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Partager un an d’intense créativité aux côtés du maître catalan qui en 1932 à tout juste 50 ans est au sommet de sa gloire et profondément amoureux de sa nouvelle muse, Marie Thérèse Walter de 28 ans sa cadette, tout en jouissant de sa félicité familiale avec Olga son épouse et Paul, leur fils de 11 ans.

Voilà l’angle choisi par les 2 commissaires : Laurence Madeline, conservatrice en chef du patrimoine et Virginie Perdrisot, conservatrice au Musée national Picasso, totalement inédit pour cette exposition façon story board à l’hôtel Salé.
Le parcours de l’exposition chronologique nous déroule son intense quotidien, ponctué de voyages entre Paris, Boisgeloup transformé en atelier de sculpture, la Normandie et la Suisse pour le second volet de sa première rétrospective parisienne à la galerie Georges Petit en juin.

Une année décisive donc qui marque un tournant à la fois dans sa vie affective et artistique avec le retour à la peinture, que nous traversons à partir de plus de 110 tableaux, sculptures, dessins, gravures pour certains jamais dévoilés et documents personnels.
La figure féminine à son fauteuil est le leitmotiv de tout le début de l’année 32 « La dormeuse au miroir », « le rêve », « le sommeil », hommage à sa jeune maîtresse, qui culmine avec « La femme au fauteuil rouge »où l’on reconnaît sa chevelure jaune, carnation rose et verte selon que l’on regarde le visage de face ou de profil, la partie supérieur du visage étant couverte d’un pénis. Transcription du désir et de l’impulsion érotique à l’état pur. Une autre fois c’est l’ombre portée sur le visage de Marie Thérèse qui représente un phallus en érection. Sublimation du geste fougueux du peintre et de l’ogre jamais assouvi. Fusion totale entre acte sexuel et acte créateur.

Les multiples variations qu’il fera de ce motif de femme à son fauteuil prennent leur source dans la grande peinture de Raphaël à Vélazquez, Le Gréco, Ingres, Cézanne, Manet à qui il se confronte et se mesure volontiers.
Puis viendra le cycle des Baigneuses également hérité de la grande tradition picturale.
Si la mythologie et l’antique sont aussi régulièrement convoquées, Picasso en donne une lecture toute particulière empreinte de cette étrange beauté héritée des concepts surréalistes.
De plus il transpose en peinture le vocabulaire formel de la sculpture comme pour le visage de Marie-Thérèse ; son nez busqué, ses yeux en amande, son long cou. Un va et vient constant et fécond sculpture-peinture qui donne un nouvel élan à sa pratique.
La leçon de l’odalisque matissienne est aussi prégnante chez l’espagnol même s’il perçoit comment dépasser son ami et ouvrir de nouvelles voies à la peinture.

Ce faisceau d’influences et de circonstances stimulées par l’harmonie charnelle que ressent Picasso au mitan de sa vie explique le caractère tout à fait exceptionnel de cette année 32.
L’année se terminera par une note plus sombre, la maladie que contracte Marie-Thérèse à la suite d’un bain dans la Marne qui lui retirera une partie de son éclat. Picasso invente alors le thème du sauvetage, sorte de synthèse de ses expérimentations et ouverture vers d’autres quêtes.

A noter que l’exposition voyagera à la Tate de Londres au printemps 2018, un véritable événement qui s’intitulera « The EY Exhibition Picasso 1932 – Love, Fame, Tragedy ».

INFOS PRATIQUES :
Picasso 1932
Année érotique
Jusqu’au 11 février 2018
Musée National Picasso
Hôtel Salé
5 Rue de Thorigny
75003 Paris
Cycle de conférences et programmation associée
Catalogue publié à l’occasion, découvrez-le ici
http://www.museepicassoparis.fr/

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