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Après son exposition « Identités » à la MEP au printemps dernier, Vincent Perez présente à la galerie Folia jusqu’au 28 Octobre « Un voyage en Russie ». 20 photographies, toutes en hauteur, couleurs et noir&blanc, nous transportent dans l’univers visuel du photographe. Et dès l’entrée, c’est ce grand format d’un chien qui attrape votre regard et vous guide dans cet accrochage homogène de portraits, paysages et de scènes urbaines. Pour plonger dans ce carnet de « Voyage en Russie » titre de l’ouvrage éponyme qui accompagne l’exposition aux éditions Delpire, nous avons demandé à Vincent Perez de nous guider dans ce voyage tant intérieur que dans les vastes étendues de la Russie.

Mowwgli : Qu’est ce qui vous a amené à voyager en Russie?

Vincent Perez : Dans mon adolescence c’est d’abord la lecture qui m’y a emmené, avec le dramaturge Constantin Stanislavski. Tchekhov fût mon première « coup de foudre théâtral » d’acteur , et plus tard, le cinéma m’y a fait séjourner. Mon premier voyage était en 1995 pour le tournage de « Lignes de vie » de Pavel Lounguine. Je suis resté trois mois à Moscou, j’ai côtoyé les gens de la mafia Tchéchène sur ce tournage. Dans cette période post Perestroïka, Moscou était partagée entre une dizaine de Mafias. C’était une période complètement folle et dangereuse.
Depuis j’y retourne régulièrement. Beaucoup de mes films sont sortis en Russie, je les ai accompagnés. Puis il y a eu d’autres tournages, d’autres aventures folles avec des artistes, des Oligarques, des gouverneurs, des gens du FSB, des pêcheurs de Vladivostok, des Chamanes en pleine Sibérie, et aussi avec les danseurs du Bolchoï.
On vit des choses inattendues en Russie.
Aujourd’hui j’ai des amis proches de longue date que j’aime retrouver.

Mowwgli : Vous êtes parfois proche du reportage et l’on ressent votre envie de documenter votre voyage, qu’est ce qui vous touche dans la Russie d’aujourd’hui ?

V. P. : Oui, effectivement ces images sont proches du reportage, mais je me considère plutot comme un portraitiste.
Avec Rolin, on s’est demandé lors d’un de nos voyages ce qui nous poussait à y retourner, et Olivier disait : « Sans doute parce que les autres n’y vont pas ».

Mowwgli : Le portrait a une place importante dans votre oeuvre. Comment préparez-vous cette rencontre photographique? Quelle relation développez-vous avec les personnes photographiées?
Pouvez-vous nous raconter un moment, une rencontre particulière qui symbolise ce voyage?

V. P. : En général, je ne parle pas beaucoup quand je photographie.
Dans le cadre des photos prises pour le livre, C’est en général Olivier qui commençait la discussion. Cela me laissait le temps de trouver mon cadre, l’endroit où la lumière était la plus intéressante. Je me servais parfois aussi d’un flash.
J’écoutais et je rentrais dans la discussion, j’attirais l’attention vers l’instant photographique que nous allions partager. Là, je place mes quelques mots de russes, je fais un geste pour leur demander de ne rien exprimer. Ils se demandent ce que cela veut dire. L’idée de ne rien exprimer provoque souvent une tombée de masques. Le sujet se retrouve comme mis à nu, sans défense. Il nous permet de voir un peu plus loin en lui. La photo est déjà prise. Mais ce n’est pas un dispositif systèmatique, j’aime aussi devenir invisible et qu’on m’oublie.
Pour le Shaman, Solbon Bô, il ne voulait pas être pris en photo. Nous sommes restés une bonne partie de la journée du nouvel an bouriate. Solbon Bô se livrait à des chants rituels au rythme de son tambourin. L’hôte de la maison, un sculpteur de bronze, a fini par le convaincre de se laisser photographier. C’était une première fois disait t-il. Je n’avais droit qu’a un nombre limité de prises de vue. Mais je déclenche un minimum, comme pour de l’argentique.
Le chaman se retourne vers moi après avoir revêtu ses pelisses de fourrures, masque de bandelettes, rubans, clochettes, griffes d’ours, et pièces cliquetantes d’un squelette de métal… Je fais l’image juste avant son entrée en transe. Le chaman, grogne, crache, gronde, rugit, s’assied sur un petit tabouret, son ancêtre vient de prendre possession de lui.
Là j’ai posé mon appareil et je suis rentré dans le rituel. Je me suis prosterné, j’ai même échangé quelques mots avec l’ancêtre tandis qu’il baladait une lame pointue, une sorte de dague sur mon dos.

INFORMATIONS PRATIQUES
Un Voyage en Russie – Vincent Perez
Exposition
Du 28 septembre au 28 octobre 2017
Galerie Folia
13, rue de l’Abbaye
75006 Paris
https://www.galerie-folia.fr
Livre
Textes d’Olivier Rolin
Editions Delpire
Relié, toilé avec jaquette
Près de 100 photographies
208 pages
49€

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