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En projetant de monter au Pavillon populaire de Montpellier la première rétrospective de l’œuvre de William Gedney, Gilles Mora concevait déjà la monographie, tout aussi attendue, qui accompagnerait l’exposition (voir notre papier publié le 11 janvier dernier). Si le photographe américain se passionnait pour la réalisation de maquettes d’ouvrages consacrés aux sujets dont il s’était fait un territoire, aucun de ses projets n’a pu aboutir sur les rayons d’une librairie ou d’une bibliothèque.

Publié chez Hazan, le beau recueil ressemble à la manière dont Gedney concevait la photographie, avec une simple rigueur et directement ouverte sur le sujet, résolument humain, dirait-on même incarné. Gedney, on le sait, partageait ses inclinations entre la littérature et l’image, et il semble qu’il ait pratiqué les deux sans vraiment trancher, noircissant des pages de carnets de notes, de descriptions de photographies non faites ou à faire, de réflexions fragmentaires sur la beauté comme autant de textes instantanés. Dans son essai, Gilles Mora propose quelques clés pour approcher l’œuvre d’un auteur plutôt discret, peu ouvert à l’ambition d’une carrière brillante.

L’obstination de Gedney se retrouve dans la proximité de ses contemporains, dans une confiance qui s’arrête à la connivence et la mise en scène. En plusieurs cahiers, s’élabore le roman d’un photographe fidèle à la facture d’un strict noir et blanc, habile à trouver la juste distance et les bonnes résonances. Ainsi s’égrènent les chapitres des périodes vécues, beaucoup en Amérique profonde urbaine ou rurale, un peu en Irlande et passionnément en Inde, sur deux épisodes. Le dernier cahier de photographies, dédiée aux Parades gays éclaire la face réservée de Gedney, homosexuel guidé par sa quête de rencontres amoureuses, et en l’occurrence contributeur à la visibilité d’une communauté militante. On ferme le volume non sans avoir savouré le parcours des livres « faits à la main », titrés et maquettés avec un plaisir manifeste et auxquels aucun éditeur n’a eu la bonne idée de donner une suite. La maison Crowell, Collier & Macmillan inc. aurait pu faire exception avec la parution de « Portraits. 50 Contemporary American Composers » si Eric Salzman, l’auteur pressenti du texte n’avait fait faux bond, entraînant la rupture du contrat. Nous restent un beau portrait de Leonard Bernstein et le facsimile de la lettre dactylographiée que lui avait envoyée un jeune photographe de 35 ans, aussi fasciné par le mystère de la création que par la beauté sans défaut d’un adolescent de San Francisco.

INFORMATIONS PRATIQUES
> Only the Lonely, 1955-1984
William Gedney
Textes de Gilles Mora, Lisa McCarty et Margaret Sartor
160 pages 27×24 cm
180 photographies
Editions Hazan
ISBN : 9782754110129
24,95€

> Only The Lonely 1955-1984
William Gedney
Du 28 juin au 17 septembre 2017
Le Pavillon Populaire
12, Allée de Jerusalem (Esplanade Charles de Gaulle)
34000 Montpellier
Visites libres
Du mardi au dimanche de 11h à 13h et de 14 à 19h

Tags

#livre

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