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À l’annonce qu’Arthur Dreyfus allait exposer des photographies par lui faites, les lecteurs d’ « Histoire de ma sexualité » ou de « Belle famille » pouvaient se douter que ses images ne seraient ni ternes ni fades. Écrivain doué, publié à 24 ans dans la collection blanche de Gallimard, chroniqueur au Monde, homme de radio, un peu acteur, réalisateur aussi, Arthur Dreyfus fait donc un stop à l’image fixe.

D’autres avant lui l’ont fait, Hugo non, il dessinait, mais Zola, Butor, Tournier, et tout proche, Hervé Guibert, modèle flamboyant et foudroyé, laissent une œuvre photographique capable de rester.  Et Dreyfus vous dira que son attirance pour le cadrage remonte loin dans son enfance, au temps des appareils jetables et des camescopes à cassettes, bref qu’elle n’a pas attendu le smartphone qu’il implique ici et maintenant pour ses qualités de plus simple appareil et d’écran-médaillon. Or, de même qu’il n’est de livres que publiés, la photographie prend vraiment corps à l’exposition et c’est qui arrive, en ce magnifique cibachrome, procédé chéri et finissant de l’art contemporain.

«Nous sommes peut-être passés à côté d’une belle histoire…»  la série avance comme un roman, même si elle ressemble à un recueil de nouvelles à deux personnages : un garçon plutôt couché sur le dos, déjà grand, presque un homme parfois, et le petit double qu’il a été, surgi de l’écran d’un smartphone  posé en masque, en pectoral, en cache-sexe, tenu en rétroviseur ou érigé en bouclier quand le téléphone intrusif ne cède pas la place à une branche de lilas, un cierge ardent ou à un étrange pull-cagoule, autant de variations sur le thème du cache-cache des premiers émois et moi.  Entre les deux visages, celui de jadis et celui du jour, un bras tendu, une main habile et quelques années, une dizaine peut-être, enfin ce qui doit éloigner deux frères pour mieux les réunir. Où l’on voit que Dreyfus, qui s’arrange comme personne à faire avaler le culot par le style, assume ses choix, affine son casting et finalise l’editing. Au bout du compte, les deux moitiés dépareillées d’un même corps d’image capable de contenir l’enfant qui grandit et le jeune homme qui sait, ne sont plus très loin de raconter cette histoire à côté de laquelle on regrette d’être passé, sans faute pourtant d’y avoir obstinément songé.

INFORMATIONS PRATIQUES
Nous sommes peut-être passés à côté d’une belle histoire…
Arthur Dreyfus
• Exposition du 11 novembre 2017 au 20 janvier 2018
Vernissage le samedi 11 novembre 2017 à 17 heures
Galerie Patrick Gutknecht
78, rue de Turenne
75003 Paris
http://www.gutknecht-gallery.com
• Fanzine de 32 pages 16×21 cm
Collection Uto Pic & Poc
Editions de l’Œil
10 €

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