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Previously on Hans Lucas #21

Temps de lecture : 9 minutes et 38 secondes

« Previously on hans lucas » est une publication mensuelle, vous y trouverez un assemblage hétéroclite de photographies ou vidéos commentées par leur auteur. Cette édition de POHL a été parrainée par Léa Habourdin.

Il semblerait qu’elles aient tout vécu.

C’était un mois après le dernier jour de l’été, en flopée d’étourneaux elles avaient enjambé les villes éteintes. Les autres n’avaient fait que de se lover aux creux de leur cous, cherchant de leur bouche une peau amie, les bras serrés contre la peau des cuisses, le visage comme la mangue dans leurs mains, le sexe en couronne sur leur front.

E​nfin, e​lle a​​ écrit. Elle a pensé à leur costume trop grand et aux ruines sur lesquelles ils marchaient. Elle s’est montrée les yeux ouverts, la bouche pleine de peur pendant que la ronde les encerclait. Et puis l’une a levé un poing et l’autre s’est assise : il fallait maintenant que les cow-boys cèdent leur montures.​

Léa Habourdin

Mélanie Challe

http://hanslucas.com/mchalle/photo/11352#

« Les ombres » 3ème acte du ballet la Bayadère à l’Opéra Bastille en 2015, un ballet classique de Marius Pepita que remonta Rudolf Noureev, le faisant découvrir aux occidentaux. Photographier à l’opéra est un rêve qui se réalise. Impressionnée, je découvre les angles de vue possibles en coulisse. En discutant avec un technicien, il me propose de monter au niveau des lumières. Je saisis cette chance qui est l’axe parfait pour le 3ème acte. »

Elise Boularan

http://hanslucas.com/eboularan/photo/2817#

« Cette image m’obsédait, comme une image mentale qui persistait dans mon esprit mais qui ne s’était pas matérialisée. Comme un désir de voir pressant. C’est un état de désir obsédant. Pour ce portrait d’artiste, nous sommes partis dans le désert en plein été. La prise de vue était compliquée, je divaguais avec la chaleur, ce qui anesthésiait par moment ma pensée. Mais… elle est apparue, cette image qui a fait coïncider ce que j’avais vu et ce que je voyais devant moi. Elle représente une étonnante synthèse des cheminements intérieurs qui ont précédé cette image; et elle est aussi traversée d’une tension, d’une force qui est la perte et retrouvailles de l’image initiale. »

Romy Alizée

http://hanslucas.com/ralizee/photo/12815#

« Ce qui m’intéresse dans l’imagerie érotique, ce sont les représentations de la sexualité féminine, plus que le côté simplement excitant. Lorsque j’ai une idée d’autoportrait, je la laisse germer quelques temps. Je shoote de manière impulsive, à la tombée de la nuit et je ne réfléchis pas tellement à l’expression que je dois avoir. Pour cette image, plus je faisais d’allers-retours entre mon appareil et le modèle sur mon lit, plus je prenais cette attitude désinvolte, presque absurde en pareille situation. Je n’aime pas quand l’érotisme se prend trop au sérieux, et je pense que cette photo traduit bien qui je suis: une salope qui a de l’autodérision. »

Anaïd de Dieuleveult

http://hanslucas.com/ddieuleveult/photo/11703#

« Isabelle Clarençon est danseuse. Ce soir-là elle faisait une performance artistique dans le cadre du festival Onze Bouge qui a lieu dans les rues du 11e à Paris. J’aime ce rendez vous annuel car il est toujours surprenant et original. C’était en plein air, dans la cour de la mairie. Dernière danse d’un parcours, sous les feux des projecteurs et avec sa tenue de miroirs, Isabelle nous livre sa prestation « Reflets ». En reportage je garde évidemment toujours un oeil sur ce qu’il se passe autour des sujets, mais cette fois-ci mes yeux ont du mal à détourner le regard, je me suis sentie happée par ce qu’elle dégageait, rayonnante. »

Sophie Knittel

http://hanslucas.com/sknittel/photo/12341#

« J’ai passé beaucoup de temps au Musée National d’Archéologie d’Athènes pour mon projet The Fall of Attica. Lors de ma seconde visite, un touriste avançait au même pas que moi. Il avait un gros appareil avec un énorme zoom, il souriait en regardant mon Rolleiflex désuet. Il photographiait les statues en mode rafale. Je me suis sentie obligée de lui dire que ce n’était guère nécessaire, les statues ne bougeraient pas. »

