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Peu connu il y a encore quelques années dans le Var, Monsieur Z-Richard Zielenkiewicz pour les intimes –est devenu la nouvelle coqueluche des annonceurs, établissements touristiques et même des galeries. C’est dire si la ligne, la couleur et le style de ce quadragénaire issu de la publicité attire et plaît. À Toulon et ses alentours, ses illustrations subliment chaque endroit. De la zone commerciale de l’Avenue 83 au Tunnel de Toulon, de Saint-Cyr à Cannes, de la Mine du Cap Garonne à l’Hôtel 4* La Corniche, ses illustrations apportent un nouveau regard sur notre environnement immédiat. L’exposition s’est tenu tout l’été au Domaine de l’Olivette au Castellet-dans le cadre de la manifestation Art et Vin– est l’occasion d’en savoir plus sur cet illustrateur génial.
Entretien avec Monsieur Z.

Monsieur Z, peux-tu nous décrire ton parcours?

J’ai obtenu un BTS en expression visuelle à l’École Estienne,  puis j’ai fréquenté la Faculté des Sciences Humaines Marc Block à Strasbourg  pour obtenir un DESS en image de synthèse. Entretemps, j’ai travaillé comme directeur artistique pour des agences de publicité. Créer des campagnes de pub, c’est faire rêver et donner envie d’acheter. La dernière en date pour laquelle j’ai collaboré  est celle pour Monoprix qui vient de sortir.  L’illustration est une démarche différente de la campagne publicitaire.  J’ai participé à des magazines internationaux comme Elle, Vogue et Wallpaper. Je dessine par nécessité, par envie mais aussi car j’ai un profond besoin de m’exprimer de cette manière-là et  de raconter des histoires en une image.

 

Comment procèdes-tu?

Dès que j’ai une idée en tête, je la note dans un carnet ou je fais un croquis. Cela fait des années que je fais de l’illustration.  Avant de m’inspirer des paysages varois, j’ai collaboré pour les éditions André qui éditent des cartes postales de stations de ski spécialisé dans les Alpes Françaises. Une vingtaine d’images au style très graphique, éditées en cartes postales ou en produits dérivés, qui connurent un franc succès. Quand je suis arrivé dans le Var, j’ai été ébloui par la lumière, les couleurs et la nature. Cela a sensiblement marqué ma création. Aussi, j’avais envie de développer le côté riviera, glamour, un esprit balnéaire mais façon côte ouest américain. J’ai accordé mon graphisme à mon environnement immédiat: le littoral, la nature, les rues atypiques… Je suis sensible aux détails. Cette unicité me permet de me démarquer. Enfin, je dessine ce que les gens ont envie de voir.

 

Les premières affiches que j’ai dessiné du Var sont personnelles puis l’Office du tourisme de Hyères m’a contacté car ils voulaient tenter  une expérience en développant des posters. Les premières commandes ont tout de suite plus. Les salins, les flamands roses… Dans le Var, personne n’avait pensé à dessiner ces détails qui font le charme de nos villes. J’ai sûrement comblé un manque. Par exemple, personne n’avait dessiné  le plan de Toulon. Cette image plaît car les Toulonnais ont de l’orgueil et les habitants sont fiers de leur ville. Les artistes dessinent leur vision alors que je dessine ce que les gens veulent voir. Quant à mon graphisme, il s’apparente à celui de l’après-guerre, un style que je me suis réapproprié et qui parle à toutes les générations.  Cela fait 25 ans que je dessine et j’applique couche après couche mon expérience. Les images doivent être esthétiques, coller à leur époque et toucher un vaste public.  Mon sujet est universel mais mon style est personnel. Il faut parler de ce qui touche les gens mais sans ringardise et toujours avec son identité visuelle.

 

Comment as-tu choisi ta signature -un Z couronné?

