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NOOR, cette année, fête ses dix ans. C’est l’occasion pour nous, de rencontrer son directeur Clément Saccomani dans le cadre de Visa pour l’Image. Il revient sur la naissance de l’agence et les valeurs qui la portent, ces destins photographiques qui se sont unis pour faire de NOOR, une agence solidement ancrée dans le paysage international malgré un conjoncture économique tendue. Des stratégies narratives qu’il élabore aux opportunités du photojournalisme de demain, Clément Saccomani regarde vers l’avenir et livre son expertise et sa vision sans concession du milieu, replaçant le photographe au centre du sujet.

Mowwgli : Pouvez-vous nous restituer le contexte de la naissance de NOOR, ses membres fondateurs,  sa spécificité?  Pourquoi être basé en Hollande. Ce pays a-t-il une politique particulière de soutien à la photographie, au photojournalisme?

Clément Saccomani : Les membres fondateurs de NOOR sont Stanley Greene, Kadir van Lohuizen, Pep Bonet, Francesco Zizola, Yuri Kozyrev. Jan Grarup, Philip Blenkinsop, Samantha Appleton, Jodi Bieber et Claudia Hinterseer étaient egalement membres et fondateurs avant de partir vers de nouvelles aventures et horizons. L’idée pour ces photographes etait de se nourrir de leurs experiences et construire une structure qui leur permettraient de pouvoir travailler librement, en etant les propres maitres de leurs carrières, envies, et destins photographiques. 10 ans apres, la motivation, l’envie qui anime chacun des auteurs est toujours la meme. L’agence est a Amsterdam depuis sa creation, c’est un choix coherent, economiquement et intellectuellement. Il existe plusieurs musees, institutions et partenaires de renomee internationale aux Pays-Bas et une veritable culture de la photographie et du « Story-Telling ». De plus, les opportunites fiscales sont bien plus interessantes que dans d’autres pays. Amsterdam et les Pays-Bas en general, sont aujourd’hui, a mon sens, un lieu incontournable pour la photographie et nous sommes tres fier et heureux d’y avoir notre agence.

Mowwgli : 5 membres sur les 13 sont des femmes, quand les autres agences représentent une majorité écrasante d’hommes. La parité chez NOOR Images est-elle une volonté affirmée dès son origine? 

C. S. : Oui, en effet, NOOR est une agence féministe. Nous l’affirmons et le revendiquons . Comment prétendre témoigner de la réalité de notre monde autrement? Nous souhaitons que toutes les sensibilités puissent s’exprimer chez NOOR. Tout cela n’est pas une question de genre mais de talent. Nous pensons qu’il est impératif d’être cohérent, vis a vis des gens avec qui nous travaillons, vis a vis de nos clients potentiels, de nos sujets, de notre éthique, de notre façon de travailler sur certaines réalités, la violence sexuelle notamment, le respect de la dignité, l’éducation etc. Nous sommes en train de mettre en place dans le cadre de notre 10 ème anniversaire de nombreux partenariats pour nous aider à être encore meilleur, pour nous-même, pour notre staff, pour nos clients, pour la profession, pour l’agence etc. En tant qu’agence, en tant que groupement humain, nous avons des droits mais avant et surtout nous avons une immense responsabilité. Il est facile de raconter des histoires, mais encore mieux de bien raconter de bonnes histoires.

Mowwgli : NOOR fête ses 10 ans, rappelons-le, et ce, dans un contexte triste, avec la disparition en mai dernier de l’un de ses piliers Stanley Greene. Comment envisagez-vous la conservation et la transmission de son oeuvre?

C. S. : Plus qu’être triste du voyage de Stanley, nous sommes heureux d’avoir pu le connaitre et d’avoir pu nous s’appuyer sur lui, sur ses conseils, sur ses projets. Nous explorons aujourd’hui les différentes options pour que son travail soit accessible au plus grand nombre, aujourd’hui, demain et dans 50 ans. C’est un défi, mais son travail, son engagement le mérite et c’est notre responsabilité, surtout pour les générations futures qui, grâce à son travail, pourront mieux comprendre le monde dans lequel elles et ils vivent.