Maxime Reynié

http://hanslucas.com/mreynie/photo/11689#

« Depuis plusieurs mois je suis la mouvance autonome souvent médiatisé par le « Black Bloc » lors des manifestations violentes. En tant micro-société éphémère, incomprise et pointée du doigt le bloc et son organisation sont une stratégie militante radicale luttant pour l’utopie dans la violence s’il le faut. “Vivre et non survivre”. Ici, la marche en hommage à Clément Meric, antifasciste, mort il y’a 4 ans lors d’une rixe avec des militants d’extrême droite. Sous les cagoules et les fumigènes, les regards sont déterminés mais avant tout en deuils, remplis d’émotions. Sous cette masse noire, il y a des êtres humains, avec leurs sensibilités et leurs idéaux, ne faisant plus qu’un. »

Nadège Mazars

http://hanslucas.com/nmazars/photo

Montagnes colombiennes, octobre 2015. Yurluey, guérillera des FARC « Yurluey est la première combattante que j’ai rencontrée. La paix est maintenant signée et Yurluey a joué le jeu. Elle a déposé son arme et commencé une nouvelle vie hors de la jungle, abandonnant la clandestinité. Tout comme de trop nombreux Colombiens, Yurluey a perdu des êtres chers dans la guerre. Mais elle a accepté le pari. Pour cela aujourd’hui il me reste un goût amer. Le sentiment qu’une partie des négociateurs, du côté de l’Etat, a triché. Les violations de l’accord de paix se succèdent tandis qu’à ce jour 37 ex-guerrilleros ont été assassinés. Et j’ai la crainte de n’avoir réalisé que la chronique d’une trahison annoncée… Alors oui, j’estime Yurluey, pour son courage et sa foi en la paix. »

Louis Witter

http://hanslucas.com/lwitter/photo/4089#

« A l’été 2014 à Casablanca, les autorités marocaines dans le cadre de leur programme « villes sans bidonvilles » décident de détruire les Carrières Centrales. C’est dans ce bidonville historique du quartier de Hay Mohammadi qu’éclate en 1953 la révolte des Carrières Centrales, face à l’occupant Français. En 2014, les gens y vivaient encore en quasi autonomie. Ils ont lutté, pendant plusieurs jours, tentant de protéger leurs habitations face aux violentes charges de la police. Cet homme en costume venait, comme d’autres, récupérer les dernières affaires qu’il avait laissé dans sa maison. »

Alban Grosdidier

http://hanslucas.com/agrosdidier/photo/11733#

« Quand j’ai emménagé en colocation avec Maï, j’ai vite compris que la moto était une part importante de son identité. Non seulement il y a deux engins à la limite de l’œuvre d’art dans notre jardin, mais surtout Maï a co-fondé le mouvement VC London, un groupe de motardes qui propose un volet féminin au mouvement biker contemporain. Des leçons de conduite gratuites aux festivals moto réservés aux femmes, le groupe s’empare d’une culture jalousement gardée par les hommes avec un naturel et une évidence qui laisse les jaloux dans la poussière. En leurs propres termes : rad ladies riding. »

Rémy Soubanère

http://hanslucas.com/rsoubanere/photo/9132#

La Havane, il y a presque un an « Le Commandante vient de mourir, un deuil de neuf jours décrété. La musique s’est coupée, on ne vend plus d’alcool, le temps s’allonge. Pas de joie, pas de tristesse, c’est le silence qui est tombé. Même mort il est encore partout avec tous ses yeux et toutes ses oreilles, chez le voisin, dans la famille ou tout au fond de vous. Alors encore on se tait, on fait bonne figure en attendant le prochain et celui d’après. On le sait très bien, tout se jouera ailleurs, au-dessus, là où cette parole ne comptera jamais. »

Cha Gonzalez

http://hanslucas.com/cgonzalez/photo

« C’était pendant les manifs contre la Loi Travail, au printemps 2017. Pas loin de l’Assemblée Nationale, le quai Anatole France était complètement vide, embrumé par les gaz lacrymogènes. Tout le monde s’était réfugié dans la rue de Solférino. Je regardais le quai et son ambiance complètement surréaliste. Je me suis retournée, et elle était là, aussi pensive que moi. »

