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A l’occasion de l’exposition « Une maison de verre » présentée au Cirva, Marie de la Fresnaye a rencontrée Isabelle Reiher, Directrice de ce Centre d’art contemporain basé à Marseille. L’occasion de nous parler de ce lieu qui a accueilli depuis trente ans quelque 200 artistes pour des projets divers, tant dans le domaine de l’art contemporain que du design et des arts décoratifs.

Mowwgli : Comment avez vous pensé cette exposition anniversaire au musée Cantini à partir d’une collection riche de 700 pièces ?

Isabelle Reiher : L’exposition « Une maison de verre » était attendue à Marseille car le Cirva n’avait pas montré de façon conséquente sa collection dans sa ville d’appartenance depuis une bonne dizaine d’années. Le Cirva étant fermé au public, les occasions de divulguer ses productions sont précieuses pour maintenir son rayonnement et assurer la diffusion de ses activités. Le fait de
célébrer ses trente ans d’existence par une exposition dans la ville où il est implanté était aussi symboliquement important, à la fois pour le public et pour les tutelles qui l’accompagnent depuis trente ans (ministère de la Culture, ville de Marseille, conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, conseil départemental des Bouches-du-Rhône).
J’ai pensé cette exposition comme le lieu de la rencontre : une maison où se retrouvent les amis, les complices d’une aventure. Le musée Cantini est un hôtel particulier ayant appartenu à Jules Cantini, marbrier à Marseille, disparu en 1916. Il est composé d’une succession de salles et de chambres correspondant à la typologie des habitations bourgeoises. Le Cirva, à sa manière, est aussi une maison. L’artiste loge sur place et lorsque qu’il vient y travailler, l’ensemble de l’atelier lui est réservé et toute l’équipe travaille à son projet, en parfait dialogue. En ne choisissant pour cette exposition que 16 artistes ayant traversé la vie du Cirva, j’ai souhaité mettre l’accent sur l’approfondissement du travail de chacun plutôt que de survoler trop généralement la collection. Chaque espace du musée se concentre sur un ou deux artistes et les oeuvres trouvent leur respiration. J’ai également proposé aux musées de Marseille de faire dialoguer les oeuvres du Cirva avec des oeuvres puisées au sein de leurs collections. Outre l’idée du partage et de la rencontre qui sous-tend tout le propos de l’exposition, il me semblait important pour les oeuvres en verre de ne pas être lues uniquement à travers le prisme du matériau. En effet, les oeuvres qui appartiennent à la collection du Cirva sont des oeuvres d’art contemporain qui s’inscrivent de façon fluide et cohérente dans la démarche de chacun des artistes, au même titre que toutes les autres oeuvres qu’ils produisent. Au Cirva, le verre n’est pas abordé par les artistes sous l’angle de l’artisanat d’art.

Mowwgli : Quel est l’ADN du Cirva, en quoi est il unique ?

I. R. : Je dirais que l’ADN du Cirva réside dans le temps qui est accordé à l’artiste pour travailler et mûrir ses projets. Je ne crois pas qu’il existe d’autres lieux de recherche et production en Europe qui offrent aux artistes le luxe d’une résidence sans terme précis, ouvrant largement sur le temps d’observation et de recherche. Au Cirva, l’artiste a le loisir de procéder à différentes phases
d’essais, de tester ses idées en allant jusqu’à éliminer un grand pourcentage des pièces non concluantes ou satisfaisantes.
La plupart des artistes ayant travaillé au Cirva ont pu souligner le fait qu’ils retrouvent le goût du travail en atelier, le luxe d’être déconnectés du quotidien au profit d’une plongée totale dans la recherche et l’expérimentation. Voilà selon moi ce qui le rend unique.

Mowwgli : Comment fonctionnent les résidences d’artistes du Cirva et sur quels critères de choix ?

