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Survivances, Mathieu Pernot à l’Hôtel des Arts de Toulon

Temps de lecture : 3 minutes et 15 secondes

Tout l’été, Mowwgli vous invite à partir à la découverte d’expositions de qualité proposées dans les régions françaises . Normandie, Nouvelle Aquitaine, Grand Est, Hauts de France, l’offre est de très haut niveau qu’elle soit élaborée par les institutions publiques ou privées. Nos rédacteurs ont rapporté dans leurs valises ses pépites et leur donnent une belle place dans notre #ProgrammationEstivale.

Cet été, le travail du photographe varois Mathieu Pernot est à l’honneur à travers deux expositions majeures visibles dans la région : « Les Gorgan » à la Maison des Peintres d’ Arles et « Survivances » à l’Hôtel des Arts de Toulon. Programmées respectivement dans le cadre des Rencontres d’Arles et du Grand Arles Express 2017, ces expositions dévoilent 20 ans de travail auprès de la population tsigane. Depuis Arles vers la Roumanie et dans un trajet retour, les clichés et installations de Mathieu Pernot questionnent l’identité d’un peuple souvent opprimé, incompris mais bien présent. Si les Rencontres d’Arles mettent en avant , à travers une mosaïques d’images, la famille Gorgan, famille gitane arlésienne que le photographe a fréquentée alors qu’il était élève de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles (ENSP), l’Hôtel des Arts propose une pluralité de techniques pour un propos unique: une immersion dans la communauté tsigane, fil rouge du travail du photographe.

Le Feu, 2013 © MP

/Survivance. Ce qui subsiste de quelque chose de disparu, ce qui subsite de quelqu’un./

Le propos de l’exposition repose sur la famille Tsigane au sens large. Installations, vidéos, photographies et documents d’archives relatent l’histoire d’un peuple à travers sa vie quotidienne, ses cultes, ses accablements. Entre espoir et désespoir. Après l’obtention de la bourse Villa Médicis Hors les Murs, Mathieu Pernot part en Roumanie en 1998 à la rencontre des Tsiganes d’Europe de l’Est. Il poursuit ainsi le premier discours photographique débuté auprès des Gorgan à Arles, famille auprès de laquelle il passait , étudiant, assez de temps pour en connaître les us et coutumes.

Reproductions de photographies issues de carnets anthropométriques, Collection des Archives Départementales des Bouches-du-Rhône, détail

L’exposition débute par l’histoire « passée » commune aux tsiganes. Une histoire opprimée, développée au rez-de-chaussée de l’Hôtel des Arts. Sur un mur, les photographies issues des carnets anthropométriques sont collées les unes aux autres, formant une grande image. Puis, dans une autre salle, des fragments de l’ancien camp de Rivesaltes, où diverses populations furent internées dont les Tsiganes, composent un mémorial glacial  de cet emprisonnement. Une vidéo présentée plus loin montre le travail de prélèvement de ces blocs de pierre du site de Rivesaltes. Le photographe adopte la tenue d’un archéologue et confère à ces pierres une dimension plus importante.Plus loin, Mathieu Pernot continue d’explorer cette exclusion en mettant en regard les témoignages et les portraits d’anciens internés du camp de Saliers dans les Bouches-du-Rhôneavec les documents produits par l’administration lors de son fonctionnement. Témoignages écrits et oraux permettent de retracer cette histoire douloureuse.

Le mur de Rivesaltes, 2015 © MP

Un camp pour les Bohémiens, 1998-1999

À l’étage, l’histoire quotidienne de ce peuple nomade se dévoile. Nous découvrons d’abord le résultat du travail réalisé  en 1998 par Mathieu Pernot en Roumanie. Des visages capturés en noir et blanc d’où s’échappent force et vitalité.  La pratique est très documentaire: noir et blanc, frontalité…Posant devant leur humble habitation, ces hommes, femmes et enfants sont représentés dans leur vérité brute.Mathieu Pernot travaille en immersion pour une approche ethnographique. Cette série évoque le souvenir de rencontres éphémères, la force des liens et la puissance des êtres. Au même niveau, vous trouverez  les membres de la famille Gorgan. Photographiés à la tombée de la nuit, seulement éclairés par une lumière qui semble être cette caravane en feu. En couleur, de profil et de format 3/4, ces personnes sont représentés la tête baissée, en recueillement, sentiment accentué par la prise de vue verticale. Juste à côté, des photographies d’identité posent la question de l’usage du photomaton par cette population nomade, de la photographie officielle au cliché personnel. Enfin, des vidéos montrent certaines traditions gitanes toujours vivaces, comme le mariage ou des chants cultuels.

România, 1998

România, 1998

Photomatons, 1950-1990

L’installation Le Feu est très forte, tant au niveau scénographique que symbolique. La veillée, construite dans la perspective du couloir, constitue une haie d’honneur solennelle. Au fond, on entend crépiter le brasier. Àtravers la caméra, le spectateur observe distinctement la caravane et se rapproche progressivement du feu, de plus en plus…jusqu’à se retrouver au coeur du brasier.

Anna, Arles, 2013 © Mathieu Pernot

Ninaï, Arles, 2013 © Mathieu Pernot

Enfin, l’exposition commence et se termine par l’installation Kajrofo, Le Dortoir. Réalisée à partir de lits d’une ancienne prison, cette installation se modèle en fonction du propos muséal et pour l’Hôtel des Arts, les pieds ont été repliés sous les sommiers, les lits reposant à même le sol. L’assimilation avec un cimetière justifie le titre de cette oeuvre, Kajrofo, le lieu des morts. Mais pour cette population qui croit en la permanence de l’âme, les défunts sont toujours présents.

Survivances des ancêtres, survivance des croyances. Survivances d’histoires tsiganes écrites à travers l’objectif. Ce dialogue incessant entre passé et présent, entre préjugés et réalités, rend toute son humanité à une population nomade en marge d’un système formaté. À travers différentes techniques -de l’argentique noir et blanc au numérique couleur, travaillées avec justesse, Mathieu Pernot offre une approche réaliste dénuée de tout mélodrame.

Kajrofo, Le Dortoir, 2017 © MP

INFORMATIONS PRATIQUES
Survivances
Mathieu Pernot
Jusqu’au 01 octobre 2017
Hôtel des Arts
236, Boulevard du Maréchal Leclerc
83000 Toulon
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Tel: 0483951840
Lien vers le site de Mathieu Pernot ici
Lien vers le site de l’Hôtel des Arts ici
Lien vers les Rencontres d’Arles ici