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Paris Photo en 10 étapes incontournables

Temps de lecture : 4 minutes et 59 secondes

Des stands tirés au cordeau (la rigueur allemande sans doute héritée par Christophe Wiesner), rien qui fâche (exit le documentaire et on se demande de quel côté penche Pascal Convert et sa remarquable incursion en Afghanistan à l’aide de drones, tant ces falaises de Bâmiyân en deviennent esthétiques, Gilles Caron et mai 68 évoqués par School Galerie O.Castaing font exception dans le secteur Prismes) une approche volontiers conceptuelle et des propositions cohérentes et très construites, telles sont les premières impressions de cette 21ème édition de Paris Photo, de qualité irréprochable.

Emergence encore timide de ces nouvelles écritures photographiques pourtant annoncées, notamment avec le programme de vidéos dédié mais pourquoi avoir besoin de l’isoler, alors que les artistes aujourd’hui ne se posent plus la question en terme de frontières entre les mediums et pratiques, c’est d’ailleurs tout l’enjeu du solo show d’Evangelia Kranioti par Vincent Sator (notre interview) dans cet espace totalement immersif.

Plusieurs tendances s’observent : retour au classicisme et noir et blanc (Isle Bing chez Karsten Greve), les vintages petits formats, les manipulations aléatoires à partir de techniques archaïques artisanales (Sigmar Polke peintre au départ, chez Sies + Höke, se livre à des expériences inédites sur le medium, de même avec Kiki Smith et le cyanotype chez Pace), le lien art et sciences, la recherche de la matérialité, la question de la performance et du corps (Bettina Reims et les Femen chez Xippas qui trouve un écho certain en ces temps de grandes révélations) ou les préoccupations environnementales.

The light of the world, 2017 © Kiki Smith; courtesy Pace and Pace/MacGill Gallery

L’incursion des marques et du luxe est aussi un phénomène grandissant et cette année c’est Karl Lagerfeld qui signe un parcours en 100 coups de cœur, très glam’ et black & white.
Un signal est lancé cette année aux étudiants des écoles d’art avec cette carte blanche offerte à 4 d’entre eux par laquelle nous commençons cette sélection de 10 œuvres révélatrices.

Po-I Chen

Beyond Gallery convoque 3 photographes autour des catastrophes naturelles de Taïwan (tremblements de terre, typhons, pluies diluviennes) avec « Images d’un pays défunt » Si les vues de Shun-Fa Yang séduisent par leur format en éventail, Po-I Chen (scientifique) avec l’utilisation du cadre dans le cadre s’avère plus percutant.
Il renvoie à l’instant cruel où tout bascule à partir de ces cicatrices et brèches dans les murs. Inondations mais aussi expulsions forcées sont les théâtres de ces investigations dans une société en plein bouleversement.
(Voir visuel ci-dessus)

Asger Carlsen, V1 Gallery Copenhague

Untitled Sample, 2017 © Asger Carlsen / V1 Gallery

Né en 1973 au Danemark, Asger a commencé sa carrière pour le monde de la publicité jusqu’au moment où il a l’intime conviction que sa photographie avait des qualités esthétiques réelles.
Ne vous fiez pas aux apparences devant ces décors banals et couleurs pastels, il y a de la malice dans ces distorsions des corps et des organes. Comme dans une réalité hallucinée qui dérange et déroute le regard.

Alexey Shlyk et la plateforme émergence

The Appleseed Necklace 2016-17 © Alexey Shlyk

Parmi les 4 sélectionnés en association avec Picto Foundation et Gares & Connexion (SNCF) Alexey Shlyk, né en 1986 à Minsk (Biélorussie) prix Levallois 2017, et ses mises en scènes à partir de ses souvenirs d’enfance touchent par leur côté burlesque et nostalgique. Tel un scaphandrier ou archéologue du temps présent, l’artiste avec ce masque de plongé fait de récupération, rappelle que les temps furent durs et les privations nombreuses dans l’ex-Union Soviétique.

Panos Tsagaris, Kalfayan Galleries (Athens)

November 22 2016, 2017 © Panos Tsagaris /
Courtesy Kalfayan Galleries, Athens – Thessaloniki

Né en 1979 à Athènes, Panos Tsagaris est fasciné par l’idée de purification telle qu’elle apparaît dans différents mythes. Se saisissant de feuille d’or il agit en alchimiste pour recouvrir partiellement les couvertures de la presse mondiale en écho avec la crise que traverse son pays d’origine. D’autres fois il utilise son I-phone pour son pouvoir réflexif dans des installations qui mêlent la gravure et la photographie. Son questionnement principal concerne le divin.

Marina Gadonneix, Christophe Gaillard, Paris

Black hole collision, 2016 © Marina Gadonneix

« Black hole collision, 2016″A partir d’une liste de phénomènes naturels (supernova,séisme, soleil, atmosphère, système solaire, tornade, tremblement de terre, trou noir..) le projet de Marina Gadonneix (née ) s’écrit en plusieurs chapitres de l’intérieur de laboratoires résolument vides et clos. Une rigueur méthodologique fruit de mises en scènes précises qui fait le lien entre art et sciences. Au delà de l’aspect minimaliste de telles images, se cachent des indices pour nous mettre sur la voie de ce qui reste de l’ordre de l’invisible et de l’imaginaire.

