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Monastère bénédictin datant du XIIIe siècle, classé Monument Historique, l’Abbaye de la Celle est un monument emblématique de l’art roman provençal. Récemment restauré, ses espaces dévoilent une belle galerie circulaire autour de l’ancien cloître, voûtée en berceau et scandée d’arcs doubleaux, des baies géminées à l’ornementation végétale, une église romane à nef unique, une salle capitulaire voûtée sur croisée d’ogives et bien d’autres espaces qui vous feront voyager dans l’architecture médiévale.

Parmi ces espaces restaurés, l’ancien réfectoire, une vaste salle voûtée en plein cintre percée de cinq baies, et le dortoir à l’étage accueillent désormais des cycles d’expositions. L’an dernier, nous avions pu admirer des oeuvres d’art contemporaines provenant de la collection de l’Hôtel ds Arts de Toulon ainsi que des pièces archéologiques issues de fouilles sous-marines au large des côtes varoises. Cet été, l’Abbaye de Celle nous propose une exposition sur la question du polythéisme et des croyances à l’époque romaine dans le Var. Organisée autour de quatre grands thèmes, « Des Dieux et des Hommes » invite le spectateur à un voyage à travers l’histoire antique du sud de la France.

Présentation

Le monde spirituel tenait une place prépondérante dans les sociétés antiques, confrontées à des réalités quotidiennes et des phénomènes naturels souvent inexpliqués. D’où la nécéssité pour une grande partie de la population d’obtenir l’intercession d’êtres supérieurs, non liés à cette destinée fatale, le fatum. Les divinités du panthéon classique, empruntés aux Grecs, côtoyaient les divinités locales ou orientales et les Romains plaçaient des effigies et dressaient des autels au sein de leurs habitations. La triade capitoline –Jupiter, Junon et Minerve, vénérée dans le temple de Jupiter Capitolin à Rome tenait une place importante, tout comme le culte impérial, puissant outil de propagnade,inventé avec l’avènement de l’empereur Octave-Auguste. Ce polythéisme -la croyance en plusieurs dieux- est une pratique qui existe encore dans certaines civilisations du monde mais qui, dans le monde romain, n’a pas survécu quand le judéo-christianisme a triomphé au IVe siècle. Si l’empereur Constantin légalise le christianisme à Rome en 313, ce n’est qu’en 392 que Théodose le proclame comme religion officielle de l’Empire romain en interdisant tous les autres cultes. Mais les traces de la romanité persistent. De nombreuses fêtes chrétiennes se sont substituées aux fêtes des cultes antérieurs afin de faciliter la conversion des populations (comme la Chandeleur). L’implantation des églises et des chapelles a souvent été effectuée sur des temples antiques.Aussi, évoquer ce passé lointain, expliquer les religions polythéistes de l’Antiquité -divinités romaines, orientales ou celto-ligures- c’est comprendre les pratiques cultuelles de nos ancêtres, leurs croyances aux vertus de chaque divinité invoqué et comprendre que le  monde romain leur laissait une liberté importante de croyance.

Le culte impérial

Ce culte prend naissance avec Jules César qui développe la légende de son ascendance divine par Vénus et son fils Enée, dont la descendance donnera Romulus et Remus. Octave-Auguste, neveu de César et premier empereur romain, met en place officiellement ce culte en faisant diviniser César. Un signe de cette déification était survenu en 44 av.J.-C..lorsque durant les Jeux en l’honneur de César, une comète brillante était apparue dans le ciel. Les empereurs gardent le nom d’Auguste, augustus signifiant revêtu de la grâce divine, le faisant un être missionné par les dieux pour exercer le pouvoir sur terre. Les Romains utilisaient les termes de « César », d’Auguste » car ils considéraient tous les empereurs comme liés soit par le sang, soit par un lien d’adoption, à la famille de Jules César. Si à Rome, de nombreux édifices sont élevés à la gloire de l’empeur, en Gaule, nous trouvons d’autres constructions en leur honneur (fondation de Fréjus, Forum Julii, en référence à Jules César, Maison Carré à Nimes, ancien temple dédié à la famille d’Octave-Auguste,Trophée de la Turbie).  Le culte impérial, souvent centré sur le forum de la cité, permet de rassembler les habitants de l’empire autour de l’empereur divinisé. Plusieurs témoignages en attestent dans le Var. Les portraits des empereurs Tibère (14-37) et Commode (180-192) ont été découverts à Fréjus. Aussi, un portrait colossal présumé de l’empereur Carus (282-283) a récemment été mis à jour à Pourrières. Des dédicaces impériales ainsi que des fragments de statues d’empereurs cuirassés ou drapés complètent ces témoignages de cultes impériaux varois.

