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Vagina Rocks Hard ! 4ème épisode
La Complainte de la Femme Serpent

Temps de lecture : 2 minutes et 16 secondes

Cette semaine, tout droit venue de Boise, idaho , un petit bijoux blues, rockabilly, surf-rock, country-noir… Mesdames, Messieurs, la captivante Eilen Jewell…

Pourquoi Femme Serpent vous dîtes-vous ? Parce que ce petit bout de femme qui ne paie pas de mine, a tout du serpent Kaa dans le Livre de la Jungle, elle nous délivre des chansons plus hypnotiques les unes que les autres, d’une voix suave et envoutante, puissant opiacé, qui vous plonge dans une douce torpeur.

Sa musique trouverai facilement sa place dans un Tarantino, ça fleure bon le road-trip à travers le sud ouest des US, avec ce petit côté décalé et mélancolique qui fait toujours son petit effet sur les weirdos de mon genre.

Mais ce qui touche plus encore mon esprit est l’absence quasi totale de chansons en mode majeur (il y’en a quand même certaines, de style country pour la plupart).

Elle à d’ailleurs hérité du sobriquet « Queen of the Minor Key » tant elle aime ce mode, a même intitulé un de ces albums de la sorte, et je suis pas loin d’être d’accord

Que ce soit sur les titres blues ou country-noir, et tout autant sur les titres surf-rock ou rockabilly qui bougent un peu plus, la joie n’est pas l’apanage de cette artiste que je me risquerai à qualifier d’un autre âge, tant elle va à contre-courant de la très tendance « feel good music »… Sérieusement, j’ai l’impression qu’on se rapproche de plus en plus du monde décrit dans « The Lego Movie » avec son insupportable « Everything is Awsome », hymne du conformisme généralisé et socialement obligatoire qui étouffe notre société.

Alors forcément, ce petit diamant me titille l’âme et me fait dire que tant que ce genre d’ artiste trouvera le moyen de s’exprimer et d’exister, il reste un espoir et qu’on ne doit pas sombrer face au drame qui, un peu partout et sous bien des forme, se trame.

La musique accompagne parfaitement ses complaintes, et c’est toujours une joie d’écouter des zicos qui jouent, et vraiment vraiment bien, sans arrangements faits sur ordinateur, sans vocodeur, et autres corrections toutes plus horribles les unes que les autres, juste une orgie organique de notes et d’instruments acoustiques, électriques, dont l’orgasme produit une semence artistique hautement fertile et imagée.

Petit conseil santé par ailleurs, conservez toujours une part de noirceur et ne succombez pas aux sirènes du déni, car si bien-heureux sont les simples d’esprit, ils contribuent surtout à ce que les choses restent ainsi. Et si l’envie vous prend d’avaler tout rond tel un python une bonne dose de noirceur et de mélancolie, la Femme Serpent vous injectera ce qu’il faut pour lutter contre l’ Alzheimer intellectuel et artistique qui ronge progressivement nos pseudo-démocraties.

Pas qu’elle soit engagée plus que ça, mais la tristesse inhérente à la plupart de ses titres, est l’ incarnation partielle d’une vision alternative assez noire du monde qu’il serait bon de conserver dans un coin de tête, pour éviter de basculer vers cette espèce de folie optimiste politisée et policée qui voudrait nous voir renier tout ce qui ne va pas au profit de promesses d’une vie meilleure pour tous, ce qui n’existe et qui sans doute jamais n’existera.

Et maintenant que vous êtes bien déprimés comme il faut, il est temps d’aller écouter Eilen et son groupe, de vous enfoncer un temps dans un nihilisme bleu mais en fin de compte assez censé, au vu de tout ce que nous tous, gens ordinaires et sans pouvoirs ni richesses, sommes quotidiennement obligés d’endurer. Sur ces jolies notes d’espoir… Je vous laisse déguster…

L’ordonnance:

_ Le Tarentinesque « Rio Grande »

_ « Warning Signs » qui vous envoutera sans avertissement justement

_ « See of Tears » pour calmer joliment sa joie

_ « Too Hot to Sleep », pour les amateurs de Chris Isaak, et de ce genre d’atmosphère musicale

_ « Home to Me » à écouter quand on conduit

_ « Codeine Arms« , un très beau titre Country-Noir

_ « Santa Fe » pour clôturer une triste journée.