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Christophe Gaillard est notre invité de la semaine (lire son portrait publié le 10 juillet). A l’occasion de sa carte blanche, le galeriste partage avec nous pour que le médium photographique soit considéré comme photographie mais aussi comme art contemporain !

Particulièrement impliquée dans un champ de la photographie où l’utilisation classique du médium est détournée au profit d’expériences aussi diverses qu’enrichissantes, la galerie que je dirige a commencé par présenter des artistes tels Pierre Molinier, Miroslav Tichy ou Arnulf Rainer qui respectaient certes la bidimentionalité de l’œuvre finale mais mettaient à mal une définition par trop sclérosante de la photographie. Il est donc logique que je me sois tourné très vite vers cette nouvelle génération d’artistes dont Hannah Whitaker (que je découvre lors du Prix Découverte du Festival d’Arles en 2012), Letha Wilson, Isabelle Le Minh, Kate Steciw, Rachel de Joode ou encore Constance Nouvel, Marina Gadonneix, Sam Falls, Jon Rafman sont parmi les plus innovants représentants, génération qui utilise le sacro-saint tirage photographique comme matériau, l’image imprimée n’étant plus la finalité mais un point de départ.

C’est d’ailleurs cette même année 2012 que j’entends un étudiant de l’école d’Arles dire que son travail ne ressort pas du champ de l’art contemporain mais de celui de la photographie ! Et récemment encore, un critique écrivait à propos d’Hannah Whitaker: « Je déambulais dans le vernissage vernissage FOAM, quand j’ai découvert puis fus estomaquée par le travail d’Hannah Whitaker. Il y a bien sûr de nombreux photographes talentueux, mais c’était la première fois que, lorsque je regardais un travail, le premier mot qui me venait à l’esprit était « Art » plutôt que « Photographie » ».
Quels enseignements tirer de ces anecdotes ? Cela signifie-t-il que nous ne sommes plus dans le champ de la photographie si l’image « source » est construite, retouchée ou si l’état final du travail n’est pas une image imprimée de quelque chose qui a été précédemment enregistré?

J’en étais là de mes réflexions quand je visitai l’exposition de l’ICP organisée par Carol Squiers, What Is a Photograph ? Dans cette exposition, la conservatrice déclarait qu’elle voulait montrer « 21 artistes établis et émergents qui ont repensé et réinventé le rôle de la lumière, de la couleur, de la composition, de la matérialité et du sujet dans la photographie… Bien que la photographie numérique semble avoir rendu l’analogique obsolète, les artistes continuent à faire des œuvres qui sont des objets photographiques, mélangeant les technologies anciennes et nouvelles, repoussant ainsi les frontières. »

C‘est dans le sillage donc de cette exposition de l’ICP à New York (What is a Photograph) ou bien celle encore du Centre Photographique d’Île de France (À l’envers, à l’endroit), suivies par la suite de la sortie du livre de Charlotte Cotton Photography is magic, que la Galerie Christophe Gaillard a commencé par présenter One Step Beyond, A Focus on New Photography. Cette exposition qui peut être perçue comme pierre angulaire à cette orientation (non exclusive) de la galerie, nous mène sur les traces d’une autre image photographique, à la découverte d’œuvres et d’artistes, résolument contemporains, puisqu’ils (et elles) interrogent à la fois le fond et la forme dans la fabrication d’une image aujourd’hui. Le film photographique n’est plus cette idole devant laquelle se prosternent les « adorateurs du soleil » (cf. Baudelaire / Isabelle Le Minh). Les avancées du numérique et l’apparente obsolescence de l’argentique ont ouvert un champ d’investigation qui remet en cause l’essence même de la photographie, sa nature ontologique.
Insupportables m’étaient les éternels lacs gelés sous la brume et haïssables les sempiternelles adolescentes nues dans un paysage ou une friche industrielle, leur regard perdu et innocent qu’on nous donnait à consommer en grand format sous diasec ou dans sa déclinaison plus petite et donc moins onéreuse !

« Aujourd’hui, une image photographique n’est plus nécessairement la trace d’un «ça a été». La révolution numérique est passée par là, bouleversant la donne en libérant le médium de son assignation à représenter le réel. De là à ce que « l’humble servante des arts » (et de bien d’autres choses encore) existe enfin pour elle-même, il n’y avait qu’un pas. Venus de divers horizons, et tournant le dos au dogme de l’indiciallité, ils reconnaissent à la photographie d’autres qualités et – même si parfois ils la malmènent comme pour mieux en comprendre l’essence – ils la considèrent pour ce qu’elle est aussi : un matériau à travailler, un objet autonome qui se déploie dans l’espace, s’affranchit de son cadre, offre une surface dotée de profondeur. » (Isabelle Le Minh – Extrait du Communiqué de presse de l’exposition One Step Beyond).

INFORMATIONS PRATIQUES
Galerie Christophe Gaillard
5 Rue Chapon
75003 Paris
http://galeriegaillard.com

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