Arnaud Fonquerne

http://hanslucas.com/afonquerne/photo/11590#

« Cette image est issue de la série Roma, The Loop. Elle a été prise en 2016 dans le bidonville situé entre les portes des Poissonniers et Clignancourt qui était devenu le lieu de vie de près de 400 personnes. Bianca fait partie des 60 mineurs recensés par la préfecture. Seulement 8 sont scolarisés : les familles craignent les expulsions qui éloignent leurs enfants des écoles. En arrivant sur place, je pense d’abord que ma présence l’incommode. En fait, elle souhaite prendre quelques photos avec mon appareil. Ce qu’elle fait. Je m’éloigne ensuite et discute avec une autre famille. Je me retourne une nouvelle fois : Bianca s’était placée sur les rails qui séparent les deux côtés des habitations de fortune. Elle pose sa main sur sa hanche et semble me dire du regard « vas-y, je suis prête ». Je m’approche, et déclenche, une fois. J’aime la force et la dignité avec laquelle Bianca témoigne. Elle sera expulsée quelques jours plus tard.»

Patrick Cockpit

http://hanslucas.com/pcockpit/photo/12899#

« Outre son usage bien connu en littérature, la correspondance désigne un rapport de symétrie et d’harmonie avec quelque chose. Un parallélépipède en symétrie avec un autre parallélépipède, lui-même en harmonie avec un troisième parallélépipède. Sinon, c’est en Corse. »

Stéphane Burlot

http://hanslucas.com/sburlot/photo/4588#

« Après une journée de travail, un couple rentre en banlieue nord de Paris. Recherche d’une épaule et de tendresse pour l’un, regard marqué par la vie pour l’autre. Fragilité et rudesse dans des rôles stéréotypés inversés. On ne saura rien de leur véritable histoire, ni de leurs véritables sentiments. Tout le mystère des inconnus que l’on croise en somme.»

Bérangère Fromont

http://hanslucas.com/bfromont/photo/3268

Image extraite de la série Cosmos « Un couple d’adolescent s’enlace, de froid, de peur ou simple geste amoureux. Autour d’eux la nuit. Ma vision du monde moderne, effrayant et chaotique. J’y oppose une recherche poétique sur la fragilité. Le chaos comme expression de la liberté d’être. »

Julien Hazemann

http://hanslucas.com/jhazemann/photo/4883

« Tous les ans quand arrive le printemps, l’eau des fleuves qui traversent Chongqing commence à baisser. Quand on les longe, on voit émerger des cailloux, jour après jour plus nombreux. Et sur les cailloux des promeneurs ou des pécheurs toujours plus aventureux. Au bout de quelques semaines, les cailloux sont devenus des plages et les aventuriers des foules. Surtout les dimanches. Chongqing est une mégalopole électrique et grouillante de quinze millions d’habitants et pourtant, en plein milieu de la ville on peut se retrouver loin de tout comme ici, à Ciqikou. Il ne suffit plus que de planter quelques parasols et d’avoir du thé à vendre pour en faire une plage comme une autre. Le temps alors peut venir d’explorer le monde des songes… »

Olya Morvan

http://hanslucas.com/omorvan/photo/6623#

« J’étais en Ukraine à la frontière avec la Roumanie. Ca faisait des années que je voulais photographier ce carnaval d’hiver. Je suis arrivée quelques jours auparavant, j’ai rencontré les gens mais les choses ne bougeaient pas. Personne ne voulait poser ou montrer son costume. Le jour du carnaval est enfin arrivé. Et il a commencé à neiger. Une atmosphère merveilleuse s’est installée. Les gens allaient d’une maison à l’autre pour faire du bizutage et réclamer de l’argent. Les garçons m’ont reconnu « ah, oui, cette femme bizarre de la ville », mais quelques-uns sont venus vers moi pour être pris en photo, comme ce garçon. Traditionnellement c’est seulement les garçons et les hommes qui se déguisent. »

