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Ostende, petit port modeste au milieu des dunes, devenue la » Reine des Plages « sous l’impulsion du Roi Albert 1er accueillant à la belle saison les têtes couronnées d’Europe est marquée de cette architecture Art Déco le long de sa « promenade », des Galeries Royales jusqu’au Therma Palace, la signature de la station.

« It is a raft that brings you to the other
It is not an end in itself » Marijke de Roover

Le fantôme de James Ensor plane sur les lieux attiré par la lumière de la Mer du Nord et l’atmosphère excentrique qui y règne. Sa mère tient une boutique de souvenirs exotiques, comme cela est rappelé dans le remarquable parcours du Mu.Zee qui l’inspirera toute sa vie et donnera naissance à ses chimériques univers.

James Spillaert est l’autre grand maître ostendais dont les flâneries nocturnes solitaires sur la digue livreront des expérimentations d’une tonalité angoissante et fiévreuse si particulière.
Mais Ostende ne se conjugue pas qu’au passé à en croire les sculptures Rock Strangers d’Arne Quinze d’un rouge flamboyant qui nous accueillent(visiblement pas au goût de tous les habitants privés de leur vue sur mer !).

Avec Jan Fabre autre héros national, curateur et artiste de la « consilience », sculpteur, metteur en scène de théâtre, chorégraphe que l’on ne présente plus, il s’agit de faire dialoguer à l’occasion de la 3ème édition de la Triennale Le Radeau de la Méduse de Géricault avec des artistes contemporains qu’il invite aux côtés de témoignages de gens rencontrés sur place, animés de valeurs altruistes dont les citations parsèment le parcours. Une métaphore où la ville d’Ostende devient le refuge de cette relecture d’une grande actualité. De la tragédie originelle nait l’espoir d’un renouveau dans l’art et le partage. Et si Géricault suscite la controverse en 1819 lors du Salon de Paris dans cette condamnation indirecte de l’esclavage, son retentissement n’a cessé d’inspirer de nombreux artistes, Turner en tête qui à l’âge de 66 ans, d’après la légende se fait attacher au mat d’un navire pris dans une tempête pour en ressentir la puissance.

« Le Radeau. l’Art n’est pas solitaire »se déploie au Mu.ZEE et dans 22 sites de la ville, certains attendus d’autres inédits. Comme un concentré miniature de la pensée rhizomique de Jan Fabre à partir de son radeau utopique, symbole de la capacité de résistance de l’artiste sur la fatalité. Présenté en regard de Théodore Géricault il donne le ton d’un parcours qui invite à la randonnée.

Le Mu.ZEE, matrice du radeau

Les 73 artistes du Mu.ZEE, la matrice de l’ensemble, interprètent ce voyage sans destination précise, cette quête, ce phénomène d’expérimentation qu’il soit poétique, politique, social, intime ou universel à partir d’une grande variété de pratiques et de mediums dont le volet performances imaginé par Joanna de Vos, co-commissaire.
Isolement (Johann Muyle « Parabole des aveugles), doute (Katie O’Hagan « Life Raft »), humour noir (Monty Python « Cannibalism ») introspection (Penny Arcade « Longing Lasts Longer »), dualité (Oda Jaune) attentisme (Alex van Warmerdam et ses deux hommes sur un radeau) peur (Aernout Mik » A swarm of Two « ), menace (Steve McQueen « 125th Street »), frontières (Enrique Ramirez et la sublime vidéo Cruzar un Muro ou Bruna Esposito « Le radeau de Lampedusa » qui se détache de cette cristallisation de souvenirs), perte d’identité (Michaël Borremans « Black Mould », Mika Rottenberg « Minus Yiwu », Juliao Sarmento « Nada », violence (Enrique Marty) mais également instinct de survie avec Bill Viola « the Raft »de 2004 et Chiharu Shiota « Uncertain Journey »notes d’espoir de ce processus de transformation à l’œuvre. La scénographie favorise une dramatisation qui va crescendo sans jamais tomber dans le pathos.
Si chacun de nous sombrons sur nos radeaux au beau milieu de la traversée incertaine de nos vies, nous ne sommes pas seuls ! tel est le formidable message porté par l’élan de Jan Fabre et ses amis.
 
