Temps de lecture : 4 minutes et 2 secondes

Depuis son inauguration en 2005 le MAC/VAL, premier musée d’art contemporain en banlieue parisienne,  s’est tout d’abord créé une belle collection qui compte plus d’un millier d’œuvres d’artistes français couvrant différents mouvements  artistiques. Il  s’applique, à raison d’une fois tous les 18 mois, à les présenter par rotation dans les espaces d’exposition. Une nouvelle exposition des œuvres acquises vient d’être installée sous le nom  « Sans réserve ».

D’autre part, Frank Lamy, chargé des expositions temporaires, programme régulièrement des expositions exigeantes  qui interrogent  notre société, l’art et plus largement notre monde. Pas de dogme. Pas de réponse toute faite.  Juste un questionnement qui fait de ce musée, un espace vivant en lien avec son environnement qu’il soit politique, sociologique, géographique, artistique ou simplement citoyen.

Après Chercher le garçon qui, en 2015, s’intéressait  à la masculinité avec ses différentes représentations et révélant certaines idées reçues, aujourd’hui c’est l’identité culturelle qui est scrutée.  Tous, des sang-mêlées poursuit le questionnement de l’acceptation de soi et des autres.

S’ancrant sur l’actualité et les controverses qui agitent le monde : les migrations, les replis et questionnements identitaires… Tous, des sang-mêlés, fait directement référence à l’ouvrage « Nous sommes tous des sang-mêlés »  de l’historien Lucien Febvre dans lequel il démontre que la France est issue d’un lent et progressif métissage ethnique et culturel. Ce qui semble pouvoir se démontrer partout  dans le monde. L’identité est un processus. Le propre de la culture est de muter et de se transformer. L’identité est comme une production qui n’est jamais complète et donc jamais parfaitement définie. De nombreuses composantes viennent coproduire celle-ci.

Puisant dans la littérature, dans les récits de voyage, dans l’Histoire ou empruntant à leur autobiographie de nombreux artistes interrogent ses éléments constitutifs.

Qu’est-ce qui fait l’identité ? Le voyage, la migration, l’exil… La frontière, la carte, le territoire… La langue, les mots… L’apparence, l’incarnation, l’habit… Les symboles, les emblèmes, les drapeaux… Quelle en est la preuve ?  L’histoire, le témoignage, le récit ou sa mise en scène  « a postériori » anthropologique, muséale ou artistique. Autant de questionnements  et autant de formes d’expression vous sont proposés dans cette pérégrination artistique sous le commissariat de Julie Crenn et Franck Lamy qui réunit, jusqu’au 3 septembre, près de soixante artistes.

Avant l’espace spécifiquement dédié à l’exposition, comme une sorte de préambule, 2 œuvres accueillent le visiteur et donnent  le ton de cette exposition qui se veut moins direct et moins lourd que ne le laisse présager le thème grave et complexe. Tout d’abord, l’immense Round Table de Chen Zhen dans laquelle s’encastrent des chaises venant du monde entier autour d’un extrait de la Déclaration des droits de l’homme, gravé en chinois, invite tout le monde à se mettre autour de la table dans une discussion impossible. La seconde est une vidéo de Kimsooja : un fondu enchainé de 246 drapeaux  créant un ballet de formes géométriques où la limite des frontières est symboliquement invisible. Une œuvre hypnotique.

L’espace d’exposition  s’ouvre sur une œuvre de Claire Fontaine qui décline sous forme de néons  les mots « étrangers partout » dans différentes langues sauf en français et place ainsi le visiteur face à sa propre position d’étranger.

Ensuite l’espace est ouvert et chaque visiteur suit le parcours qu’il souhaite, à son rythme, attirés par certaines œuvres, s’attardant sur d’autres, pas de parcours autoritaire.

Pour vous donner l’eau à la bouche ou plutôt la lumière à l’œil, je ne citerai que quelques œuvres même si  toutes valent le détour car cette exposition collective est une parfaite réussite dans ce sens qu’elle est pluridisciplinaire et utilise tous les médiums : la vidéo, la photographie, les installations, la sculpture et toutes les formes narratives.

Trône au cœur de cet espace une œuvre de Karim GhelloussiSans-titre (Passagers du silence), un groupe sculpté pouvant évoquer la figure des travailleurs immigrés en France dans les années 60. Sans visage, sans couleurs, ou plutôt si, celle des chantiers.

Marco Godinho propose un mur couvert de coups de tampons marqués « forever immigrant»,  pour un visa d’éternel immigrant. Ainsi répétés cette empreinte rappelle les nuées d’oiseaux migrateurs dans le ciel ou recrée une carte d’un pays pour des gens sans territoire. Sur le même thème Bouchra Khalili crée des constellations à partir de la cartographie des pérégrinations de voyageurs clandestins.

2 œuvres d’Erwan Venn  reprennent des photographies, extraites de l’album photo relatant le voyage de noces de ses grands-parents en Algérie en 1933, dont il a retiré les parties corporelles visibles des personnages. L’artiste s’empare d’une histoire familiale pour questionner la colonisation et une histoire nationale qui n’est toujours pas réglée.

Sylvie Blocher, quant à elle avec la vidéo Alamo, s’attache à questionner la mémoire. Reprenant l’histoire de Fort Alamo, elle décide de filmer quatre récitants : un guide blanc de musée, une latino américaine, une afro-américaine et enfin un indien, racontant des versions très différentes.

Pushpamala N. et Ninar Esber utilisent toutes les deux la photographie.  A travers des narrations très différentes elles interrogent la représentation et la place des femmes  ainsi que les questions de stéréotypes.

L’expo se termine en extérieur avec 2 œuvres et notamment une œuvre sonore de James Webb qui nous fait entendre dans le jardin le chant d’un passereau, un pomatorhin à long bec,  que l’on ne peut pas entendre en Europe puisqu’il habite les forêts humides tropicales et subtropicales. A moins que le réchauffement climatique…

Une exposition exigeante, brillante et humaniste qui, loin de certains dogmes identitaires, élargit les horizons, l’esprit et ouvre vers une diversité universelle. Comme le MAC/VAL.

N’oubliez pas de visiter « Sans réserve », 8e exposition de la collection du MAC/VAL, elle est conçue à partir des œuvres historiques du musée et des acquisitions récentes. Elle s’articule autour de la construction des récits et explore la force expressive des œuvres, leur capacité à raconter, interroger ou suggérer et présente des ensembles significatifs d’artistes majeurs de la création contemporaine.

INFORMATIONS PRATIQUES
> Tous, des sang-mêlés
Exposition collective jusqu’au 3 septembre 2017
Commissariat : Julie Crenn et Franck Lamy
Assisté de Julien Blanpied et Ninon Duhamel
> « Sans réserve » : 8ème exposition de la collection.
Musee d’Art Contemporain du Val de Marne – MAC/VAL
Place de la Libération
94400 Vitry-sur-Seine
Ouvert tous les jours de la semaine sauf le lundi: du mardi au vendredi de 10 h à 18 h
Le week-end et jours fériés de 12 h à 19 h.
tél. : 01 43 91 64 20
http://www.macval.fr

Leave A Comment

Your email address will not be published.