Rebecca Topakian

http://hanslucas.com/rtopakian/photo/11394#

« L’été 2014. Je me rendais en Palestine pour un projet sur la jeunesse palestinienne – qui s’est transformé depuis en tout autre chose – mais la guerre de Gaza venait d’éclater. Pour ma première fois dans le pays, j’étais accueillie par les affrontements, le son des tirs en continu, les effluves de lacrymo, et une ambiance lourde d’attente, de deuil et de gravité. Je ne suis pas photojournaliste, et je n’avais aucune envie de photographier la violence : ce n’est pas l’image que je veux renvoyer de ce pays qui peut se définir par beaucoup d’autres choses que par la guerre. Dans mon errance, j’ai plutôt cherché une poétique du quotidien. Cette photo a été prise vers le checkpoint de Qalandiya, près de Ramallah, où des affrontements avaient eu lieu – il restait un pneu en feu au pied du mur de séparation. Malgré la violence du mur et du mirador visibles sur l’image, je trouvais une certaine beauté à ce calme lourd, à ces couleurs pastels – une ambiance qui était à la fois celle d’un après, mais dont le feu persistant, qui ne semble pas vouloir s’éteindre, portait en lui une symbolique forte.  »

Martin Colombet

http://hanslucas.com/mcolombet/photo/2362#

Fabien Courtitarat

http://hanslucas.com/fcourtitarat/photo/9901#

« Il est 10 ou 11H dans les collines de Watsonville, les brumes du Pacifique commencent à se dissiper, c’est comme si la nature invitait l’équipe de Morris Grassfed Beef à progresser avec son troupeau. Le déplacement des bêtes c’est la clé de la méthode d’élevage qu’utilise Joe Morris, chef de l’entreprise familiale et ancien professeur de théologie. Il m’expliquera assez justement que selon lui tout est connecté, «nous respirons de l’air, nous buvons de l’eau et on mange de la nourriture, et toutes ces choses dépendent de l’usage que nous faisons de nos terres». C’est la raison pour laquelle il a choisi de suivre une méthode qui lui permet d’aligner ses valeurs avec son activité professionnelle. Il utilise la gestion holistique en pâturages planifiés (planned grazing), qui lui permet, années après années d’apporter résilience aux terres grâce auxquelles il gagne sa vie. »

Steven Wassenaar

http://hanslucas.com/swassenaar/photo/7865#

« Mineurs travaillant dans une mine d’étain sur l’île de Bangka, Indonésie. Pendant une semaine j’ai documenté la destruction de cette île.  Des mineurs ensevelis, des enfants qui se noient : c’est le prix pour nos produits high-tech qui dépendent de l’étain. Je montre ici ce qu’on ne voit pas, la face cachée de l’iPhone. Le contraste entre le coté « lisse et efficace » des produits Apple et le chaos de la mine et le dur labour, entre les milliards de profits et les quelques dollars gagnés ici, m’intéressent dans ce travail. »

Karin Crona

http://hanslucas.com/kcrona/photo/11295

« Petite fille, j’ai adoré dessiner et découper des poupées de papier. Je me souviens d’avoir créé une qui ressemblait à ma mère, seins et poils pubiens inclus. Innocence ou provocation ? Un peu des deux, probablement. J’ai gardé cet esprit malicieux ainsi qu’une certaine méfiance contre ce que ça veut dire d’être « femme » dans notre société. Dans cette image (issue de ma série Duckface) la poupée de papier, c’est moi. Je me suis vêtue des bouts de pages des magazines féminins qui date de l’année de ma naissance pour jouer avec les attributs des rôles de genre, afin de montrer leur absurdité. »

Henri Vogt

http://hanslucas.com/hvogt/photo

« Le lac de Lappajärvi en Finlande par -20°, un endroit auquel je suis particulièrement attaché. Curiosité géologique d’une région désertée par sa population, il s’agit du plus grand lac de la région – visible depuis l’espace. J’y réalise une série d’images depuis ma première venue en 2014. »

Jérémie Lusseau

http://hanslucas.com/jlusseau/photo/12813#

« Les manifestations nantaises ont ce charme étrange qu’elles donnent à découvrir, souvent au milieu des gaz lacrymos, des punchlines magnifiques. Les vitrines de banques et de compagnies d’assurance recouvertes de contre-plaqués se transforment, quelques heures durant, en murs d’expression couverts de formules qui se suivent, se répondent, et deviennent un véritable feuilleton. »

Cette publication a été passionnément concoctée par :
Léa Habourdin
Stéphane Burlot
Patrick Cockpit
Cha Gonzalez
et Sophie Knittel

Production : Sophie Knittel
POHL #21 est soutenu et diffusé par Mowwgli et LensCulture.com
Previously on Hans Lucas est propulsé par Hermès, logiciel développé par le studio Hans Lucas