508 Views |  2

Suis-je féministe ?

Temps de lecture : 4 minutes et 47 secondes

To be féministe or not to be… est ce que je dois vraiment choisir?

J’admets avoir éludé la question le plus longtemps possible, et je me suis trouvé pleeeeeeeiiiiiiiin d’excuses. Mais non, c’est dans ma tête. Mais non, je suis pas ce genre de nana qui déteste les mecs. Mais non, on est tous pareil, c’est pour les chochottes sans personnalités ou pour les nanas qui ont un problème avec leur genre. Mais non, arrête d’en faire un plat. Mais non, il ne m’a pas vraiment peloté lorsque j’avais onze ans. Mais non, il ne m’a pas vraiment giflé parce que je suis rentrée en retard… etc, etc…

Voilà comment j’ai commencé à me poser SÉRIEUSEMENT la question

Un diner était organisé chez mes parents pour la naissance de ma nièce. Je suis quelqu’un d’assez indépendant, et bien souvent mes parents m’ont reproché de ne pas donner assez de nouvelles. Aussi cette soirée entrait dans la case des BA que je faisais pour resserrer les liens. A l’époque retourner en banlieue me filait la gerbe tant j’avais mis d’énergie à m’offrir mieux que ce qu’on y donne, tant la tendresse que j’ai pour ceux qui y vivent m’étreint, tant j’aimerais mieux pour ceux que j’aime, tant je n’ai jamais trouvé nulle part ailleurs la franchise des rapports humains qu’il y a là-bas, avec sa violence et ses maladresses. En arrivant dans l’après midi, une grande table au salon était dressée. C’était beau, et plutôt rare que mes parents mettent autant les petits plats dans les grands, même pour une naissance. Je reconnaissais la touche de mon grand frère qui avait dû organiser le truc et pour qui même si c’est pas vraiment avoué, ma mère aime faire l’événement. Du coup c’est un peu Nöel avant l’heure, les gamins qui courent partout, du monde dans la cuisine pour préparer le repas. Je me dis que finalement, la famille a ses bons coté. L’heure du dîner approche, la belle-famille arrive et là le choc. Tous les hommes vont dans le salon, se mettent autour de la table et nous, les femmes, commençons à nous agiter pour leur apporter à manger, nous sommes littéralement à leur service. En même temps, dans notre petite cuisine, les enfants sont autour de la table et mangent aussi. Le repas se termine pour les uns et les autres, et après avoir fait le service, je commence la vaisselle (entre les hommes et les enfants, plus de vaisselle pour nous). Après avoir fait tout cela, il faut servir le café. Donc nous servons le café et enfin les hommes sortent papoter et fumer leur clope. Les enfants sont expédiés à l’étage et au moindre hurlement on les menace de monter avec notre chausson à la main en faisant du bruit dans les escaliers. Enfin, après nous nous installons dans la cuisine, entre nous, pour manger… froid. Le tout dans une ambiance joyeuse et chaleureuse je dis pas. Ça faisait 25 ans que je connaissais ça, alors pourquoi ça me choquait précisément à ce moment-là? Sûrement parce que j’avais grandi, j’avais voyagé, j’avais rencontré la diversité… et j’en arrivait au point ou pour la première fois de ma vie ça ne passait juste pas.

Je finissais par me sentir cernée.

Je m’en tapais moi de ce combat féministe, j’étais trop occupé à vouloir devenir l’artiste du millénaire. Et merde voilà que cette question se met à me harceler partout ou je me rends. J’ai bien essayé de m’en débarrasser hein mais une fois que ce genre d’idée s’est faite un chemin jusqu’à la conscience, c’est indécrottable, et que tu le veuilles ou non, ton cerveau freudien va chercher une résolution au conflit. Bim! Du coup, de plus en plus mon cerveau s’est mit à noter des trucs bizarre autour de moi. Genre, pourquoi je me sens suivi par quelqu’un qui marmonne des trucs dont tout mon être sent que ça m’est non seulement adressé mais en plus dégueu, voir dangereux? Pourquoi en fait, je me rends compte qu’une proportion plus qu’importante des nanas de mon entourage ont subit des attouchements ou des viols? Mais là, je me dis que c’est moi, que je vais pas me mettre à les compter quand même! Je dois faire une fixette. Ça fiche une sacré trouille de se rendre compte d’un truc pareil, c’est une intuition mais bon. Franchement pas envie de mettre le nez dans cette merde là, j’ai d’autres problèmes, des milliers d’autres problèmes, genre bouffer. C’est un truc de bourgeois ces questions là, un truc d’intellos qui donnent des leçons sur la misère sociale sans jamais avoir mis les pieds dedans. Un point c’est tout.

