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« Cooler than ever » comme le suggère le slogan d’Art-O-Rama sur nos sacs et les affiches. Il est certain que le format intimiste, la concentration d’événements en résonnance partout en ville et le côté détendu de la fin de l’été contribuent à faire de cette foire le rendez vous incontournable des collectionneurs et arty lovers juste avant le tourbillon de la rentrée parisienne.

Pointue et internationale par sa participation américaine, européenne par un quota important de galeries allemandes au top sur lequel je me suis concentrée, l’occasion de découvrir une scène qui ne nous est pas forcément familière. Mais je n’oublie pas les frenchies…A noter de nombreux solo show ce qui est la marque de l’audace !
Autre particularité : si la foire ne dure que 3 jours, le salon se poursuit en exposition jusqu’au 10 septembre. L’occasion de creuser davantage chaque démarche curatoriale, l’ADN d’Art-O-Rama.
Impression générale, l’on assiste à une vraie montée en puissance, voici pourquoi en quelques morceaux choisis :

Daniel Jacoby chez Antoine Lévi (Paris)

A partir du film Ahold of Get the Things To et de l’exposition à la galerie en 2014, l’artiste péruvien part d’un environnement suggérant un centre d’escalade parasité par les conversation des protagonistes autour de 3 indices : une baleine, une tortue, un perroquet. Trace ultime de ce projet au beau milieu de la galerie, un piolet recouvert d’une peinture de camouflage et sanglé de multiples cordes d’alpinisme. Rigoureusement minimal et conceptuel mais à forte consonance poétique. Daniel Jacoby s’est entouré des conseils d’un artisan pour cette création, selon sa pratique.
Rendez vous pris pour la 3ème édition de Paris Internationale 2017 (à partir du 17/10) qui investit un nouveau lieu cette année, l’ancien siège du journal Libération, comme me l’explique Antoine.

Chloé Quenum chez Joseph Tang (Paris)

La galerie présente les pièces récentes de l’artiste de retour d’un projet en Afrique de l’Ouest (Bénin). Ses recherches marquées par l’anthropologie et le tissage comme trame d’écriture narrative engendrent de nouvelles partitions où les objets détournés de leur fonction première se transforment à l’infini.

Laëtitia Badaut Haussmann Allen Paris (Paris)

Nous avons déjà remarqué cette artiste (cf article du 15/08) et son intervention à la maison Louis Carré, Laetitia Badaut Haussmann (prix AWARE 2017) pour la foire déroule une fois encore son potentiel narratif au sein de l’exposition collective particulièrement réussie autour des questions de l’altération des matériaux et de l’éphémère.

Jordi Mitjà, Bombon projects (Barcelona)

On ne pouvait pas manquer cette grosse pierre brune aux allures de météorite. « Dispersio de la primera pedra »comme en apesanteur a signé ‘l’ouverture d’un centre d’art comme c’est la tradition en Espagne.Un sentiment d’inconfort s’impose face à cette masse que l’on ne peut contourner et qui interroge.

Fiona Mackay et Emilie Pitoiset chez Klemm’s gallery (Berlin)

© Emilie Pitoiset

© Fiona Mackay

© Fiona Mackay

© Emilie Pitoiset

C’était le duo attendu qui marque le lancement des « Résidences d’artistes ART-O-RAMA« pour Fiona Mackay avec le soutien de l’ESADMM, École Supérieure d’Art et de Design Marseille-Méditerranée.
La nouvelle série d’œuvres montrée en dialogue avec Emilie Pitoiset, s’inspire du contexte de production pour ses grandes peintures et performances. Emilie Pitoiset (prix Audi Talents Awards 2010) à travers ses personnages tisse un récit proche de la chute, la fêlure, l’accident, comme souvent dans ses projets. Emotions contradictoires devant ses silhouettes cabossées aux uniformes anxiogènes.

Anna Virnich, Drei Gallery (Cologne) – Solo show

Les membranes, les textiles, les peaux, les odeurs et flux corporels révèlent une approche fétichisée de l’espace.  La question du corps, du toucher prélude au plaisir se révèle ambiguë dans cette mise en scène rigoureuse. Transparence et opacité sont au cœur de sa réflexion.

Vajiko Chachkhiani chez Daniel Marzona (Berlin) – Solo show

Remarqué à la Biennale de Venise cette année comme représentant du pavillon géorgien, il présente ici son dernier projet « Elephants on their way to vanish »à partir d’éléments collectés dans un salon en Géorgie, recréé pour l’occasion. Une fois encore l’habitat est vétuste (il pleuvait dans celui de Venise) et soumis au diktat du temps et aux vestiges de la mémoire.

Alvaro Urbano chez ChertLüdde (Berlin)

Solo show de l’espagnol Alvaro Urbano basé à Berlin, « Utopias are for the Birds »part des écrits de l’urbaniste français Claude Nicolas Ledoux pour dessiner des architectures utopiques à partir de cages à oiseaux. Dessins de Yona Friedman et John Hejduk et collages combinés créent un espace fictionnel où ces volatiles deviennent les acteurs du projet. L’artiste agit comme un ornithologue à travers ces dioramas, prétexte d’une réflexion sur l’architecture et la fiction, l’art contemporain et son public.

Estrid lutz Emile Mold chez Neumeister Bar-Am (Berlin)

Diplômés des Beaux Arts de Paris, les artistes en résidence aux Ateliers de la ville de Marseille nous livrent dans ce solo show leur nouvelle série de collages lenticulaires. Collision au cœur de leur pratique et de leur histoire personnel (l’un était batteur dans un groupe de rock; l’autre ingénieur) qui sert de point de départ à une réflexion sur l’hybridation extrême et le flux constant des images. Comme le crash d’un écran déjà obsolète d’une mémoire en vrac.

