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Entretien avec Pascal Neveux, Directeur du Frac Paca (1ère partie)

Temps de lecture : 5 minutes et 47 secondes

Depuis son inauguration en 2013 le Frac Paca nouvelle génération a complétement transformé le quartier de la Joliette et au delà, insufflant des modes de diffusion de la collection multiples et étendus hors les murs auprès d’un public toujours plus varié. Cette volonté est portée par son directeur Pascal Neveux que nous rencontrons à l’occasion des foires Art-O-Rama et Paréidolie dont il est partenaire (exposition Mark Dion) et pour la première fois la participation au Grand Arles Express (dernier film de Marie Bovo) et avant tout le 4ème volet dédié à Pascal Pinaud « Parasite Paradise » après les expositions au Frac Bretagne, à la Fondation Maeght et à l’Espace d’Art Concret de Mons-Sartoux.

« Pour un Frac agissant comme une plate-forme expérimentale, émergente, prospective au sein d’un véritable écosystème »

 

Mowwgli : Quel est, selon vous, l’après Marseille Capitale européenne de la culture et les défis du Frac nouvelle génération dans le superbe écrin signé Kengo Kuma, une fois passé l’engouement premier.

Pascal Neveux : L’année 2013 a été très significative pour nous en effet car on passait d’un espace certes charmant mais confidentiel et très contraint en superficie au cœur du Panier à un espace de plus de 6000m² conçu par un architecte de renommée international Kengo Kuma opérant comme un vrai signal architectural et culturel au cœur du quartier dela Joliette en pleine mutation urbaine et sociale. Le fait que l’inauguration du FRAC s’opère dans le contexte de la Capitale européenne de la Culture fut une chance et un atout considérable pour le FRAC, qui s’est traduit par une fréquentation exceptionnelle de plus de 45 000 visiteurs sur l’année.

L’après 2013 fut plus compliqué à appréhender et à vivre avec un sentiment partagé par l’ensemble des structures d’un lendemain bien terne, devant affronter de nombreuses difficultés financières et autres de fonctionnement.

Le challenge pour l’équipe du FRAC était donc de démontrer la capacité du Frac à gérer et animer un bâtiment tout en conservant une dynamique territoriale très importante. Comment être à la fois aux commandes d’un tel navire et le faire vivre tout en conservant une proximité et une présence du FRAC sur l’ensemble de la Région . Non pas sédentariser le Frac dans son nouvel écrin mais de faire comprendre au public que le bâtiment s’incarne et s’active comme une plate-forme de diffusion, d’expositions, de médiation, de production, de restitutions de projets ouvert à toutes les formes de partenariats et propositions artistiques. C’est vraiment sur la période entre 2015 et aujourd’hui que l’on a commencé à appréhender réellement le potentiel du bâtiment d’une part, et d’autre part à conserver une réelle proximité avec l’ensemble des acteurs et partenaires culturels et éducatifs sur l’ensemble de la Région.

Les chiffres récents vont d’ailleurs dans ce sens :
1048 prêts d’œuvres sur l’année 2016, 120 partenaires et plus de 70% de nos projets inscrits sur le territoire régional.

Il fallait réaffirmer cette double dynamique in situ et hors-les-murs pour ne pas « muséifier » le FRAC et faire preuve de pédagogie pour bien faire comprendre que notre activité se situe en majorité en dehors de notre bâtiment et plus largement de Marseille.

Un enjeu de taille auprès du grand public, étranger notamment pour qui le Frac se résume avant tout à son bâtiment et à ses expositions, or l’activité du bâtiment représente 30% de notre activité générale, une grande partie de l’équipe étant en mobilité, en mouvement comme les œuvres sur le territoire aussi bien en milieu scolaire, pénitencier, hospitalier qu’auprès de l’ensemble des acteurs culturels du territoire, au cœur d’un écosystème exceptionnel sans équivalent en France en dehors de Paris.

Nous avions donc de nombreux challenges à relever: un changement d’échelle et d’architecture, signe d’une reconnaissance après 35 ans d’existence, une plus grande et meilleur valorisation de ce patrimoine contemporain constitué de plus de 1200 œuvres aujourd’hui, une meilleure promotion de nos activités de médiation et pédagogiques et un développement de nos publics à poursuivre.

Mowwgli : Vie de la collection : Priorités, comité technique d’acquisition, budget, diffusion et focus sur le bassin Méditerranéen et corpus photographique, pourquoi/comment ?

P. N. : La collection constituée de 1200 pièces aujourd’hui est particulièrement riche voire exceptionnelle, très ancrée dans l’histoire de la région, (l’Ecole de Nice, les nouveaux réalistes, Support Surface..), constituée d’œuvres majeures représentatives de l’ensemble des pratiques artistiques des années 80 à nos jours avec des corpus photographiques, de dessins, de peintures et un fonds vidéo tout à fait exceptionnel à l’échelle nationale et européenne.

La Région a la chance d’avoir sur son territoire huit écoles d’art dont l’Ecole nationale supérieure de la photographie, ce qui constitue en soi un vivier très important d’artistes et deux des plus grandes villes de France avec Nice et Marseille qui ont chacune leur propre dynamique artistique et culturelle.

