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Le regard de Christine Ollier

Le Fabrika Hostel, partenaire du Tbilisi Photo Festival, s’est installé dans les bâtiments rénovés, mais pas trop, d’une ancienne usine en plein cœur d’un des quartiers traditionnels de la capitale. Le matin cela donne l’impression d’un village tranquille. Après un copieux petit déj dans la vaste cuisine-resto de l’Hostel qui abrite aussi bien des appartements, des chambres que des dortoirs et un vaste lobby, où selon le moment les gens s’y installent pour travailler, pour leurs rendez-vous ou interviews, ou encore pour profiter des divers coins canapés disposés sur des vastes kilims. Je passe dans la vaste cour, j’ai le choix entre plusieurs cafés, tous assez cools avec un look mixe entre récup et design. Il y a aussi l’Impact Hub Tbilisi qui draine pas mal de monde et quelques boutiques de créateurs en tout genre : planches à roulette pardon skate, céramiques, graffeurs et, fringues bien sûr…

Depuis quelques matins, j’ai pris mes quartiers sous un auvent rouge, abritant efficacement du soleil encore estival, d’où je regarde entre deux mots les gens ou les chats qui passent. Parfois c’est un enfant et un chiot et tout le temps des « jeunes » de tous âges… Autour les sonorités gutturales et pourtant harmonieuses de la langue géorgienne interfèrent avec l’anglais, l’allemand ; le russe aussi .. Le soir c’est moins tranquille, la fête dure jusqu’à très tard… ne pas oublier ses boules quies si l’on veut dormir un peu trop tôt -genre une heure ou deux du mat’ – car les géorgiens adorent la nuit et ses partages…

La Fabrika est une formidable réussite à destination de la jeunesse. Cette proposition d’échanges multiculturels a été conçue de A à Z par de jeunes et créatifs hommes d’affaires de retour au pays. Parallèlement ils ont mené à bien la rénovation d’autres bâtiments industriels en les transformant en un hôtel super stylé : le Rooms, un Diner à l’américaine : Lolita’s et un super hôtel de tourisme niché dans un des sublimes sites cachés au fin fond des montagnes – le tout en quelques courtes années ! Ces garçons s’attachent à sincèrement faire profiter les nouvelles générations de meilleures conditions dans un pays encore fortement sujet à la pauvreté que leur a imposé le régime autoritaire des soviets.

Pas étonnant qu’ils soutiennent autant le festival en accueillant les hôtes de Nestan au Fabrika Hostel et au Rooms Hôtel mais aussi en mettant leurs lieux à disposition pour les conférences et les expositions… La nuit du festival a eu lieu l’année dernière dans le vieux Tbilisi. Cette année ce sera un peu partout dans la Fabrika, la laverie, les boutiques, les bars et les dortoirs. Nestan a tenu a rendre hommage avec une projo dédicace à notre si chère Claudine Maugendre qui l’a aidée généreusement à monter la première nuit, elle qui a su créer avec François Hébel la fameuse nuit de l’année à Arles. L’année dernière la foule était déjà compacte, je me demande si on va pouvoir respirer cette fois-ci!

Les projections en soirée sont des moments phares du festival et attirent un public de plus en plus numéraire. Il est effectivement plus intelligent de faire de supers projos que des expositions montées avec trop peu de moyens, même si les quelques musées de la capitale se prêtent au jeu et que Nestan parvient toujours à dénicher des lieux improbables, tels les anciens bains turcs où elle a, il y a quelques années, montré le travail d’Antoine D’Agata réalisé lors de ses séjours à Tbilisi.

Hier, la projection inaugurale de Guy Bourdin, réalisée en complicité avec Samuel Bourdin et Shelly Verthime et accompagnée d’une superbe musique de NIKA, dans les ruines d’une ancienne église a été envahie par la foule. Tant est si bien qu’il a fallu faire une deuxième projection au pied levé car un grand nombre de personnes s’étaient déplacées sans pouvoir pénétrer dans ce lieu pourtant vaste. La proposition était intéressante à mi-chemin entre un diaporama stylé et une exploration plus en profondeur des images – heureusement sans abuser des nouveaux logiciels de pénétration.

De plus, Shelly et Sam – un fils entièrement dédié à la diffusion du travail de son père -, nous ont permis de découvrir des aspects moins connus comme son travail noir et blanc récemment acquis par le MOMA. Ses films réalisés pendant les making-off des shootings étaient diffusés hier sous la forme de petits clips et les spectateurs ont eu droit à un aperçu des polaroïds qui voyagent en ce moment à travers le monde…

Ce soir nous aurons le plaisir d’ouvrir une grande exposition de Viviane Sassen ! Je suis sure de provoquer immédiatement des envieux-ses !!! Je suis vraiment ravie car je suis son travail depuis tant d’années. Je n’ai qu’un regret c’est de n’avoir pas pu collaborer avec elle malgré une invitation renouvelée – son galeriste Micheal Steveson et son équipe font très bien leur travail. Qui sait un jour … Son travail est si époustouflant d’élégance et de créativité. Rare sont les artistes qui travaillent sur le corps féminin et la mode en trouvant les ressources d’une inspiration toujours renouvelée. Viviane Sassen fait partie des grandes, à chaque image, à chaque livre, je suis séduite et admirative !

Pourtant hier soir, son complice de mari m ‘a confirmé qu’elle est toujours aussi modeste et humaine. Elle sait si bien se concentrer dans son travail qu’elle perçoit à peine les bruissements des équipes pendant les shootings hystérisants du milieu de la mode. Certes, ils ont du aménager des priorités face à une demande surabondante d’expositions et de commandes, mais apparemment restent ouverts à des propositions originales comme celle de ce festival. J’ai hâte !

Et quand aux lecteurs de Mowwgli à lundi, si l’humeur vous en dit !…

INFORMATIONS PRATIQUES
Tbilisi Photo Festival
Du 13 au 20 septembre 2017
Fabrika
8 Egnate Ninoshvili Str.
Tbilisi 0102 Gergia
http://www.tbilisiphotofestival.com
https://www.facebook.com/tbilisiphotofestival

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