Catalogue, prolongement idéal de l’exposition, Néerlandais/Anglais, 336 pages, 45 € (en vente à la librairie/boutique du Mu.ZEE)

Echos dans toute la ville et au-delà :

Parmi les 22 sites, remarquons :

  • Le Mercator, emblème de la ville investit par Luc Tuymans

Le trois-mâts historique de 1932 qui se visite, sert d’écrin à l’artiste belge qui revisite le tableau « Tres de mayo » de Goya et cette exécution aveugle à partir d’une toile et 3 fragments vidéo projetés sur le bateau, sur l’eau devant le navire et enfin dans les écuries de l’Hippodrome (autre site qui accueille 4 artistes).

  • Eglise Saint Joseph/Sint-Jozefkerk

Adrian Paci avec la vidéo « centre de détention provisoire » nous embarque sur les voies sans issue de ces réfugiés qu’il connaît bien. Albanais, ayant fui son pays il traduit entre absurde et poésie le langage de l’exil.
Aslan Gaisumov donne sa version de l’exil à partir d’une Volga ayant servi à sa famille pour quitter Grozny sous les bombes. Tous s’y entassent indéfiniment. Drôle et tragique à la fois.
Ria Pacquée et son installation performance « All I have to do is to breathe »nous parle de rituels et de croyances à partir d’objets du quotidien trouvés (ici un vieux bard) pour questionner le corps et notre cheminement existentiel.

  • L’Hôtel de Ville/ Stadhuis et Peter Buggenhout

Structures composites faites de déchets souillés, les œuvres de l’artiste belge sans logique précise évoquent le chaos de nos existences. Le titre « L’aveugle guidant l’aveugle » emprunté à Pieter Brueghel l’Ancien traduit une impasse face à cet agglomérat suspendu, recouvert de poussière qui tranche avec la rigueur moderniste de l’architecture du bâtiment.

  • Brasserie du Parc et Marie-Joséplein

Conçue comme une œuvre d’art totale, au look Art Déco, la Brasserie du Parc classée et rescapée de la démolition, est le point de rencontre de nombreux artistes et intellectuels. Enrique Marty y présente ses nouvelles productions picturales fruit de sa réinterprétation de chefs d’œuvres flamands et ses « fake monuments » au parc voisin, faisant référence au Siège sanglant d’Ostende de 1601 à 1604.

  • Poverello, Michael Fliri

L’œuvre issue de la vidéo « Early One morning with time to Waste » revient sur son odyssée à bord d’un bateau fait de centaines de bouteilles plastiques. L’occasion de dénoncer grandeur nature l’ampleur du phénomène des océans poubelles ou le 7ème continent de plastique.

  • Galeries vénitiennes/ Venetianse Gaanderijen : 14 artistes

Parmi eux, Fabien Mérelle « le radeau de fortune » (aquarelle reprise dans l’identité visuelle de la Triennale), Messieurs Delmotte et son humour belge ravageur « qui nous a tant séduit, Carlos Aires et son plancher de morceaux d’épaves du port de Cadix, Jean-Luc Parent et sa spectaculaire installation « L’arche de Noé », Philippe van Snick et sa réinterprétation conceptuelle du « Radeau de la méduse »ou Marina Abramovic « Tromboli ».

Prolongez la randonnée sur le littoral à l’Hippodrome, à Strand (le Petit Nice)..

INFOS PRATIQUES :
James Ensor et Léon Spilliaert. Deux grands maîtres d’Ostende
Jan Fabre et Joanna de Vos
Le radeau. L’art (n’) est (pas) solitaire 
Jusqu’au 15 avril 2018
Egalement : Wendy Morris – This, of course, is a work of the imagination
Le Musée de la Singularité
Jusqu’au 26 novembre 2017
Et la Collection avec des pièces majeures de la fin du XIXè siècle, début XXè et art contemporain.
Mu.ZEE
Romestraat 11
Ostende

-La Triennale en Ville et sur le Littoral :
Carte et guide en vente à l’Office du Tourisme d’Ostende 9,99 €
Randonnée Le radeau Outside à réserver sur hetvlot-oostende.be/fr
Tarifs :
16€ WE et vacances scolaires
10€ en semaine
http://www.hetvlot-oostende.be/fr

Organiser votre séjour :
https://www.visitoostende.be/fr
http://www.visitflanders.com/fr/

Recommandations :
Restaurant gastronomique Marina
Albert I-promenade 9
« le charme de l’Italie en bord de la mer » Gault & Millau

Hôtel Bero, proche de la Digue
Hofstraat 1/A, Oostende
avec piscine, spa et sauna !

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