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Gabriel Bauret est notre invité de la semaine à l’occasion de l’ouverture, cette semaine, de la Biennale des des photographes du monde arabe. Aujourd’hui, le Commissaire d’exposition indépendant nous parle du succès toujours grandissant des séries ! Vous êtes vous même fan d’un Game of Thrones, Stranger Things, Narcos, Mad Men ou encore House of Cards, alors cette carte blanche vous est dédiée !

Rares étaient les dîners en ville au cours desquels on n’abordait pas dans la conversation le thème des séries. Est-ce que cette nouvelle addiction est toujours d’actualité ? Il semble que l’intérêt ne fléchisse pas. L’idée d’un nouveau festival est née à Lille cet été et qui sera entièrement dédié à partir de 2018 aux séries, à l’instar de manifestations consacrées à d’autres genres cinématographiques. Quant aux très sérieuses rencontres de Fontainebleau, elles ont organisé pour la sixième fois cette année une manifestation sur ce thème : « Séries Series ».

Ce format a constitué un événement dans le monde de la cinéphilie, même si le principe de la série n’est bien sûr pas nouveau. Mais celle-ci a quitté le contexte du programme de télévision pour être consommée de façon différente. Aujourd’hui, les rayons des magasins consacrent un espace de plus en plus vaste aux séries en DVD. Et l’on ne parle pas de Netflix qui a construit en grande partie son projet autour de la diffusion de ces réalisations.

Un loisir nouveau consiste à se réunir en famille ou entre amis pour dévorer en une journée ou une nuit tous les épisodes d’une saison. La série « 24 heures chrono » a participé, de par son principe narratif, à développer cette pratique. L’écrivain Martin Winckler y est allé de sa plume en 2012, avec la publication d’un opuscule : « Petit éloge des séries télé ». En 4e de couverture, la formule « Le droit de considérer certains personnages comme des amis intimes » concrétise ce lien étroit entre les personnages d’une série et son spectateur. Tout au long de la journée, on pense à eux, on s’inquiète de leur destin, et le soir venu, on ne peut plus résister à l’envie de les retrouver : c’est le principe même de l’addiction. Et c’est bien entendu le principe de l’inscription de la saison dans la durée, la conception d’un scénario totalement libéré des contraintes de format et des principes narratifs traditionnels, qui contribuent à développer le phénomène.

Mais la série sait aussi séduire par ses décors : celui des agences de publicité new-yorkaises des années 1960 dans « Mad Men », une référence en la matière. Celui de La Nouvelle Orléans décrite dans « Treme », quelques années après le passage de l’ouragan Katrina : son créateur David Simon s’étant auparavant distingué par la qualité de la série « The Wire » dans laquelle la ville de Baltimore joue un rôle narratif essentiel. On retrouve certains acteurs comme Antoine Batiste ou Dominic West qui incarnent dans des productions différentes des personnages de premier plan : West dans « The Wire » et « Treme », Batiste également dans « The Wire » et dans une série plus récente, « The Affair », dont la dernière saison vient de sortir en DVD. Il faudrait également parler de la description de l’ivresse du pouvoir dans « House of Cards », portée par le duo Kevin Spacey et Robin Wright, ou encore de « Homeland » dont l’histoire colle à l’actualité du terrorisme.

Mais pour l’amateur de jazz, c’est évidemment « Treme » qui s’impose, par le mélange de fiction et de réalité qui s’incarne entre autres dans le casting des musiciens : les acteurs se mêlent subtilement à des professionnels.  Et tous rythment le climat de cette ville meurtrie en 2005 par un phénomène atmosphérique d’une ampleur sans précédent et dont on n’a pas manqué pas de reparler ces derniers jours.

Gabriel Bauret

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