C’est une histoire qui date avant que je me lance dans l’illustration! À l’époque, j’étais directeur artistique dans une agence de pub et je faisais des flyers pour la scène électro anglaise. C’était dans les années 90, l’époque de la house music, ect…En Angleterre, quand tu mets une couronne sur un logo, cela signifie que tu es un artisan royal ou un fournisseur officiel de la famille royale. Et moi, j’avais l’impression d’être le bouffon du roi, alors je m’amusais à mettre une couronne sur le Z. La dernière lettre de l’alphabet mais aussi la première et dernière lettre de mon nom de famille, c’était de l’auto-dérision avec mon nom si compliqué! Puis,  je l’ai gardé car cela m’a collé à la peau. C’est comme l’avion dans le ciel, ce sont des aspects visuels identitaires. Dans mes ciels, il n’y a pas de nuages aussi l’avion vient griffer cet espace. C’est aussi un clin d’oeil car j’ai travaillé pour Air France, cela devient une invitation au voyage…

Explique-nous un peu ta démarche artistique.

On a vu que je ne mettais pas de nuages dans un ciel. Cependant, dans le dessin, tu as trois règles essentielles à respecter : composition-proportions-couleurs. Ensuite, tu attaques ton dessin et c’est toi qui va diriger le regard du spectateur. Par exemple, pour la maison californienne en vue nocturne, j’ai supprimé le personnage qui se dressait sur la gauche afin de ne pas casser le regard qui suit les lignes fuyantes architecturales. Dans mes dessins, il y a des schémas codés, parfois la composition forme un Z. Ensuite, les couleurs doivent être harmonieuses afin d’obtenir un résultat esthétique. Enfin, la typologie est importante, elle donne un message et on doit en tenir compte. Chaque sujet mérite un graphisme particulier.  La Corseavec ses montagnes violettes, les pins noirs, les cochons et ce bleu de la mer dense, Hyères avec les flamants roses, le végétal omnipresent, Saint-Tropez et l’irrésistible maréchal-des-logis-chef Cruchot, le rouge minéral de l’Estérel pour illustrer Saint-Raphaël…Chaque lieu possède une particularité à mettre en valeur. Pour Epinay sur Seine, on m’a demandé de faire des images pour que la population puisse aimer leur ville. Le défi était  difficile car il y a des barres d’immeubles, des cités mais pas que. J’espère que le résultat plaîra à la population. Quant aux personnages, je m’inspire souvent de mon entourage proche! Finalement, une illustration demande de se poser les bonnes questions: Que veut-on montrer? Quel est l’objectif ? Mais mon oeil et mon intuition sont mes seuls guides.

 

Tu as réalisé beaucoup d’illustrations sur Toulon. Peux tu nous en parler?

Je me suis installé à Hyères en 2006 , et depuis 10 ans, on me donne une image dure et peu valorisante de Toulon. Cette ville a étouffé sous l’omniprésence de la Marine Nationale mais on a oublié de voir ce qu’elle possédait réellement. Il fallait juste orienter le regard du Toulonnais. Avec le dessin, j’ai proposé des associations comme le téléphérique avec Rio de Janeiro, les ruelles du Mourillon qui montent et San Francisco… La nouvelle génération doit être celle qui verra la transformation de Toulon et changera le regard des anciennes générations.

 

Toulon possède un énorme potentiel, avec des gens cultivés et passionnés et finalement, c’est une chance pour la ville d’être en pleine mutation car cela développe notre côté créatif. Pour mes affiches du  » quartier Chicago », du tatouté, cela fait parti du folklore local et les gens aiment çà. C’est identitaire, mes images racontent une histoire légendée qui parle à tout le monde mais une histoire sincère avec des bases réelles solides. Chaque ville a besoin de ses mythes et c’est ce qui fait qu’elle existera par elle-même. Toulon n’a nullement besoin de copier mais peut et doit exister par elle-même.