Mowwgli : Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se revendiquent photographes. Les plateformes de partage permettent une visibilité accrues aux pro-am (professionnel-amateur). On a vu le Time, par exemple, casser les codes et choisir (parfois) sa Une sur Instagram (notamment lors des émeutes de Baltimore il y a 2 ans). Quelle marge de manoeuvre ont les agences aujourd’hui pour se démarquer et co-exister avec ce nouveau paradigme? 

C. S. : Certains chantent sous la douche le matin, et pourtant ils ne sont pas forcement chanteurs professionnels. Bravo au Time d’avoir une ligne éditoriale forte. Je crois que les bonnes histoires trouvent toujours des clients pour les acheter et les publier. La question n’est pas de se démarquer mais de trouver les moyens de soutenir la création de nos auteurs. Le reste n’a que peu d’importance. Comment puis-je aider une/un de mes photographes a produire une histoire qui aura un impact sur notre humanité, voila ce que je cherche, voila ce qui est important. Ensuite, je pense que le grand public n’a jamais été aussi curieux et friand d’histoires visuelles, tant mieux. Soyons optimistes, nous vivons une époque fabuleuse. Oui le photojournalisme est mort, alors vive le photojournalisme! Je crois que ce qui nous tue aujourd’hui c’est la nostalgie d’un monde que finalement peu ont connu…. Et ceux qui l’ont connu sont malheureusement en train de partir vers de nouveaux voyages. Regardons l’avenir au lieu de nous meurtrir d’une période qui est de toute façon révolue.

Mowwgli : Les éditeurs de presse français ont été sommés de régler leurs factures en souffrance. Certaines agences ont disparu, d’autres sont en « grande détresse » et doivent se rassembler pour résister, au risque de perdre leur « identité », les plus grosses capitalisent sur leur fonds et la marque.

C. S. : Je pense qu’il ne faut pas tout mélanger. Les éditeurs de presse qui ne payent pas leurs fournisseurs sont simplement des escrocs et la loi est là pour s’occuper d’eux. A ce sujet, je salue le travail super courageux que Chloé Zanni de MYOP et de bien d’autres en France qui sont montés au front pour toute la profession. Les agences sont au service des photographes et des créateurs. Est-ce qu’utiliser sa marque pour permettre aux photographes de travailler est un problème? Non, bien au contraire. Après, il faut faire les choses avec cohérence, éthique, et surtout le faire avec sens.  L’idée n’est pas de maintenir un corps en vie sous perfusion, mais de participer a la création d’une information de valeur pour permettre au plus grand nombre une prise de conscience sur les enjeux de notre monde.

Mowwgli : Quelle est la politique d’intégration chez NOOR? Quels sont les critères? 

C. S. : Les membres de l’agence invitent d’autres à soumettre leur travail et ensuite participent à un vote. Plusieurs modèles économiques sont possibles, l’unique question est la suivante : est-ce que ce modèle est juste pour les photographes?

Mowwgli : Y a-t-il, selon vous, un seuil à ne pas dépasser pour être optimum dans la représentation des photographes et l’exhaustivité des regards proposés?

C. S. : Cela depend de ce que les photographes souhaitent. L’essentiel est d’être à leur service, sans eux, rien n’est possible.

INFORMATIONS PRATIQUES
NOOR à Visa pour l’image Perpignan
> Jeudi 7/09: Soirée de projection 10 ans de NOOR
> Vendredi 8/09 : Soirée de projection Hommage à Stanley Greene
Campo Santo
66000 Perpignan
http://visapourlimage.com

NOOR
p/a Pakhuis de Zwijger
Piet Heinkade 181 F
1019 HC Amsterdam
www.noorimages.com

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