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Viviane Sassen est décidément une artiste accessible pour son public. Les fans qui se sont pressés au vernissage n’ont pas été déçus par sa chaleureuse présence. Les plus affiocionados ont pu, dès le lendemain, assister (gratuitement comme tout le reste) à sa conversation avec Coralie Gauthier, DA des programmes et expositions du Silencio et grande professionnelle de la mode.

L’exposition a séduit d’emblée alors qu’elle est agencée simplement : de grands tirages épinglés et une grande installation vidéo d’angle, baroque et foisonnante, projetant ses images de mode de In & out , défilant en miroir. Comme quoi on peut faire beaucoup avec peu.  C’est d’ailleurs plutôt malin de savoir voyager léger. Son concept d’exposition a déjà tourné dans plusieurs lieux à travers le monde et n’impose que très peu de contraintes à l’artiste qui peut recomposer sa scénographie en fonction de chaque espace.

Autre vernissage du festival est celui d’expositions réunies autour de la thématique des Identités proposant une douzaine d’ensembles prêtés par des collectionneurs privés et publics – dont les rares portraits de Talibans découverts en Afghanistan par Thomas Dworzak, photographe de Magnum – dont on peut voir sa réinterprétation du journal de Robert Capa sur la Géorgie à la TBC Art Gallery. Plusieurs ensembles en provenance d’Iran, d’Inde et de Géorgie offrent des regards historiques tandis que des images de mode d’Allemagne de l’est à l’époque de la Stasi, début des années 60 arborent un kitch savoureux. Nos amis lituaniens ont contribué à cet ensemble par une belle série des portraits populaires par Vitas Luckus.

La mode, sans être le fil conducteur du festival, est main stream.  La photographie de mode correspond aux attentes de ce public jeune et looké. Cet axe a fait surgir une autre belle surprise concue par Nestan Nijaradze avec Gabriela Sanchez y Sanchez de la Barquera. Cette femme au nom immémoriel est une designer et dessinatrice archidouée (#NEPASRATER) devenue en peu d’années la styliste senior de Vlisco, en charge de projets créatifs qui dynamisent l’ancestrale fabrique de tissu hollandaise. Pour l’occasion, elle a accepté au débotté de confier des étoffes Vlisco à Lasha Devdariani. Ce jeune créateur qui témoigne du dynamise du stylisme géorgien, est parvenu, en à peine un petit mois, à dessiner une collection féminine très hype inspirée par ces tissus habituellement identifiés aux tendances africaines. Avec lui, cela s’est transformé en une rêverie d’une belle indienne chevauchant à travers les grands espaces de Géorgie !

Cela m’a vraiment plu, aussi si comme moi vous n’êtes pas toujours à la pointe de la mode, je vous invite à regarder les clips d’animation de Vlisco. Ils sont très créatifs et drôles pour expliquer comment cette fabrique fournit à tout le continent africain des tissus d’une remarquable qualité, tout en proposant aux différentes sociétés, tailleurs et créateurs de s’accaparer des centaines de motifs, chacun selon leur propre particularisme culturel.

Désolée je me suis éloignée de mon sujet, mais c’est un peu comme ce festival qui sait s’ouvrir à d’autres artistes disciplines, c’est un carnet plus qu’un article….

En revenant au sujet central c’est encore The Fashion qui émerge.  Le soir, pendant la longue Nuit du festival qui s’est installée à la Fabrika, façon squat aussi bien dans les dortoirs que sur le toit, la laverie et bien sur la vaste cour où se sont engouffrés quelques petits milliers de visiteurs…  Comme le dit Nestan « la photographie et la mode sont intrinsèquement liées, la photographie peut se passer de la mode mais le mode ne peut pas se passer de l’image » pas sûre que ce soit d’elle :-)…

