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Le paysage contemporain à l’honneur à Châteauvert

Temps de lecture : 3 minutes et 42 secondes

Jusqu’au 26 novembre,  le Centre d’Art Contemporain de Châteauvert propose une exposition intitulée Le Paysage en Question, qui met en regard les oeuvres de 8 artistes de génération et de style différent autour de la notion de paysage. Sous le commissariat de Gilles Altieri, ancien directeur de l’Hôtel des Arts de Toulon, artiste et directeur artistique de la Galerie du Canon, nous retrouverons les toiles d’Arthur Aillaud, Vincent Bioulès, Koen Van Den Broek, Tshuta Kimura, Per Kirkeby, Guy de Malherbe, Serge Plagnol, et Jérémy Liron. Balade à travers le paysage contemporain.

« Sans que nous en ayons conscience, notre perception de la nature n’a rien, si on peut dire, de naturel; elle a été construite au fait du temps et de façon décisive autour du XVe siècle, au moment où ont été élaborées en Europe les règles de la perspective qui imposent à notre perception de l’espace à la fois un cadre délimité à la façon d’une fenêtre et l’illusion de la profondeur » explique Gilles Altiéri. Au XVIe siècle, le paysage apparaît progressivement comme genre autonome et sert surtout de décor à des scènes historiques ou pour les portraits comme cela est visible chez Léonard de Vinci. C’est à Venise  que naissent les prémices de ce genre pictural avec le védutisme. Ces vues de la lagune, dont Antonio Canaletto (1697-1768) et Francesco Guardi (1712-1793) deviennent les spécialistes, recueillent beaucoup de succès. Toujours au XVIIe siècle, le peintre classique français Nicolas Poussin (1594-1665) réalise de grands vues de la campagne romaine. Au Pays-Bas, Johannes Vermeer exécute une version classique du paysage urbain avec sa célèbre Vue de Delft. Enfin, le théoricien André Félibien pose le paysage en troisième position dans la hiérarchhie des genres qu’il définit en 1667, devant la nature morte mais après la peinture d’histoire et le portrait.

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Arthur Aillaud, Sans Titre, 2016

A partir de la fin du XVIIIe siècle, le paysage va connaitre ses premières lettres de noblesse grâce aux paysagistes anglais, William Turner en tête, et les peintres français comme Camille Corot et ceux de l’Ecole de Barbizon. Nous avons un exemple de ce naturalisme au Musée d’Art de Toulon avec les vues de la rade de  François Nardi (1861-1936). Enfin, le paysage se libère de toute contrainte avec les Impressionnistes. Les artistes peignent directement dans la nature et non plus en atelier. L’impressionnisme sera considéré comme le début de la peinture contemporaine. Libérée de sa mission de reproduire la réalité, l’art impressionniste expérimente les lignes, les couleurs et cette fascination de la lumière si chère à ces artistes.

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Jérémy Liron, Paysage 97, (Quadriptyque), huile sur toile sous plexiglass, 2012 © Jérémy Liron

La dénomination même de paysage est à rappeler: « Etendue spatiale, naturelle ou transformée par l’homme qui présent une certaine identité visuelle ou fonctionnelle » nous dit le Larousse. Ainsi, la peinture contemporaine n’échappe pas à inclure tous les éléments modernes de notre quoditienneté sur la toile: barres d’immeuble, infrastructures routières, zones désafestées, paysages naturels travestis par la démarche humaine. Un éclectisme assumé par les artistes exposés: « Par le choix des huit artistes présentés, différents par les générations qu’ils représentent et par leurs démarches, l’exposition s’intéresse aux filiations complexes et aux rapports que le paysage contemporain entretient avec l’histoire et le monde qui nous entoure dont la ville est devenue l’élément majeur . Elle apporte également la preuve que la foi dans la peinture et le paysage demeure intacte » affirme Gilles Altiéri.

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Serge Plagnol, La musique des branches, 2009

L’artiste toulonnais Serge Plagnol nous plonge dans l’univers sensoriel de la nature. Une peinture agitée, épaisse, mélangée associée à des coups de pinceaux bruts et vifs où chaque motif se révèle au contact de l’autre.La facture du peintre parisien Guy de Malherbe est pâteuse et sa peinture déborde sur les tranches du tableau. Ses courts aplats révèlent toute la minéralité du paysage, s’abandonnant aux détails substantiels.

Falaise, huile sur toile, 120x120cm, 2014Guy de Malherbe, Falaise, 2014 © Alberto Ricci, Courtesy Galerie La Forest Divonne Paris/Brussels

Né à Marseille et vivant à Lyon, Jérémy Liron s’intéresse au paysage urbain. Cette architecture apporte une profondeur au tableau. Quant à l’artiste parisien Arthur Aillaud, il travaille par petites touches, apportant du relief au paysage grâce aux délicates touches de lumière. Une autre toile s’impose à nous par sa verticalité .

HD Vincent Bioul+¿s, Le Muscle du printemps, 2016, 150x200cm, copyright Pierre Schwartz, courtesy Galerie La Forest Divonne . Paris_BrusselsVincent Bioulès, Le Muscle du printemps, 2016 ©Pierre Schwartz, Courtesy Galerie La Forest Divonne . Paris-Brussels

Vincent Bioulès adopte des formes anguleuses, géométriques, des volumes étirées qui prennent plae sur la toile. Les couleurs lumineuses évoquent sa région. Sa facture impressionniste, « pointilliste et charnue », est traitée par différence de texture et de couleurs, qui créent la perspective.

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Tshuta Kimura, Le champ de Provence , 1984 © Hôtel des Arts de Toulon, Courtesy madame Kimura

Le peintre japonais Tshuta Kimura, adopte un fluidité du geste qui rappelle la calligraphie chinoise. Ce travail de construction/déconstruction donne à voir non plus la simple observation d’un paysage mais sa pluralité expressive dans des formes et des lignes variées. Cette approche métaphysique trouve une raisonnance dans l’oeuvre de l’artiste danois Per Kirkeby. Sa peinture abstraite et sombre interrogent le mystère de la nature. La toile garde les trace des différences de texture et son travail sur masonite apporte un rendu particulier.

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Per Kirkeby, Sans titre, 2000© Hôtel des Arts de Toulon, Courtesy, Per Kirkeby, Galerie Michael Werner, Märkisch Wilmersdorf, Köln & New York

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Koen Van den Broeck, Dante’s View #2, 2005 © Simon Vogel, Cologne, Courtesy of the artist and Philipp Von Rosen Galerie, Cologne

La part belle est faite aux constituantes du paysage urbain dans les cadrages serrés du peintre belge Koen Van Den Broeck. Sa peinture lisse et épurée invite à suivre les lignes géométriques d’un paysage toujours en quête de modernité.

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Cette belle exposition pose avec justesse la représentation du paysage au coeur de la peinture contemporaine et des pratiques actuelles des artistes. Elle donne à voir le regard des artistes et leur perception sensible sur un thème en renouvellement perpétuel.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Paysage en Question
Jusqu’au 26 novembre 2017
Centre d’Art Contemporain
Chemin de la Réparade
83670 Châteauvert
Tel: 07.81.02.04.66

Lien vers le site de la Provence Verte ici
Lien vers l’association des Amis du Centre d’Art de Châteauvert ici