Vers de nouvelles priorités :

Quand je suis arrivé au Frac en 2006 pour mettre en œuvre la construction de notre nouveau bâtiment,  j’ai souhaité y ajouter un focus sur la dimension méditerranéenne dans le cadre du projet artistique et culturel que je portais à l’époque. Marseille étant emblématique d’une ville portuaire, ouverte sur le monde, une ville d’échanges, de passages, on a dès lors travaillé et constitué un corpus conséquent et prospectif d’une centaine d’œuvres à la fois sur la rive nord et sud de la méditerranée. L’idée était d’acquérir des œuvres d’artistes pas encore présents sur le marché ou n’ayant pas encore quitté leur pays d’origine avant pour certains de s’installer à Londres, Berlin, Paris ou ailleurs et d’avoir aujourd’hui une visibilité internationale.

C’est un axe que l’on poursuit aujourd’hui, même si celui-ci n’est plus une priorité à ce jour puisqu’en 2015 on a renouvelé le projet artistique et culturel autour de la « Fabrique du récit » et le comité technique d’acquisition en conséquence avec 3 nouvelles orientations fortes :

-une première autour de l’image, qu’elle soit en mouvement ou l’image photographique, notre corpus photo étant très inscrit dans l’histoire de la photographie plasticienne et complémentaire du Mac de Marseille avec de larges ensembles de Jean Luc Moulène, Jean-Marc Bustamante, Patrick Tosani, Craigie Horsfeild, Suzanne Lafont..

Ce fonds étant assez daté de cette période on a souhaité le compléter d’une approche liée au documentaire et pratiques photographiques nouvelles à travers notamment l’arrivée de Sam Stourdzé au sein du comité depuis 2015, renforçant les liens avec les Rencontres, dans une dynamique à la fois d’acquisition, de co-production et d’exposition (projet de Marie Bovo et également co-production du film d’Yves Chaudouët et travail de Mathieu Pernot actuellement présenté à Arles que l’on a fait entrer l’année dernière dans nos collections).

-une 2nde s’inscrit autour du dessin, principalement du dessin de sculpteur, s’affirmant comme un vrai langage à part entière, ce qui s’est confirmé à travers de nouvelles acquisitions.

-enfin une 3ème orientation, totalement novatrice autour de la cartographie et de la marche. Il se trouve que dans la région nous avons un foyer artistique important d’artistes marcheurs : création en 2013 au GR13 par un collectif d’artistes et aussi à travers l’Ecole d’art de Toulon des personnalités importantes comme Till Roeskens ou Hendrik Sturm. Cette donnée que l’on développe activement depuis 2 ans se traduira aussi à l’horizon de 2019 par une exposition autour de la marche comme pratique artistique, en partenariat avec plusieurs institutions en région et en France plus largement.

Un comité technique d’acquisition en cohérence :

Le comité technique renouvelé incarne ces nouvelles priorités avec l’arrivée de Sam Stourdzé déjà cité, également d’un artiste Arnaud Vasseux enseignant la sculpture et le dessin à l’Ecole supérieure des Beaux Arts de Nîmes qui a un rôle prospectif sur ces 2 dimensions, de Fabienne Grasser-Fulcheri, directrice de l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux qui est notre tête chercheuse sur la partie sud de la région pour retrouver un équilibre avec la scène niçoise, de Guillaume Monsaingeon professeur de philosophie à Marseille spécialiste des pratiques artistiques cartographiques contemporaines et  Jean-Conrad Lemaître collectionneur et prescripteur dans le domaine de la vidéo, une dimension fondatrice de la collection avec plus de 150 video aujourd’hui.

Notre démarche avec ce nouveau Comité est de pouvoir rendre compte de la richesse et diversité de la scène artistique régionale, de pouvoir à l’occasion de ces comités, de découvrir et rencontrer des directeurs d’institutions, des collectionneurs privés et bien sûr de pouvoir visiter de nombreux ateliers d’artistes et galeries implantée dans notre région. C’est important après 35 ans d’existence de conserver cet attachement et curiosité à notre territoire régional tout en enrichissant la collection d’œuvres d’artistes étrangers majeurs avec l’ambition de mener une politique d’acquisition prospective, amitieuse et respectueuse de son histoire et de son ouverture internationale.

Retrouvez la seconde partie de l’entretien dans l’édition du 21 septembre 2017.

ACTUELLEMENT AU FRAC :
• Pascal Pinaud, Parasite Paradise (plateau 1&2)
Jusqu’au 5 novembre 2017
• Mark Dion (plateau expérimental)
Jusqu’au 24 septembre 2017
• Troublant la langue et la vision -N/Z : une revue d’art et de littérature s’expose (3ème plateau)
Jusqu’au 5 novembre 2017

PROCHAINEMENT AU FRAC :
• Le bruit des choses qui tombent, dans le cadre de l’année croisée France-Colombie.
Commissaire de l’exposition : Albertine de Galbert
(plateau 1 & 2 et multimédia)
• Eduardo Berti et Monobloque, Inventaire d’inventions (inventées)
Commissaire : Pascal Jourdana
(3ème plateau)
Du 2 décembre 2017 au 18 février 2018
• Olivier Rebufa, Au Royaume de Babok
Commissaire : Pascal Neveux
(plateau expérimental)
Du 2 décembre 2017 au 14 janvier 2018
• MP 2018 Quel amour !
(plateau expérimental)
Du 26 janvier au 18 février 2018

INFORMATIONS PRATIQUES
Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur
20 Boulevard de Dunkerque
13002 Marseille
Horaires : du mardi au samedi de 12 à 19h, le dimanche de 14 à 18h (entrée gratuite ce jour là)
Tarifs : plein 5€ ou 2,50€ réduit
N’oubliez pas de faire une pause au restaurant Taste au design soigné et à la carte home made !
https://www.fracpaca.org