRATIQUES
FLORE, une femme française en Orient
Dans le cadre de PhotoMed 2017
Du 18 mai au 11 juin 2017
Maison Flotte
Sanary-Sur-Seine
http://festivalphotomed.com
http://www.flore.ws

On retrouve l’ensemble de ce travail réunit dans un livre aux éditions Postcart.

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