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Fortes ou fragiles, aimantes ou dévorantes, jubilatoires ou mélancoliques, maladroites ou élégantes, elles nous attendent dans l’espace virginal de la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois.
Comme un petit théâtre du féminin ces silhouettes massives et hyper sexuées assument, bravaches et fières telle « Madame ou Nana verte au sac », l’une des pièces emblématiques de l’exposition ayant appartenu à Marc Bohan. Nombreux sont en effet les créateurs qui revendiquent l’héritage de Niki de Saint Phalle, elle même mannequin dans sa jeunesse dorée new yorkaise et fan de mode tout au long de sa vie, jouant de son image et de ses apparitions.

A ses côtés comme un trophée sacrifié en suspension « Lili ou Tony » couverte de tatouages ou « Lady sings the bleues » titre emprunté à Billy Holiday dont la légende cruelle de femme artiste noire l’inspire, ou encore « Black Rosy »en hommage à Rosa Parks, icône de la lutte des droits civiques. Blanches ou noires (et c’est une petite révolution) ces femmes en équilibre parfois instable, telle « Louise » ou « Frederica » sont les victimes d’un monde régi par les hommes. « Ou sont les hommes dans mon travail ? déclare l’artiste « ce sont les monstres et les animaux »comme dans ce superbe Grand Mural de 1969 au seuil de la galerie qui signe l’entrée en résistance d’une vaillante héroïne.

Si Niki de Saint-Phalle met en scène ses tourments et ses émois elle touche à l’universel à travers cette violence faite au corps féminin. Un combat d’une grande résonance et actualité comme le souligne Marianne Le Métayer la directrice de la galerie, partie prenante de cette nouvelle et passionnante exposition dédiée à la créatrice dans les deux espaces de la galerie. L’on se souvient du retentissement des « Tirs » exposés en 2013 au moment où les Vallois démarrent leur collaboration avec la succession de l’artiste.

Loin des clichés flamboyants et flatteurs habituellement associés aux Nanas il est question ici de vagin (Hon), de sang, d’attributs mortifères (« Marilyn »), de déchéance physique (« Femme » 1970,âgée et naine !) de mère dévorante (la « Promenade du dimanche » renvoyant à son histoire personnelle et au couple dysfonctionnel formé par ses parents).. et que dire de cette mariée »the White Goddess »dont la vision rapprochée offre un champ de ruines, tel un condensé de siècles d’oppression.
Comme à rebours de l’image légère et pop peu à peu distillée dans l’inconscient collectif.
Et c’est en cela que la démarche des galeristes est totalement novatrice.

On reprend son souffle dans le second espace au 33 rue de Seine avec la joyeuse « Gwendolyn », enceinte et pleine d’énergie débordante, libérée du grillage, laine, colle, divers tissus et assemblages, par les facultés offertes par le polyester que Niki se met à utiliser . Mais cette accalmie est de courte durée face à une nouvelle silhouette plaquée au mur amputée de ses bras. Nouveau sacrilège.

Puis nous pénétrons dans l’évocation de la cathédrale-Hon, telle que la définie si justement Jean de Loisy dans le précieux catalogue de l’exposition. Parjure suprême que sa destruction orchestrée une fois la foule passée au travers de ses cuisses. La vierge ou la putain.

Note de fin plus assagie avec « le Sphinx » (l’Impératrice de 1990), déesse- gardienne qui évoque l’œuvre de sa vie, le Jardin des Tarots en Toscane. Un lieu magique pour un projet d’art total inspirée de Gaudi et ses célèbres mosaïques. L’on peut circuler et pénétrer à l’intérieur de l’une des 22 arcanes du Tarot, l’artiste elle-même s’y aménage un temps un appartement. Vision idyllique de sa période intense de création à deux avec Jean Tinguely. Passionnée d’ésotérisme et d’astrologie Niki de Saint-Phalle était née du double signe du scorpion ce qui explique sa faculté d’endurance et de résistance, sa puissance de travail et aussi certaines zones d’ombres et états contradictoires comme le souligne Lucia Pesapene (catalogue) commissaire indépendante qui était intervenue à l’occasion de la rétrospective du Grand Palais en 2014 organisée par Camille Morineau.

Alors, obscène ou dégradante Niki de Saint-Phalle ? féministe envers et contre tous. Et si ses femmes sont éminemment paradoxales elles sont, somme toute, très contemporaines. Offrons leur une nouvelle lecture à la faveur de cette exposition d’envergure muséale.

Le catalogue qui reproduit le format des magazines de mode des années 1960 est le complément indispensable à la visite, parsemé de contributions prestigieuses telles Catherine Millet, Camille Morineau, Caroline Eliacheff, Germain Viatte.. et de documents, archives et photographies d’époque.

La galerie Georges-Philipppe et Nathalie Vallois au cœur de St Germain-des-Prés, revendique sa ligne autour d’une dualité Art contemporain/Nouveau Réalisme. Elle agit comme un véritable passeur à travers notamment la présidence du Comité Professionnel des galeries d’art occupée par Georges-Philippe depuis 2011.

INFOS PRATIQUES :
Belles ! Belles ! Belles !
Les femmes de Niki de Saint Phalle
Du 8 septembre au 21 octobre 2017
Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois
aux 33 et 36 rue de Seine
75006 Paris
http://www.galerie-vallois.com/

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