Temps de lecture : 2 minutes et 3 secondes

Gabriel Bauret est notre invité de la semaine à l’occasion de l’ouverture, cette semaine, de la Biennale des des photographes du monde arabe. Aujourd’hui, le Commissaire d’exposition indépendant nous parle du nouveau Musée de Nantes.

En juin dernier s’ouvrait à Nantes le nouveau Musée d’arts, et non « Musée des beaux-arts », terminologie qui renvoie à de vieilles catégories esthétiques. Musée d’arts ne sonne sans doute pas très bien, mais il a le mérite de symboliser une rupture avec le passé et en particulier une ouverture sur des modes d’expression contemporains – et il ne cède pas non plus à la mode des acronymes -. Aujourd’hui en effet, l’art ne se résume plus à la peinture et à l’architecture : les œuvres exposées à Nantes en attestent, la vidéo notamment occupant une place de choix.

Ce musée était fermé depuis de nombreuses années, à tel point que nombreux se demandaient s’il allait renaître un jour. Pendant les travaux, Nantes n’a pas manqué de se faire remarquer par sa série de manifestations artistiques estivales : « Le voyage à Nantes », proposition plutôt sympathique et qui a été exportée récemment dans la ville du Havre. Ces manifestations mettent l’art urbain au premier plan, avec également une tendance à produire de plus en plus d’œuvres-spectacles, manquant parfois de profondeur.

Dans le nouveau musée, on ne cède pas à cette facilité. Ce qui est accroché ou installé dans les espaces est solide, réfléchi, rigoureux, ambitieux. Comme en témoigne le titre de l’installation de Susanna Fritscher : « De l’air, de la lumière et du temps », qui occupe le grand patio de la partie ancienne du musée. Ce qu’il faut remarquer à ce propos, c’est que ces musées conçus au XIXe siècle, comme d’autres construits dans les grandes villes de France, ne lésinaient pas avec l’espace : hauteur de plafond et générosité des volumes, combiné à la lumière naturelle.

Dans le dossier de presse, la directrice Sophie Lévy intitule son texte de présentation du musée : « Entre passé et futur ». Cette formule anime certainement l’ensemble du projet, que ce soit sur le plan architectural ou s’agissant des œuvres exposées : schématiquement, le musée conjugue la réhabilitation de l’ancien bâtiment qui abrite les collections (contenant d’ailleurs quelques trésors dont on avait oublié qu’ils étaient conservés à Nantes) et la construction d’un cube de plusieurs étages qui accueille principalement l’art contemporain, celui du XXe et du XXIe siècle. Mais il y a des exceptions, des surprises, car le moderne, le contemporain, vient parfois s’inviter au milieu des œuvres du passé. Le musée sait également composer avec des œuvres d’artistes originaires de Nantes ou de sa région, comme Jean-Émile Laboureur.

Sophie Lévy a emprunté de très belles pièces à des musées tels que Le Louvre, Orsay ou le Musée national d’art moderne, pour servir avec intelligence son propos ; et en particulier dans le Cube, elle a conçu des séquences qui traduisent différentes orientations et inspirations de l’art contemporain. On découvrira aussi d’intéressantes initiatives scénographiques, un passage en douceur du bâtiment contemporain aux anciennes salles, avec toujours une grande attention portée à la lumière. Les architectes n’ont pas choisi la virtuosité mais le respect du propos et en un sens, un relatif effacement du bâti permettant de voyager avec aisance au milieu de l’art et de son histoire.

Leave A Comment

Your email address will not be published.