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Le Mémorial de Verdun propose jusqu’en octobre, une exposition temporaire « Photographes de guerre, depuis 160 ans que cherchent-ils? et s’interroge sur la mission que se donne ces hommes et ces femmes qui partent avec comme seule arme leur appareil au coeur des conflits. Témoins muets qui se limiteraient à donner à voir, quels sens donnent-ils à leur quête?

Le Mémorial met l’accent sur le parcours singulier de ceux qui photographient la guerre et proposent une diversité de profils de photoreporters, des origines de la photographie de guerre jusqu’aux conflits contemporains. La scénographie se termine par une installation de 24 portraits issus du projet « Ce que leur yeux ont vu… » réalisés par la photographe Alizé Le Maoult, que nous avons rencontrée.

Mowwgli : Comment est né le projet « ce que leur yeux ont vu… » ?

Alizé le Maoult : En 1995, je me suis rendue pour la première fois à Sarajevo pour les besoin du tournage d’Ademir Kénovic « Le Cercle parfait ». Durant mon séjour, je croise au hasard de mes déplacements ceux et celles qui témoignent des drames vécus par cette ville multiculturelle profondément meurtrie: des photographes, qui font vivre à travers leurs yeux les conflits contemporains. J’en suis revenue bouleversée mais ce n’est finalement qu’en 2012 que je me lance dans un travail au long cours. Sans doute parce que le public, de plus en plus soumis aux flux incessants des images, semble blasé et ne s’émeut que lors d’images iconiques qui bouleversent de manière collective mais ne sait pas celui qui se cache derrière l’objectif. J’ai surtout voulu rendre hommage à ceux qui témoignent sans relâche et dont les photographies construisent l’Histoire.

Mowwgli : Quel genre de soutien avez-vous eu pour ce projet ?

A. L. M. : D’abord un soutien financier que m’a offert la Caisse d’Epargne Ile de France, présente à mes cotés dès l’origine. Cela m’a permis de lancer les cinquante premiers portraits qui seront la matière de « Génération Sarajevo » réalisés dans 9 pays, 17 villes, de New York à Zagreb en passant par Barcelone et Sarajevo. la Mission Centenaire 14-18 m’a proposé d’exposer les portraits de ceux qui ont couvert le conflit en ex-Yougoslavie, première guerre en Europe depuis la 2nde guerre mondiale, lors des commémorations de la Première Guerre Mondiale en juin 2014. L’accueil a été très enthousiaste, et cela m’a permis de mesurer l’intérêt du public pour ces témoins. cela a donné de la visibilité et de l’épaisseur au projet. J’ai voulu étendre le travail à tous les photographes contemporains. Et aujourd’hui, je poursuis ce travail d’archive, j’ai fait récemment le portrait de Nick UT et celui d’un jeune photographe syrien d’Alep : Ameer Al Halbi.

Mowwgli : Le dispositif est toujours le même, un mur, un regard frontal entre le regardé et le regardeur. Quel message souhaitiez-vous faire passer ?

A. L. M. : Oui, j’ai choisi un dispositif très simple, frontal… Un mur choisi au hasard sur le lieu du rdv, en extérieur, quelque soit le temps et la lumière. Je voulais un portrait sans artifice, les yeux dans les yeux! Ce que je voulais transmettre, c’est que ces hommes et femmes se retrouvent, un fois sur le terrain, dos au mur, comme les populations qu’ils sont venus photographiées. C’était cette notion métaphorique du mur qui souligne que la « vie » construit au fil du temps et que la guerre détruit au fil des guerres.

Mowwgli : Au mémorial de Verdun, l’installation s’approche d’une installation d’art contemporain. c’est assez inattendu, non ?

A. L. M. : En fait, en 2016, j’avais déjà demandé à chacun des photographes pour une exposition au musée de la Grande Guerre de choisir dans leur propre production une photographie qui symboliserait la guerre parmi tous les conflits qu’ils ont couverts. Je leur demandais ensuite de mettre des mots sur cette photographie « symbole » et d’expliquer leur choix. Cela crée un sorte d’arc dans le temps qui croisait la route de ces premiers rapporteurs d’images de guerre, dans les rangs de l’armée française avec les archives de l’ECAPD: 34 dytiques mis en résonance pour évoquer la guerre, celle qu’on appela « la der des der » et qui avait débuté à Sarajevo. Le Mémorial m’a demandé de clore l’exposition thématique avec mes portraits de photographes, j’ai donc proposé une installation avec 24 portraits comme une planche contact. En choisissant des photographes de toutes les générations et dont les nationalités faisaient références aux nations des pays belligérants de 14-18, pour toujours faire un lien dans l’histoire des hommes.

INFORMATIONS PRATIQUES
Photographes de Guerre
Depuis 160 ans, que cherchent-ils ?
Du 28 avril au 1er octobre 2017
Mémorial de Verdun
1, avenue du Corps européen Fleury-devant-Douaumont
55101 Verdun Cedex
+33 (0)3 29 88 19 16
http://memorial-verdun.fr/

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