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Quand j’ai entendu que l’exposition de Saint-Nazaire traiterait du voyage ordinaire, j’ai d’abord pensé à une évocation minimaliste de paysages intermédiaires de zones industrielles ou de couronnes péri-urbaines comme en produit encore beaucoup la photographie contemporaine, en format plutôt grand. Mais l’affiche comme la couverture du beau livre révélaient une finesse : « V.oyage O.rdinaire », la typo laissait, comme au cinéma, entendre une V.O., c’est-à-dire du pur ailleurs, garanti par les quatre photographes : Charles Fréger, Ambroise Tézenas, Denis Dailleux et Jérôme Blin.

Et le premier des voyages, l’installation nazairienne l’organise dans la partie confortable de certains abri-bus de la ville, à l’intérieur, de manière à changer l’insupportable attente en une bonne compagnie d’images. Le transport en commun devient singulier quand, dans les rues de l’indienne New Delhi, il mène les enfants à l’école en divers covoiturages, à vélo, sur scooter ou en pousse-pousse. Plus qu’une série, le regard de Charles Fréger, sans doute ravi de retrouver là des uniformes, fussent-ils d’écoliers, rend à l’école l’image noble qu’elle perd chez nous, où sécher les cours devient une revanche sur le quotidien : en Inde, comme dans tous les pays qui émergent, on est fier et heureux d’apprendre et d’y aller ensemble.

L’Inde encore, avec le trajet Bangalore-Bombay d’Ambroise Tézenas, qui s’est fait conducteur pour mieux doubler et saisir enfin les bus trop souvent pris, réalise quelques portraits de chauffeurs ou d’agents,  avant de s’immerger dans ce qu’il connaît comme personne, ces quartiers d’une nuit noire dont une constellation d’ampoules électriques vient à peine à bout.

Denis Dailleux qui se plaît aujourd’hui au Ghana ne s’est pas privé de revenir au Caire, d’en parcourir les quartier populaires à bords des pétaradants tuk-tuk, triporteurs domestiques, quitte à les arrêter pour égrener une suite d’ingrates perspectives en tonalité terreuse par magie devenue pastel, devant lesquels posent quelques uns de ces Fils de Rois déjà célébrés par un des photographes occidentaux les plus imprégnés d’Egypte. T

rès volontairement ordinaire est le voyage de Jérôme Blin qui, oubliant le Sahara et les routes de France et de Navarre, a décidé de faire de Saint-Nazaire le décor d’une fiction à la première personne, réminiscence de ses trajets lycéens d’hiver, quand il ne fait jour qu’en salle de classe. On l’aura compris, ces quatre contributions ont répondu à une commande dont le cahier des charges ne fixait que la règle d’une mobilité universelle sinon perpétuelle, visiblement reçue avec un bonheur auquel les lecteurs du livre sauront se préparer par le beau texte de Christian Garcin, relation d’un autre voyage en Inde, tout à fait à part.

INFORMATIONS PRATIQUES
> Exposition
V.oyage O.rdinaire
Du 26 juillet au 6 octobre 2017
Galerie des Franciscains
16, rue Jacques Jollinier et dans 16 abri-bus
Saint-Nazaire
> Livre
V.oyage O.rdinaire
124 pages, reproductions en quadrichromie, relié
Editions Le bec en l’air
32€

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