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Un peu d’histoire : de la Tour Saint-Ange au Phénix Noir d’Odile Decq

Maison forte médiévale, dominant Grenoble sur les lontreforts du Vercors et face à la plaine du Grésivaudan, Saint-Ange devient domaine agricole prospère suite aux travaux de réfection entrepris par les frères Cordiers avant sa confiscation révolutionnaire. Résidence secondaire pour les familles du XIXème siècle (Stendhal y aurait séjourné) qui reprennent les codes de la noblesse elle est rattrapée à l’époque moderne par l’urbanisation tout en préservant un cadre bucolique, hors de l’agitation de la ville.
C’est alors que Colette Tornier entre en scène et intervient en lançant une série de chantiers et réaménagement, inscrivant ses choix artistiques dans une continuité de gestes et de sens (exploitation des vignes, travaux des champs, construction de la grange) les artistes devenant les ouvriers de l’espace et du temps conjuguant patrimoine historique et réalités contemporaines

Colette Tornier et l’art contemporain

Après une vie professionnelle stimulante dans le domaine de la santé, Colette Tornier au fil de ses voyages et ses rencontres commence à se former puis collectionner de grandes pointures mais aussi de futurs talents, sur la scène française, internationale et locale (Franck Scurti, Jimmy Durham, Jonathan Binet, Mathieu Mercier, Liam Gillik, Emmanuelle Lainé, Florian Pugnaire, Anita Molinero, Raphaël Zarka..)
Cet ancrage dans sa région est important à ses yeux. Elle intègre l’ADIAF et les Amis de la Maison Rouge poursuivant son parcours actif de collectionneuse.
Ses œuvres emblématiques sont parsemées dans son jardin et les moindres recoins de l’élégante demeure et stockées pour une partie dans une grange. Anthony Caro sur la terrasse voisine avec Guillaume Leblon, la cabane perchée de Loris Cecchini fait le bonheur de sa petite fille, l’échelle malicieuse de Léandro Erlich ouvre sur le paysage environnant, Yona Fridman se déploie sur le toit, Oscar Tuazon nous lance un clin d’œil de la cour, Aurélie Petrel joue de l’effet miroir de la piscine, Lilian Bourgeat plante ses bottes dans le verger près des ruches en activité..il y a de la poésie dans ces coups de cœur à la fois pointus et dictés par l’intuition.

L’aventure prend un tournant philanthropique en 2011 quand elle crée un Fonds de Dotation, gage d’un engagement pérenne et articulé sur le territoire grenoblois autour d’un espace de résidence et d’une Bourse.

La Bourse Saint-Ange et la résidence : un dispositif global et précis

Les artistes éligibles sont âgés entre 25 et 45 ans et doivent avoir fait une partie de leurs études supérieurs en France, quelque soit leur nationalité.
Chacun des 10 membres du comité de sélection propose deux ou trois artistes, ce qui encourage un choix collégial et argumenté.

La dotation :
Un séjour de 3 mois à la résidence, une indemnité mensuelle pendant la durée de la résidence, un budget dédié aux frais de production des œuvres, une exposition des œuvres réalisées pendant le séjour de l’artiste dans un centre d’art de la région et la réalisation d’un catalogue des œuvres créées au cours du séjour.

Le Comité de sélection (2015 à 2017) :
Philippe Piguet, critique et historien de l’art
Daniel Schlier, artiste
Franck Scurti, artiste
Jean Marc Salomon, Président de la fondation Salomon pour l’art contemporain
Inge Linder-Gaillard, Responsable des Etudes et de la recherche à l’ESAD
Stéphane Sauzedde, Directeur de l’ESAAA
Les quatre membres permanents du Fonds de dotation Saint-Ange, dont Colette Tornier, présidente.

L’aventure du Belvédère d’Odile Decq

Le Studio Odile Decq remporte le concours d’architecture lancé par Colette Tornier en 2011. Véritable défi technique (déclivité du terrain et étroitesse) et œuvre d’art à part entière, le monolithe de bois noir inauguré en 2015 a reçu de nombreuses distinctions de la profession. L’atelier de 100m² devient socle « d’une sorte de tour sur trois niveaux qui se twiste pour aller chercher la vue au-delà » selon les termes d’Odile Decq. Embrassant la nature environnante avec une terrasse en périscope pour que l’artiste puisse y admirer les levers ou couchers du soleil, l’ouvrage se fait silencieux, sans jamais empiéter sur l’intimité de la Tour Saint-Ange.

Clément Bagot et les lauréats 2015-2017

Maude Maris (lauréate 2014), première artiste accueillie en résidence, s’est saisie de la résidence pour confronter peinture et sculpture, et transposer ses petits moulages à une autre échelle. Influencée par la visite du Palais Idéal du Facteur Cheval, proche de Grenoble et du Musée Rodin et sa nouvelle scénographie autour de ses fragments et abattis, ces familles de formes à la croisée de la peinture Primitive italienne et de l’art contemporain allemand ont pris une nouvelle dimension.

Lionel Sabatté (lauréat 2015)
Peaux mortes, ongles, moutons de poussière, pièces de monnaie, les résidus chez l’artiste deviennent de vrais trésors à collecter et futurs bestiaires en puissance.Le dessin, la peinture, les échafaudages du quotidien tutoient le merveilleux chez ce collecteur de chimères dont l’on retrouve la silhouette acéphale exposée dans la cour du musée de la Chasse à Paris, dans le jardin de Saint-Ange.

Estefania Penafiel Loaiza (lauréate 2015)
En 2002 l’artiste quitte son pays d’origine l’Equateur pour venir étudier aux Beaux Arts de Paris. Nombre des enjeux qui traversent sa pratique rejoignent cette géographie de l’exil incarnée par la feuille de route Ecuador écrit en 1928 par Henri Michaux. Son œuvre devient un cheminement à partir de l’imaginaire du voyageur, son vertige, qu’elle transpose dans la série « cartographies » poursuivie pendant la résidence.

Mathilde Denize (lauréate 2016)
Les petits riens du quotidien, la poésie du hasard et de l’assemblage, les rapprochements intuitifs forment la matrice de ces combinaisons aléatoires et d’une grande cohérence chromatique. Ex votos, petits autels d’une religion qui lui appartient.Ces objets fragiles et intimes ouvrent les portes d’une cosmogonie personnelle fertile.

Clément Bagot (lauréat 2016) actuellement en résidence
De son chaos organisé, Clément Bagot dévide son fil d’Ariane dans des installations modulaires protéiformes entre science-fiction et prisons de Piranese. Un monde en prolifération où tout est dans la suspension des formes et l’immersion physique du dessin. L’infiniment grand et l’infiniment petit, le vide et le plein, le « minuscule et le grandiose » pour reprendre les propos de Jacques Deret collectionneur qui lui remet le prix Art Collector en 2013. Tout se confond et se superpose dans ces paysages imaginaires, ces échelles en lévitation. Sa nouvelle œuvre pendant la résidence oscille entre la forme d’un vaisseau spatial ou d’un animal préhistorique, laissant place au tâtonnement, au risque du hasard. Luxe du temps offert et de la parenthèse à Saint-Ange, comme il le souligne lui-même.
 
EN SAVOIR PLUS SUR LA RÉSIDENCE :
34 rue du Bournet
38180 Seyssins
Suivez les étapes de la résidence de Clément Bagot sur le Blog des Artistes !
Boris Chouvellon sera le prochain résident à partir de février 2018.
http://residencesaintange.com/

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