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Après la collection Chtchoukine et ses 1,2 million de visiteurs, la fondation Louis Vuitton poursuit son engagement en faveur de chefs d’œuvres emblématiques avec « Etre moderne : le MoMA à Paris«   réunissant, un ensemble exceptionnel de 200 œuvres incarnant l’audace et l’esprit d’avant-garde de l’institution new yorkaise et la stratégie visionnaire d’une collection en perpétuel mouvement. L’occasion également de dévoiler aux visiteurs la préfiguration des nouveaux parcours marquant la fin du projet d’extension du musée pour 2019.

Alfred H.Barr, mémoire d’un visionnaire

Le MoMA, entre sa fondation en 1929 par trois collectionneuses- mécènes : Lillie P. Bliss, Abby Aldrich Rockefeller et Mary Quinn Sullivan et Glenn D. Lowry qui le dirige aujourd’hui et prévoit un ambitieux projet d’agrandissement pour 2019, a vu ses enjeux considérablement évoluer.

Le parcours investissant l’ensemble du vaisseau amiral de Frank Gehry volontiers polyphonique, favorise des rapprochements transversaux inédits et interroge les défis auxquels la collection est confrontée à l’ère d’internet et de la mondialisation. Tous les médiums sont représentés.

Entre tropisme européen, ancrage local et ouverture géographique non occidentale sa politique d’acquisition affirme une volonté réactive et pionnière en ce qui concerne l’Amérique latine, les Afros-américains, les femmes, les questions de genre et d’identité ou l’Europe centrale.

Chronologiquement les galeries au rez-de-bassin ouvrent sur le premier MoMA d’Alfred H.Barr les yeux tournés vers l’Europe avec des chefs d’œuvres de Cézanne (le Baigneur), Picasso (l’Atelier), Brancusi (l’Oiseau dans l’espace), Signac (Portrait de Félix Fénéon), Matisse (Poissons rouge et palette), Duchamp (Roue de bicyclette), De Chirico (La mélancolie du départ), Man Ray (Anatomies), Magritte (le Faux miroir)..emblématiques des origines et grandes conquêtes de la modernité. Pour contrebalancer cet héritage européen, Edward Hopper avec « Maison près de la voie ferrée » est vite devenu un emblème national.

Une rupture s’amorce avec Max Beckmann contraint de fuir l’Allemagne nazie.

Puis le point de bascule en faveur des Etats-Unis s’impose dans les années 1950 avec les ténors de l’Expressionisme Abstrait : Jackson Pollock, Willem de Kooning ou Mark Rothko.

Un cheminement par paliers

Au rez-de-chaussée annoncé par le somptueux Wall Drawing de Sol LeWitt, l’Art minimal se confronte au Pop à travers notamment Ellsworth Kelly, Frank Stella et Andy Warhol, Jasper Johns, Roy Lichtenstein.

Changement complet de paradigme au 1er niveau dans les années 60 avec l’art en action, Joseph Beuys et sa mythologie personnelle, George Brecht et le mouvement Fluxus, Bruce Nauman et l’usage du néon. Performance (Felix Gonzales- Torres), danse (Yvonne Rainer), video (Laurie Anderson) anticipent radicalité et permutations de l’image avec Barbara Kruger (consumérisme, religion,pouvoir), Cindy Sherman (stéréotypes féminins) ou Gerard Richter (l’après 11 septembre). Emeutes raciales, épidémie du sida, violence, l’art est le reflet d’une Amérique en proie à ses démons.

Au 2ème niveau de nouvelles scènes apparaissent avec la globalisation : l’Egypte (Iman Issa), la Turquie (Ash Çavuşoğlu), la Thaïlande (Rirkrit Tiravanija né en Argentine) teintées d’enjeux identitaires et politiques. Il est à noter que depuis 2009 le MoMA a été l’un des premiers avec la Tate à créer des groupes de recherche sur ces aires géographies extra occidentales.

Les nouvelles technologies font leur irruption au musée avec les Emoij originels, conçus par Shigetaka Kurita pour une société de télécommunications japonaise, le Google Maps Pin de Jens Eilstrup Rasmussen ou l’arobase stylisée de Ray Tomlinson et quelques jeux vidéos déjà considérés comme historiques.

L’installation hypnotique de Ian Cheng nous entraine dans des univers mutants autour des enjeux de l’intelligence artificielle (IA) avec la fresque « The Emmissary », incompatible pour la cognition du cerveau humain, ce qui empêche d’en suivre la narration. Brillant et inquiétant à la fois.

Last but not least et pour reprendre son souffle après une telle traversée, l’ l’installation sonore « The Forty-Part Motet » de Janet Cardiff à partir d’une musique de la Renaissance interprétée par 40 voix du Salisbury Festival Choir et retransmise par 40 haut-parleurs qui forment ici une ronde. Le visiteur peut alors se déplacer pour les entendre tour à tour dans ce qui ressemble à une méditation. Poétique et sensiblement juste dans cet espace en forme de chapelle dessiné par Gehry en hommage à le Corbusier (Ronchamp).

La scénographie a d’ailleurs été l’objet de vraies recherches de la part de la Direction artistique de La fondation Louis Vuitton afin de favoriser un cheminement par paliers avec des espaces interstitiels dédiés à creuser certaines démarches.

Qu’est-ce qu’être moderne ? Quel sera le musée d’art contemporain du futur ? A l’heure du flux constant, des identités plurielles et fragmentées, de l’instable et du chaos, les défis sont nombreux pour les collections du MoMA et de nos institutions européennes.

Outre son aspect formel séduisant, le propos de cet accrochage remarquable à plus d’un titre, bouscule les canons de l’art et invite à changer de focale pour nous tourner vers de nouveaux horizons et référents esthétiques.

Catalogue co-édition The Museum of Modern Art, New York et la Fondation Louis Vuitton, Paris. 288 pages, 50 €.

INFOS PRATIQUES :
Etre moderne : le MoMA à Paris
Jusqu’au 5 mars 2018
Fondation Louis Vuitton
8 avenue du Mahatma Gandhi
75116 Paris
Programmation autour de l’exposition : tables rondes, rencontres, cinémas…
Première nocturne le vendredi 3 novembre avec une Carte Blanche à l’artiste LELE SAVERI, photographe curateur et un dj set de GRAND BLANC
Jusqu’au 2 mars, tous les premiers vendredis du mois de 19h à 23h, la Fondation Louis Vuitton célèbre l’art et la culture américaine à travers ses Nocturnes, soirées festives qui permettent de voir et vivre autrement l’exposition « Etre moderne : le MoMA à Paris »

Il est fortement conseillé de réserver son entrée à l’avance via la billetterie :
https://billetterie.fondationlouisvuitton.fr
http://www.fondationlouisvuitton.fr/

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