Puis l’idée progresse, en fait je me rends compte que quand j’en parle, les gens sont contents de dire que soit ils ont connu ça, soit pas.

De comparer les histoires. Car c’est là qu’est la source de cette question sociale: dans les histoires personnelles. Et les histoires personnelles, c’est pas toujours rose, on a tous des dossiers bien soigneusement rangés et on les sort pas comme ça. Sauf que ça commence à drôlement se voir que quelque chose ne va pas. Quand j’ai vu le mouvement prendre de l’ampleur, (avec par exemple Colère Nom Féminin, la Fondation des Femmes) ça m’a rassuré, je n’étais plus seule. Pourtant, on a beau observer les autres agir, ça ne fait pas pour autant se bouger le cul. Ne plus baisser la tête quand on marche dans la rue. Qu’est ce qui fait qu’on se dit « putain de merde, j’en peux plus, va juste te faire foutre gros batard »? Ben rien. Faut le décider. C’est comme se faire griller dans la file de la boulangerie. Soit on est assez sûr de soi pour se dire que c’est légitime, soit pas. C’est donc moins le combat que la confiance en soi qui fait la différence à ce stade? Oui, je le crois. Par contre qu’est-ce qui va donner la confiance en soi, suffisement en tout cas pour réagir? L’éducation. Il faut se cultiver (je me sens un génie la wouhou). L’éducation… mouai mouai mouai… par où commencer? parce qu’en fait, très globalement, les grands historiens sont … des hommes. La blague. Il a fallu que je fasse une pêche à la ligne chez un ami (et oui ils sont pas tous tebé) pour tomber sur un « Que sais-je? » Le Féminisme, écrit par une femme en plus! Je sens que je progresse grave là. Et en le lisant je comprends la chronologie du truc. D’un coup il y a une trame dans ma tête. Du statut de déesse de la fertilité, mais aussi gestionnaire des vivres et des biens, inventrice de l’agriculture et du tissage, autrement dit elles comptent parmi les plus grandes découvertes de l’humanité… je n’en ai jamais rien su!!! COMMENT – C’EST – POSSIBLE??? Pour moi, la chasse aux sorcière c’était un délire collectif dû à l’ergo de seigle WTF?!

Tout ça a bien pris cinq ans en tout et aujourd’hui qu’en est-il?

Aujourd’hui, autant que je peux, je parle de ça. Dés que c’est possible, je dénonce. Je dénonce ces mecs qui n’ont d’autres modèles que les bitchs des films parce qu’on les sépare des filles dès la plus tendre enfance. Je dénonce ces mères qui n’ont d’yeux que pour leurs fils et qui ne les éduquent pas à respecter leur soeur, soeur en qui aucun espoir de réussite n’est placé et si je devais élargir la question, j’y ajouterais le fait d’être une femme issue d’un milieu populaire, et là on est au top. Au-delà des questions sociales, il faut se demander quelles sont les conséquence humaine de ce déséquilibre. Aujourd’hui par exemple, les femmes meurent plus que les hommes de problèmes cardio-vasculaire parce que les recherches datent des années 50 et ont été réalisées sur des hommes. Appliquez ça aux médicaments en général, ça donne le vertige. Je ne sais pas si je suis féministe, car je ne sais pas très bien ce que ça veut dire et que d’autres en parlerait mille fois mieux que moi. Mais pour ce que ça vaut, voilà ma pierre à l’édifice.