Grayson Revoir chez Frankfurt am Main (Berlin) – Solo show.

L’américain recompose les appartements typiques berlinois de la fin du XIXème siècle « Berliner Zimmer »nom du projet, et créé une installation toute en parois transparentes dans laquelle des cages d’oiseau vides renferment des sons enregistrés.  Une absence qui renvoie à l’usage des Canaris par les mineurs au siècle dernier pour les alerter d’un danger éventuel dans les travées.

Thu Van Tran chez Messen De Clercq (Brussels)

Née au Vietnam en 1979 réfugiée et grandit en France issue d’une double culture, algérienne par son grand-père et indochinoise par sa grand-mère. Diplômée des Beaux Arts de Paris en 2003 sa pratique de sculpteur est marquée du sceau postcolonial. La fiction est son domaine de prédilection, la littérature permettant de s’affranchir du réel, Duras devant l’une de ses héroïnes dans cette capacité à transcender. Avec le photogramme du dernier livre de l’auteur « Ecrire »il est question de la solitude et du silence, d’où ces pages blanches. « Encre assassine » traduit ce portrait de l’écrivaine au bleu de méthylène en proie à l’alcool et à l’oubli de soi.

Agnieszka Kalinowska  BWA, Warszawa, (Varsovie)

Polonaise basée à Berlin, l’artiste pluridisciplinaire Agnieszka Kalinowska provoque des situations de tension et de résilience dans des environnements résolument empreints de politique. Avec « Welcome » bannière tissée en cordes qui commence à se défaire il apparaît que la réalité n’est pas tout à fait conforme à nos attentes. De même avec « The Fence » une clôture à la fois refuge et piège pour les réfugiés.

L’artiste invitée 2017 par la foire est : Sabrina Belouaar

Franco-algérienne la question de l’affirmation identitaire et du destin post-colonial est à l’œuvre à travers installations peintures et vidéos entre signifiant et signifié. Partant de coutumes ou rites dans son pays d’origine qu’elle détourne pour leur donner un nouveau sens elle distille avec subtilité une analyse critique sociale et politique de la féminité prise entre traditions et modernité. Soif d’émancipation et tensions liées au statut de la femme. Catalogue publié à l’occasion par Sextant et plus group.

Sabrina Belouaar, Illusion, 2016. Valise en cuir, épis de blé. Dimensions variables


Nouvel espace cette année le Studio présente l’action des partenaires-mécènes de la foire et au delà.

Des partenaires engagés :

Mécènes du Sud, un collectif de 48 entreprises en 2007 soutient Art-O-Rama depuis sa création, à travers la production d’œuvres et depuis 5 ans des solos shows d’anciens lauréats du Prix Coup de coeur, tels Berdaguer & Péjus qui présentent Smith, Norman, Carlos, Mexico 68  photographie emblématique qu’ils réactivent.
Damien Leclère, commissaire priseur est le président du collectif, accompagné d’un comité artistique. Soutien également à Nouveaux Regards, à une exposition par an, résidences d’artistes en entreprise et bientôt essaimage à Montpellier-Sète.
 
La Fondation Logirem avec comme artiste invitée Bertille Bak
Dans le cadre de sa résidence au sein des Ateliers de la Cité de Fonscolombes, (Marseille 3ème) avec le concours de Sextant et plus / Group, la Fondation soutient la création d’une œuvre dans l’espace public. Bertille Bak et ses rencontres comme pratique artistique tisse des liens profonds avec les habitants. L’occasion de dépasser parti-prix et clivages sociaux culturels.

La Compagnie Fruitière et Wilfrid Almendra
Le groupe qui a inauguré un programme de résidences en Afrique, piloté par Sextant et plus a accueilli Wilfrid Almendra en résidence au cœur de ses plantations du Penja au Cameroun. De ce séjour l’artiste traduit avec l’économie de moyens qu’on lui connaît de nouveaux objets transformés issus de ses prélèvements de gestes et coutumes subsahariens.

Profitez en également pour découvrir les expositions de la rentrée de la Friche : Claire Tabouret, Vincent Lamouroux (avec la fondation Ricard, prochain interview) et Inventeurs d’aventures curaté par Gaël Charbau (cf mon article du 25) et le Prix des Ateliers de la Ville de Marseille.

Et plus :

En ville signalons les excellents expositions d’Emmanuelle Oddo pour la Double V galerie, notamment la « Villa Santo Sospir » en hommage à Cocteau.

Coraline de Chiara (Beaux Arts de Paris) qui en fait partie est un coup de cœur !Ses collages à base d’images récoltés rehaussés de peinture et de dessin interroge la porosité des médiums entre eux dans un nouvel espace temps.L’archive et l’illusion, l’archéologie et l’histoire , la perte et l’effacement sont des préoccupations majeures chez cette jeune artiste née à Jakarta.

La Rue du Chevalier Roze entièrement remplie de monde samedi soir, révèle des surprises inégales mais le solo show dédié à Martin Soto Climent découvert par Sam Art Projects dans l’espace des collectionneurs du groupe Lumière est à ne pas manquer.
Citons pour finir la collection Gensollen à la Fabrique, espace d’exposition et lieu de vie. Sur rendez vous les deux psychiatres vous dévoilent les fondamentaux de leur démarche : l’importance du langage dans la constitution de l’inconscient.

INFOS PRATIQUES :
Art-O-Rama 11ème édition, le Salon
Du 28 août au 10 septembre 2017
14h-19h en semaine
13h-19h samedi et dimanche
La Cartonnerie,
Fiche Belle de Mai
http://art-o-rama.fr
Rentrée de l’art contemporain • Friche la Belle de Mai

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