Le Panthéon des dieux romains

Les dieux romains sont empruntés au monde grec. À cettc époque, les douze Dieux de l’Olympe sont énumérés dans plusieurs sources écrites datant du VIIIe siècle avant J.-C. comme les Hymnes homériques ou Théogonie d’Hésiode.Parmi les principaux, citons Jupiter/Zeus, le maître des dieux; son épouse Junon/Héra qui veille sur le foyer; Minerve/Athéna, l’intelligence; Mars/Arès, le dieu de la guerre. Neptune/Poséidon, le dieu de la mer; Vénus/Aphrodite, la déesse de l’amour; Mercure/Hermès, le messager des dieux…Ces dieux ont marqué notre quotiden : les jours de la semaine les célèbrent encore aujourd’hui. La triade capitoline est importante à Rome et se généralise dans de nombreuses villes de l’Empire. Dans le Var, elle n’est cependant représentée que par deux divinités, Jupiter et Minerve. Divinité du ciel, de la lumière, du temps, de la foudre et du tonnerre, Jupiter représentait le lien politique entre l’Urbs (la ville de Rome) et les colonies romaines. À Fréjus, on a retrouvé une tête de Jupiter Optimus Maximus et plusieurs autels lui sont dédiés (Hyères, Le Luc, Méounes, Rougiers…). Minerve préside aux activités intellectuelles et incarne la guerre mais également les arts et les lettres. Dans le Var, son culte est essentiellement connu à Fox-Amphoux où un sanctuaire dédié a été découvert. D’autres témoignages archéologiques ont été mis à jour à Fréjus.

Les divinités secondaires et les cultes locaux

La présence de la mer a développé la représentation de Neptune et de son cortège marin: dauphins, et Triton, fils au corps hybride du couple divin Neptune/Amphitrite. Mars, père de Romulus, fondateur de Rome, et dieu de la guerre est une divinité vouée par les légions romaines. Un autel en son honneur a été découvert à Saint-Zacharie. Les jumeux Apollon, dieux des arts, et Diane, qui veille sur les jeunes filles avant leur mariage, sont représentés sous forme de statuettes votives. Des sculptures attestées de Vénus, symbole de la beauté et déesse de l’Amour, ont été mises à jour dans divers lieux du Var. Quant à Mercure, messager des dieux, protecteur des commerçants et des voyageurs, il est présent en divers endroits du département (Toulon, Puget-su-Argens, Draguignan).

Dieu de la vigne, du vin et des plaisirs de la vie, Bacchus/Dionysos est une divinité largement honorée dans un département viticole. Il est représenté sous les traits d’un homme barbu ou non, et couronné de lierre ou de vigne. Sa représentation est souvent suivie de celle de son cortège: silènes, satyres, ménades et amours forment ce qu’on appelle le « thiase bachique ». Il est également considéré comme représentant la comédie et la tragédie. Son image est le reflet de la prospérité et le symbole d’un art de vivre à la romaine. Des vestiges ont été retrouvés ici à Vidauban, Vinon sur-Verdon, Saint-Cyr et Hyères.

D’autres divinités, héros ou demi-dieux, dont les pouvoirs pouvaient interférés avec les tracas de la vie quotidienne, sont attestés dans le Var. Parmi ceux-ci, Hercule,qui veille sur les famille; Ulysse, pour protéger les marins; Fortuna, déesse de la chance et du hasard; Lare, protecteur du foyer; Silvain, dieu forestier, ou encore des divinités funèbres.

Les cultes orientaux

Les divinités originaires d’Orient ont essaimé leurs cultes à travers la Méditerranée durant l’Antiquité romaine. La tolérance de Rome à l’égard de toutes les croyances religieuses a favorisé leur diffusion dans l’Occident romain, en Gaule et ailleurs. Elles furent introduites avec toutes leurs attributions et tous leurs rites, ainsi qu’en attestent les nombreux lieux de culte qui leur ont été dédiés. Des représentations de ces divinités ou de leurs attributs ont été découvertes dans le Var. Quatre cultes spécifiques se distinguent dans le département. Cybèle, divinité phrygienne, assimilée à la déesse-mère de Jupiter, Mithra, divinité perse qui voyait et entendait tout et qui pesait l’âme des morts. Son culte donne un espoir de rédemption dans l’au-delà ce qui explique en partie son succès. Isis, déesse et reine du panthéon égyptien est la protectrice des mères et des enfants, gardienne de la famille. Son culte se répand à travers la Méditerranée. Des objets spécifiques à son culte ont été retrouvés dans le Var. Enfin, l’Artémis d’Ephèse est à distinguer de l’image de Diane/Artémis. Lié à la construction de l’Artémision d’Ephèse en Asie Mineure, édifice considéré comme l’une des sept merveilles du monde, son culte est attesté dans les comptoirs massaliotes de la côte (Olbia/Hyères, Tauroeis/Le Brusc, Athénopolis/Saint-Tropez) et surtout Toulon (Telo Martius) où une statue a été découverte au XVIIIe siècle. Sa caractéristique principale concerne les protubérances ovoïdes couvrant sa poitrine, souvent assimilées à une multitude de seins, symbolisant la fécondité.

Cette exposition didactique nous permet de découvrir des pièces d’exceptions, telles que la tête de Minerve de Fox-Amphoux ou le torse d’Artémis d’Ephèse de Toulon qui sont exposés pour la première fois. De plus, elle révèle un pan entier d’une histoire passée fondatrice de notre civilisation et de nos rites actuels. Le Var romanisé permet de donner une image d’un mode de vie et de pensée qui a survécu à travers les siècles, les témoignages archéologiques et la persistance topographique. Connaître et comprendre notre passé ne peut qu’éclairer notre présent.

INFORMATIONS PRATIQUES
« Des Dieux et des Hommes »
Jusqu’au 17 septembre 2017
Abbaye de la Celle
9 Place des Ormeaux
83170 La Celle
Ouvert du mardi au dimanche de 10h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h30.
Tel: 0498050505
Entrée libre

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