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Le passage Vero-Dodat fait partie du réseau de galeries que la Restauration a fait construire pour rendre Paris agréable : on y pouvait par temps de pluie trouver un havre clair entre le palais Royal et  le quartier des Halles, qui ne connaissait pas encore les pavillons de Baltard.

Dans ce passage qui a gardé son charme un rien décalé de la  vulgarité d’alentour, la galerie Pierre Passebon s’est fait la réputation d’exposer des œuvres plutôt aimables, et même aimées, entre des meubles qui semblent eux-mêmes avoir quelque chose à dire, signés qu’ils sont de Gio Ponti, Marina Karella, Jules Wabbes, Axel Hjorth ou une collection de masques en céramique d’Accolay. On y voit en ce moment, et en des salles distinctes, la production de deux artistes qui ont éclairé les nuits branchées des années 1970-1980, ce qu’on appelle encore les années Palace, c’est-à-dire cette période heureuse et sans entraves, située entre le souffle liberateur de 1968 et les premières semonces d’une maladie qui collectionnait ses victimes, préférant les papillons des boîtes de nuit et des lieux de drague.

Elégant comme un prince et beau comme un dieu, Bocanegra collectionnait quant à lui les portraits de tout ce qui brillait, préférant immortaliser ses modèles en couleurs,  aussi vrai que la période qui sortait de la vague psychédélique, jouant du strass et découvrant le fluo, n’avait rien de terne. Andy Warhol, Romain de Tirtoff, dit Erté, César, Trénet comptent parmi les modèles les plus illustres, mais s’y joignent Eva Ionesco et Kid Chocolate, Tata de Pigalle et la duchesse de Larochefoucauld, Pierre et Gilles, Paloma Picasso et Azzedine Alaïa, Farida Khelfa et sa jeune sœur Djemila, et pourquoi pas, le pont Alexandre III et le chevet de Notre-Dame, pris en leurs heures mauves. A la même époque, Philippe Morillon, photographiait aussi, chassant en charmant paparazzo le people des soirées parisiennes. Pierre Passebon présente, en douze œuvres tirées en dix exemplaires fine art, encadrée en boîtes américaines 50x60cm, une sélection de sa production d’illustrateur en acrylique et aérographe, où le soleil semble à jamais californien, où le néon prend la nuit le relais pour éclairer les corps bronzés, les crèmes glacées géantes et les chromes des décapotables. Peintre d’un paradis laissé par le souvenir d’années d’insouciance rythmées en 45 tours vinyle, Morillon célèbre l’azur et la blondeur, laisse flotter le désir, rend à la pub le génie de la réclame, et offre un perfecto au président De Gaulle en majesté.

Simon Bocanegra a préféré quitter ce monde en décembre 2011. Le livre qu’il avait rêvé de voir propager son travail accompagne l’exposition qui accueille aussi l’urne de ces cendres, apportée par des mains amies. Philippe Morillon continue d’aimer tout ce qui est beau, la Toscane de la Renaissance, la Bavière du roi fou et son chat bengal. Un coffret propose l’intégralité des œuvres exposées au mur, dans leurs boîtes américaines.

L’exposition dure jusqu’au 15 novembre ; la manquer serait pire qu’un crime contre l’hédonisme, une regrettable faute de goût.

INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition
Simon Bocanegra &
Philippe Morillon : 80′
Jusqu’au 15 novembre 2017
Galerie du Passage
22 – 26 galerie Véro-Dodat
75001 Paris
http://www.galeriedupassage.com

Edition
Simon Bocanegra, photographe
Textes de Claude Louis-Combet, Jacqueline Germé, Hélène Hazera, Editions Gourcuff Grandenigo
160 pages 23×32 cm
Relié, couverture toile
29€
– Philippe Morillon, 80′
The (M) éditions
Coffret de 40 illustrations 1974/1984
30x40cm , tirées sur papier Olin 200g, avec un texte de présentation. , 80 exemplaires numérotés de 1 à 80
95 €

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