I. R. : Il y a en somme deux façons de venir travailler au Cirva : les invitations par le Cirva ou la réponse à un appel à projet suite auquel un jury procède à la sélection des lauréats.
En ce qui concerne les invitations, il s’agit de la carte blanche qui m’est accordée au titre de directrice artistique du Cirva. Je sélectionne les artistes à l’échelle internationale sur la base de leur démarche esthétique, privilégiant généralement ceux qui n’ont aucune expérience avec le verre. Il s’agit à la fois de leur donner la chance d’expérimenter ce matériau pour la première fois de
façon approfondie et, également, de faire le pari que ces artistes pourront injecter une vision nouvelle et singulière dans l’utilisation d’un matériau aux acceptions tellement connotées. Il faut aussi préciser que les invitations sont basées sur la recherche, donc nul besoin d’arriver avec un projet précis. Nous préférons travailler sur la base d’intentions ou d’intuitions.
Un des critères importants qui sous-tend la sélection est aussi l’enrichissement de la collection du Cirva. Il faut à la fois explorer des champs nouveaux et tracer un sillon qui va dans le sens de la qualité des oeuvres qui ont déjà intégré cette collection depuis trente ans.
En ce qui concerne l’appel à projet, il n’existe que depuis mon arrivée. Je l’ai créé pour permettre aux artistes et aux designers de pouvoir déposer leurs projets. Cela nous incite à la découverte et apporte une certaine fraîcheur dans la dynamique de travail.

Mowwgli : Quelles synergies au sein du territoire et au-delà contribuent au rayonnement du Cirva ?

I. R. : La synergie entre les acteurs de l’art contemporain sur le territoire de Marseille et plus largement de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est très importante et nous privilégions les collaborations entre nous. Le fait de travailler en maillage ne peut que nous renforcer, surtout dans la mesure où le Cirva est fermé au public et manque de visibilité. Nous travaillons donc régulièrement avec les musées du territoire, la villa Noailles, le Frac, le théâtre de la Criée et un grand nombre d’associations qui agissent pour la diffusion de l’art contemporain et de la culture.

Mowwgli : Quel bilan dressez-vous depuis votre arrivée ? Quelles nouvelles directions avez-vous impulsé ? (scène émergente..) et si vous aviez un rêve…

I. R. : Après trente années d’existence, le Cirva a réussi à trouver une place sur la scène de l’art contemporain internationale en tant que lieu de production d’exception. Il est donc important de maintenir cette présence tout en développant de nouveaux projets qui permettent de renouveler le regard à la fois des artisans qui composent l’équipe, mais également du public.
Je dirais que depuis mon arrivée, j’ai cherché à accroître la visibilité des actions du Cirva par le biais d’une communication renouvelée et également en multipliant les projets d’expositions des oeuvres de la collection. Ces projets d’expositions sont menés avec des partenaires importants en France et à l’étranger, ce qui permet au Cirva de bénéficier de la qualité de diffusion de ces institutions. Je pense par exemple au Palais de Tokyo, à Sèvres-Cité de la céramique, au Crédac d’Ivry-sur-Seine, à la villa Noailles de Hyères, au Mudac de Lausanne, à l’abbaye de Montmajour à Arles et tant d’autres. En 2018, le Cirva exposera sa collection dans deux magnifiques lieux à Venise, le Stanze del Vetro au sein de la Fondation Cini et la Fondation Querini Stampalia.
L’ouverture à une scène plus émergente est également une nouvelle direction que j’ai souhaité donner, notamment avec la création de l’appel à projet international.
Et si j’avais un rêve, ce serait de pouvoir passer à une échelle un peu supérieure en termes d’équipe et d’équipements pour le Cirva, afin de pouvoir augmenter notre capacité de production et de diffuser encore plus largement nos projets dans le cadre de collaborations encore plus étendues.

INFOS PRATIQUES :
Une maison de verre – Le Cirva, Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques au musée Cantini
Le CIRVA : une collection exceptionnelle
En ce moment : les résidences
62 rue de la Joliette
13002 Marseille
https://www.cirva.fr

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