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#PFP / 5 photographes de la Farm Security Administration : Louise Rosskam

Temps de lecture : 3 minutes et 8 secondes

Les cinq photographes dont j’explorerais le travail ici sont : Dorothea Lange, Louise Rosskam, Marion Post Wolcott, Marjory Collins et Esther Bubley.

Comme je l’annonçais dans mon précédent édito, je me lance dans la découverte des grandes photographes qui ont fait l’histoire.

J’ai bien pensé à suivre une chronologie, mais l’idée même de la rigueur que ça allait me demander m’a profondément ennuyé. C’est certes un exercice, mais en terme de méthode, disons-le, je vais là où mon cœur m’emmène. Et ou m’a emmené mon cœur pour ce premier cycle ? … Aux USA ! Disons, que j’ai un faible pour la photographie américaine.

La Grande Dépression, également appelée la crise économique des années 30 est la période qui s’étend du krach boursier de 1929 à la seconde guerre mondiale. La période que j’ai choisie de traiter débute en 1935. Le ministère de l’agriculture forme, sous la direction de Roy Stryker, la Farm Security Administration. Il est alors consulté en tant que « spécialiste en information visuelle ».  Il travail le temps d’un été à l’issue duquel il propose l’édition d’un livre sur lequel il travaillera tout l’hiver qui suit. Cette mission qui finira par se poursuivre pendant huit ans.

« Chacun d’entre nous a été engagé non seulement pour les qualités qu’il possède, mais aussi pour son engagement, sa compassion au regard de la vie difficile contre laquelle tant de gens se débattent » Edwin Rosskam

LOUISE ROSSKAM – 27 mars 1910, Philadelphia, Pennsylvanie – 1er avril 2003, New Jersey

Née Leah Rosenbaum, elle née en 1910 au sein d’un famille juive hongroise aisée de Philadelphie. Durant la Grande Dépression la famille est ruinée. Elle est diplomée en sciences, seul cours alors ouvert aux femmes. Son genre est aussi un obstacle lorsqu’elle cherche un travail de microbiologiste. Elle intègre les cercles de Greenwich Village grâce à Edwin Rosskam qu’elle épouse en 1936.

Elle travaillera dans un premier temps de façon cachée pour Philadelphia record. Le journal souhaite engager uniquement Edwin. Pour permettre à Louise de travailler, il va faire passer son salaire dans les frais de déplacement. On peut donc en déduire qu’une partie de son travail en début de carrière est attribué à Edwin.

Les années 30

Les Rosskam sont connus pour avoir travaillé main dans la main pendant 40 ans. En 1938, ils débutent la réalisation de leur premier livre de photographie documentaire. San Francisco : West Coast Metropolis est publié en 1939. Bien qu’Edwin reconnaisse la participation active de Louise qui a fait « tout le sale boulot », à aucun moment son nom n’apparaît sur la couverture. Injustice qui se poursuivra sur les prochains livres, notamment celui réalisé à partir des images prise pour la FSA, Washington Nerve.

De son coté, Louise Rosskam réalise un livre sur les enfants issus de familles riches, des hommes d’affaire et des chefs d’état. Certains sont publiés dans le New-York Times.

« J’ai développé une technique où j’utilise trois flash pour un portrait, ce qui fige les visages. Ils étaient horribles. Mais (les éditeurs) les ont adorés. »

Les années 40

En 1940, elle se rend en Nouvelle-Angleterre pour réaliser des clichés des petites villes de campagne. Stryker réquisitionne ce travail pour les dossiers de la FSA. Ils inclueront également son travail de voisinage à Washington D.C. Les photos aux alentours du magasin Shulman notamment représentent un de ces rares lieux ou la mixité ethnique est possible.

A l’automne 1943, Louise, Edwin et Stryker travaillent pour la Standard Oil Company of New Jersey à la réalisation d’un reportage sur les personnes travaillant dans l’industrie petrolière aux Etats-Unis. Bien que génés par le statut du commenditaire, ils acceptèrent néanmoins, séduits par la liberté d’action et l’égalité de traitement salarial entre Louise et Edwin. La photographe est embauchée en son nom propre, en tant que photographe à l’égal de son mari.

« Elle était une de ces photographes documentaire pour qui les gens et le travail étaient tellement plus importants que son nom ou sa carrière (…) Elle s’effacait le plus possible.  » Ms Katzman pour le New York Time

Aujourd’hui un grand nombre de photographies sont entré dans le domaine public accessibles sur le site de la Library of Congress ici: http://www.loc.gov/pictures/search/?q=louise+rosskam&sp=1&st=gallery

Louise et Edwin sont également connu pour avoir photographié Porto Rico. Ils réalisèrent un livre signé « The Rosskams« . L’ensemble traite des conditions de vie des fermiers dans les plantations de café, de tabac et de canne à sucre sur l’île. Louise se rapprochera de Luis Muñoz Marín à la tête du parti populaire démocrate dont elle partage les valeurs et le programme de reconstruction et d’amélioration des conditions de vie des personnes pauvres. Elle quittera à regret l’île en 1953.

Les années 50-70

Après cela, la photographe se spécialisera en photographie d’enfants et enseigne la science et ce, jusque dans les années 60. Vers 1967/68 elle s’investit avec Edwin dans le New Jersey Migrant Program mais suspendra ses activités jusqu’au milieu des années 80 lorsqu’Edwin se sait atteint d’un cancer des poumons.

Après fin 80

Son dernier projet majeur dans les années 90 montre des granges abandonnées dans le New Jersey. Son approche est plus artistique. La photographie lui permet alors d’exprimer métaphoriquement son sentiment de perte et de solitude tout en rendant hommage à la vie agricole.

Elle meurt le 1er avril 2003 dans le New Jersey à l’âge de 93 ans.