Fashion donc, même si les photographes de mode géorgiens sont loin encore d’être tous au top. Patrick Remi, plus spécialiste que moi et qui, studieusement, a regardé toutes les projections éparpillées en ma compagnie, était d’accord pour relever quand même certaines promesses dans les styles dans celui de Sopo Lapiashvili très simple, celui champêtre Giorig Wazowski ou avec de Luisa Chalatashvillde et sa vidéo et ses photos réalisé sur les créations de Lasha Devdariani pour Vlisco.  Évidemment, cela n’avait pas l’élégante sobriété de Jeremy Stigter avec sa Visite chez Mr. Yamamoto, ni surtout les moyens, souvent délirants, des photographes proposés par Vogue Italie tels que Tim Walker, David Lachapelle ou Steven Meisel

Fashion, encore, lors de la conférence de Patrick Remi au cours de laquelle il dévoilera sa vision de la photographie de mode montante, en avant première, à partir de son livre à sortir chez Rizzoli en 2018.

Les 7 autres projections offraient des programmes diversifiés, couvrant bien sûr les scènes locales avec quelques intéressantes découvertes comme le film de Tako Robakidze d’Error Agency sur des réfugiés de la guerre vivant toujours dans les terribles ruines d’un sanatorium. Coté scènes étrangères, le Photo Festival de Delhi présentait plusieurs artistes dont les travaux nous ont interpellé (Arko Datto, Sohrab Hura, Karan Vaid, à repérer éventuellement sur les réseaux).  La proposition de National Geographic, au delà de l’inévitable commande animalière, nous a permis de découvrir une belle série de Charles Fréger sur les éléphants parés pour la parade et chevauchés de maîtres tous aussi princiers ! Une autre série réussie Modern Amazon : celle du suisse Yann Cross qui m’avait déjà régalé avec son travail sur les fans de westerns, dont il a documenté les frasques costumées au fin fond de je ne sais quel vallon suisse. Le travail de Ken Hermann sur les vendeurs de fleurs de Calcutta était pareillement remarquable avec une lumière matinale blanchâtre surhaussant couleurs et volumes des vendeurs engloutis sous des grappes florales. Dans la laverie, où était projetée la sélection de British Journal of Photography axée portrait, nous avons pu découvrir l’intéressante proposition de la commissaire Anna Shpakova en provenance de l’Emergent Photography contest de Minsk en Biélorussie.

Coté français les Rencontres d’Arles ont aimablement facilité l’hommage que Nestan Nijaradze tenait à rendre à Claudine Maugendre en proposant la diffusion d’une sélection du programme de cet été. Parmi celle-ci, le corpus conçut par Libération sur la campagne présidentielle vue des coulisses était bien monté et drôle – même si on a rit jaune en revoyant ces images montrant parfois l’impitoyable…

Pour les démarches documentaires, Lens Culture a montré ses sélections achalandées de nombreux compétiteurs, éventuellement bons, mais diffusés avec trop peu d’images dédiées à chacun, pour permettre de s’y retrouver. A la suite, était diffusé le best off des masterclass organisées par la Tbilisi House avec Yuri Kozyrev de Noor et Jutyna Mielnikieiwicz. La sélection donnait à voir un attachant travail narratif sur des jeunes filles en vacances de Huda Abdulmughni, venue en juillet avec deux autres photographes du Koweit, pour participer au workshop. D’autres séries issues du masterclass démontraient par leur bonne tenue de l’efficacité de ces formations concentrées.

Le champ du reportage est aussi dignement représenté avec la soirée du dimanche de projection des 70 photographes pour les 70 ans de Magnum ! Là, je vous fait grâce du listing, car vous les connaissez aussi bien que moi, sinon allez sur instagram, leurs travaux y passent en boucle ! Je m’attarderais plus volontiers sur l’exposition de T. Dworak sur le journal géorgien de Capa et encore plus sur l’hommage intimiste d’Anna Shpakova, commissaire de l’exposition mais aussi compagne et complice de Stanley Greene, qui nous a quitté récemment. Loin d’être une exposition de l’oeuvre, c’est une immersion dans l’intimité de l’artiste, accompagnée par une soirée de projections en mémoire de ce grand photographe de l’Agence Noor lors de la clôture de cette semaine agitée !

Christine Ollier
Tbilisi, 18 septembre 2017

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