Meghann Riepenhoff, Yossi Milo Gallery New York

Ecotone 2017 © Meghann Riepenhoff / Yossi Milo Gallery

Littoral Drift Nearshore 2015 © Meghann Riepenhoff / Yossi Milo Gallery

 

Ecotone 2017 © Meghann Riepenhoff / Yossi Milo Gallery

 
Travaillant au cyanotype, Meghann Riepenhoff utilise les éléments naturels tels que la pluie, les vagues, le sel marin, le vent, pour interroger le temps et la fragilité des choses et l’impermanence en photographie. Fortement marquée par Anna Atkins et Sugimoto elle se saisit de la technique du cyanotype reliée au paysage et ses variations imprévisibles. Le bleu pour ses qualités sensibles et émotionnelles lui parle particulièrement. Toutes les étapes du processus de métamorphose au bord de l’océan sont enregistrées.

Andres Serrano, Nathalie Obadia Paris/Bruxelles

Cristina, Miramar, Havana (Cuba),
2012 | St. Michael’s Blood, Part I, Part II
(Immersions) , 1 © Andres Serrano / Galerie
Nathalie Obadia

Blood and Semen III
(Bodily Fluids), 1990 | Milk Cross (Bodily Fluids), 1987 © Andres Serrano / Galerie
Nathalie Obadia

Artiste engagé et portraitiste virtuose, Andres Serrano puise son inspiration dans les grands maîtres de la peinture de Velázquez à Caravage, Manet, Titien ou Courbet. La galerie Obadia organise conjointement à Paris Photo une ambitieuse exposition de 40 œuvres au Petit Palais mises en regard des collections des Antiques, à la Renaissance, en passant par le Barroque, le réalisme et les compositions religieuses dont il aime à déjouer les codes . Exclus de la société NomadsResidents of New York et Denizens of Brusselsou Torture (2015) et Blood on the Flag pour l’après 11 septembre voisinent avec les séries Native Americans , America ou Cuba pour dire nos peurs, excès et frustrations et donner de l’Amérique une vision loin du politiquement correct. Ses aspirations métaphysiques prennent le dessus dans la 2ème partie du parcours.

Tom Wood, Sit Down Paris

L’irlandais a consacré une large partie de sa carrière à capter ses voisins de Liverpool, pratiquant la photographie de rue comme un poète. Encore peu connu en France sa galerie parisienne nous offre de somptueuses tranches de vie, la foule près d’un pub, deux pin-up assises sur le capot d’une voiture, des jeunes au night club en plein baiser, l’embarcadère du ferry..et en arrière plan des signes implacables de ces années Thatcher.

Almeida Helena : Collection Helga de Alvéar par Marta Gilli

Almeida Helena Margarida Matos Vasconcelos, Para une enrequecimineto interior, 1976
© Adagp, Paris

Collectionneuse d’origine allemande installée à Madrid, Helga dirige sa galerie tout en alimentant sa passion. Choix de la directrice du Jeu de Paume d’une cinquantaine d’œuvres à partir d’une phrase de Virgile, « des objets qui pleurent ».
Figure majeure de l’art contemporain, Helena Almeida (née en 1934 à Lisbonne) part de son corps comme support exclusif de ses recherches. Elle se met à la photographie quand elle considère qu’elle a atteint les limites de la peinture, puis décide de mélanger les deux. Revêtue d’attributs féminins elle se met en scène dans des décors réduits au minimum, mimant la séduction ou d’autres postures sexuées. Elle qui passe son enfance à servir de modèle à son père sculpteur, devient son propre sujet.

VB 62/SPASIMO PALERMO – Vanessa Beecroft – 26” – 2008

Née en 1969 à Gênes, Vanessa Beecroft après les podiums des défilés (nombreuses collaborations avec l’univers de la mode) fréquente les églises. Ses performances reprennent le même protocole à chaque fois, des femmes à demi nues en situation de passivité, silencieuses et statiques comme pour dénoncer celle ressentie dans leur vie.

Une démarche féministe qui passe par le corps et la sculpture, son terrain d’étude. La performance VB62 réalisée dans l’église Santa Maria dello Spasimo de Palerme est immortalisée par une grande photo sur le stand de la galerie et un film projeté dans l’espace MK2. On sent l’influence de la statuaire sicilienne. Que cela soit pour Sisley, Todd’s, LVMH ou dans un musée, on assiste de nouveau à un mélange des genres.

Mention spéciale au concours lancé par Estée Lauder, nouveau partenaire de la foire, le Pink Ribbon Photo Award. Exposition des finalistes et remise des prix par un Jury d’experts, composé de professionnels du monde le la photographie et de personnalités engagées dans la lutte contre le cancer du sein.

Le livre des six éditions du concours (2012-2017), édité spécialement à l’occasion des 25 ans du Ruban Rose, a été lancé officiellment lors de cette remise de Prix. Il est disponible sur le stand des Éditions Xavier Barral jusqu’au 12 novembre.

INFOS PRATIQUES :
Paris Photo
Du 9 au 12 novembre 2017
Grand Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris
http://www.parisphoto.com