 

J’ai associé le tunnel de Toulon à un grand toboggan qui descendait sous la ville. Là où sur un sujet est critique, tu lui apportes quelque chose afin de l’embellir.  Tout en gardant le même décor car cela fait parti de notre vie.  Pour le Boulevard Pelletant, il était évident de faire cette rue qui monte. C’est la typographiqe de Toulon! Cà monte et çà descend!  Les gens s’approprient leur ville à travers mes affiches, c’est une forme de possession mentale. Effectivement, je dessine peut-être une vision fantasmée  de Toulon car j’aimerai qu’elle devienne plus belle qu’elle ne l’est et en la dessinant, je souhaite qu’une majorité de personnes adhère à ma vision. Dessiner cette ville est presque facile: il suffit de lever les yeux pour voir sa singularité et son authenticité. La beauté y est partout.

Parle-nous de tes autres commandes.

Je réalise pas mal de commandes pour l’Office de Tourisme de Hyères. J’ai aussi travaillé pour les villes de Sanary, Saint-Raphaël, La Garde, Carqueiranne, Le Pradet, Callians, La Seyne…Aussi, par un concours de circonstance, une de mes affiches est venue illustrer les 70 ans du Festival de Cannes. On m’avait commandé 5 images qui illustraient Cannes pour les vendre en cartes postales à l’Office du Tourisme et la responsable de la communication de la ville de Cannes est tombée sur l’un d’elles et m’a demandé à en faire l’affiche officielle pour les 70 ans du Festival de Cannes. Enfin, j’ai toujours plein d’idées car je cherche le potentiel de chaque lieu. Pour le centre commercial Grand Var à la Garde, j’ai un dessin en tête avec ces autoroutes qui s’y croisent, ces enseignes, ces parkings, cela peut réaliser une jolie image, une belle affiche très graphique. Toujours être esthétique.

 

Quelles sont tes influences?

Je suis inspiré par l’Histoire de l’Art forcément, que j’aime détourner. Il n’y a pas si longtemps, j’ai redécouvert Van Gogh en allant à Arles et j’étais en admiration.  J’ai appris à le regarder et si çà se trouve, son oeuvre m’influencera. Aussi, la nature méditerranénne m’inspire. Il y a 10 ans, je ne dessinais jamais d’arbres maintenant c’est différent . Les plantes font parties de mon entourage, j’arrive même à les nommer! Puis je suis inspiré par les dessins animés de Walt Disney et les BD. Aussi, j’ai toujours été fan d’architecture. Il y a des architectes qui sont des mentors pour moi: l’américain John Lautner, Rudolf Schindler, Richard Neutra, tous les anciens du Bauhaus…Cela se ressent dans ma série d’illustrations sur l’architecture.

 

Quel est ton rapport avec le public?

Le rapport avec le public est arrivé avec les réseaux sociaux. Les illustrateurs ne sont généralement pas connus. Au départ, je ne faisais que des campagnes de pub. J’ai aussi fait un livre pour enfants mais sans trop de succès.  J’ai aussi réalisé des dessins animés pour la télé dont Ratz avec les voix de Eric et Ramzy. À cette époque par contre, j’étais la star des cours d’école! Avec les réseaux sociaux, tu touches un autre public et le contact est plus direct. Cette présence est devenue obligatoire et je m’en sers aussi pour diffuser mon travail. Le public m’apporte beaucoup pour leur regard, çà t’oblige à créer de la nouveauté et à te remettre en question. Je rencontre aussi mon public lors des vernissages. Leur attention me touche, c’est très flatteur et j’aime discuter librement de mes affiches avec lui.

 

Monsieur Z 

L’illustrateur a compris qu’il y avait une attente de la part des publics de proposer une autre vision de notre environnement immédiat . Ses préoccupations esthétiques sont aujourd’hui partagées par une population diversifiée. Monsieur Z arrive à saisir le détail , la particularité d’un endroit, à capter une ambiance et nous les romance.  Ses illustrations sont entrées dans notre quotidien. Du grouillonnement des villes aux charmes des criques varoises, de Paris à New-York en passant par Cannes, Monsieur Z diffuse son design dans un esprit joyeux et contemplatif. Un graphisme chic et intemporel qui fait du bien!

 

> Site de Monsieur Z ici
> Page Facebook de Monsieur Z ici

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