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Quiconque a découvert le Palazzo Fortuny à Venise est marqué de cet éclectisme ambiant et capharnaüm qui y règnent. Imposantes tentures, souvenirs et objets intimes, collections de tissus, le Palais gothique devenu atelier et demeure d’un hôte illustre, Mariano Fortuny (1871 – 1949), peintre, ingénieur, scénographe, inventeur de génie, graveur, créateur de tissus, designer de meubles, célébré par le Musée Galliera à Paris, à travers une centaine de pièces issues du fonds Galliera, du Museo del Traje à Madrid et du Museo Fortuny à Venise.

Fils du peintre catalan et grand collectionneur, Mariano Fortuny y Marsal qui meurt à sa prime enfance il s’installe à Venise en 1888 avec sa mère, Cecilia de Madrazo y Garret mais c’est à Paris qu’il dépose les premiers brevets de décors de théâtre ou réflecteur photo comme cela est posé en préambule.

Le retour à l’Antique et la vague de l’Hellénisme sont évoqués à partir de la 2ème salle, époque où il rencontre celle qui devient sa muse et son épouse en 1924, Henriette Nigrin.

La villa Kérylos de l’archéologue Théodore Reinach,le répertoire des ballets Russes et les fouilles du Palais de Minos à Knossos vont donner le nom de son célèbre Châle Cnossos et le logo du labyrinthe deviendra sa marque. Mais c’est Henriette qui serait à l’origine du fameux plissé de lumière de la robe Delphos créée en 1909 à partir de la sculpture l’Aurige de Delphes. D’une grande sobriété elle épouse parfaitement les contours et mouvements du corps féminin. Elle se conserve roulée et ses colorants sont rigoureusement naturels. Mariano en dépose le modèle à Londres puis à Paris au Conseil des Prud’hommes de la Seine en janvier 1914.

C’est en 1912 qu’ils ouvrent leur boutique parisienne rue de Marignan. Les tissus sont réalisés au Palazzo Pesaro-Orfei à Venise par une centaine d’ouvrières dirigées par Henriette, comme on le voit sur des documents d’époque. Ses inspirations viennent de l’Orient et ses mirages tels que célébrés par les peintres. Velours de soie, taffetas plissé rehaussé d’or, perles en verre, toute la palette de son talent se déploie, contribuant à une libération de la silhouette qui annonce les émancipations des années folles.
Proust est ébloui et bientôt c’est la robe Eleonora (comédienne Eleonora Duse, maîtresse de Gabriele D’Annunzio) toute en fluidité qui fait sensation.

« Mariano Fortuny est à la mode ! […]. Le palais Orfei est devenu un atelier et un musée. On s’y donne rendez-vous, on s’y retrouve. On prend même l’habitude d’y revenir « , constate Le Gaulois en 1929.
Ses clientes prestigieuses s’appellent Isadora Duncan et ses filles adoptives (photos d’époque), Anna Pavlova, Ellen Terry, Oona Chaplin, Jeanne Lanvin ou la comtesse de Greffulhe. Des manteaux pour hommes et nombreuses variantes sont également exposés.
Les kimonos de la maison Babani, le « palais de Soieries » contribuent aussi à ce goût de l’élite pour l’exotisme et Fortuny lancera une collaboration avec son fondateur Vitali Babani, venu de Constantinople.

A la fin de ce parcours magique en osmose avec les boiseries et décorations sculptées du Palais Galliera, les héritiers de Fortuny sont évoqués tels que Issey Miyake et son fameux plissé ou Valentino et son ensemble « Isadorable » (printemps-été 2016) offert au musée.

C’est en véritable peintre que Fortuny conçoit ses tissus, et tout le mérite de ce panorama est de dépasser la sphère textile pour découvrir l’homme de littérature qui entretenait des amitiés avec de nombreux auteurs à l’époque, le magicien de la lumière et de la couleur, faisant de son atelier un véritable laboratoire de formes et concepts. Laissons lui le dernier mot : « je me suis toujours intéressé à beaucoup de choses, mais la peinture fut mon vrai métier ».

Catalogue Mariano Fortuny, un Espagnol à Venise, 256 pages, 44,90 €.

Cette exposition « Fortuny, un Espagnol à Venise » clôt la Saison Espagnole du Palais Galliera, ouverte avec « Balenciaga, l’œuvre au noir » au musée Bourdelle, suivie de « Costumes espagnols, entre ombre et lumière » à la Maison de Victor Hugo.

INFOS PRATIQUES :
FORTUNY un espagnol à Venise
Jusqu’au 7 janvier 2018
Palais Galliera
Musée de la Mode de la Ville de Paris
10, avenue Pierre-Ier-de-Serbie
75116 Paris
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, Nocturne les jeudis jusqu’à 21 h
Fermé les lundis et certains jours fériés.
Tarif : Plein 10 € Réduit 8 €
Application de visite :
En français, anglais, espagnol et italien disponible sur Apple Store et Play Store. Gratuit
Activités pédagogiques : consulter l’agenda
http://www.palaisgalliera.paris.fr/

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