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J’ai découvert Tiphaine Calmettes au Salon de Montrouge en 2016 et la retrouve Atelier le Midi à Montreuil aux côtés de Léa Dumayet et Morgane Porcheron. Elle vient de terminer sa 1ère exposition personnelle à la galerie parisienne Arnaud Deschin et a répondu à mes questions.

Mowwgli : Quelles rencontres ont été décisives pour votre parcours ?

Tiphaine Calmettes : Je dirais que ma classe préparatoire dans le Lycée Pablo Picasso à Val de Fontenay et l’École d’Art de Bourges ont été de très beaux moments, riches d’expériences et de rencontres. La pédagogie de Charles Gallissot et François Sagnes m’a permis de découvrir l’incroyable territoire qu’est la pratique artistique tandis que l’oeil affuté de Pierre Savatier et les conseils de lectures avisés de Michel Weemens (pour ne citer qu’eux) ont participé à enrichir et préciser mes recherches.
À l’école j’avais plaisir à dialoguer longuement avec Jonathan Pepe et j’ai réalisé avec beaucoup de plaisir plusieurs projets avec Baptiste Brévart et Guillaume Ettlinger (CDD-Le Festin).
D’autres artistes rencontrés ont également participé à ouvrir mon vocabulaire, je pense ici à David Evrard, Louise Hervé et Chloé Maillet et le reste l’équipe de la coopérative de recherche (Mathilde Chenin, Guillaume Robert, Lucia Sagradini) de Clermont-Ferrand qui fut une année de relance très importante après mon diplôme.

Mowwgli : Revenons sur votre récente et première exposition à la galerie Arnaud Deschin et son titre « les mains baladeuses », quels en étaient les enjeux et le bilan ?

T. C. : L’exposition « Les mains baladeuses » est né de ma rencontre avec les plantes rudérales comestibles et médicinales et l’envie de poursuivre un travail autour de l’alimentaire abordé avec CDD-Le Festin (restaurant éphémère) en 2013. Elle s’inscrit aussi dans la suite de mon travail autour des relations architecture/paysage ainsi que dans mon désir d’insérer du vivant dans ma pratique. J’y présentais un ensemble de sculptures en béton, des sortes de totem/silhouettes dont les formes ont été inspirés d’architectures modernes existantes. Il me semble que ces architectures questionnent la notion d’usage, ce sont pour la plupart des bâtiments qui n’ont jamais connu ou ont perdu leur fonction. Je les ai inséminés de mousses et de lichens qui seront amenés à se développer par la suite. Sept mains étaient présentes, tantôt portant une table, accueillant le spectateur, jouant des trous de l’architecture, ou encore revendicatrice, poing fermé. Ces mains sont celles du cueilleur, du curieux qui va à tâtons à la reconnaissance de ce qui pourrait le nourrir. Les poings renferment des graines, ils portent à la fois l’histoire de Masanobu Fukuoka –précurseur de l’agriculture naturelle au Japon–, celle des Guérilla Gardeners à New York, mais aussi les potentiels de ce que l’on sème et ce que l’on récolte. La tenture de haricot porte aussi en elle cette possibilité d’évolution, elle peut s’activer si on l’humidifie, sortant ainsi les graines de leur dormance. Pour finir il y avait la table en béton, point de départ de l’exposition. Elle aussi recouverte de mousse, elle est le support de la lecture gustative que j’ai réalisé à plusieurs reprises avec la Cheffe Virginie Galan. Quinze temps concoctés à partir de plantes cueillies au bois de Boulogne, accompagnés de textes piochés aux gré de mes recherches mélangés à d’autres de ma plume et lu par moi-même. Moment qui convoque les sens et les imaginaires de l’olfaction au narguilé ; boire, croquer lécher, mais aussi l’usage des plantes à travers la guerre, les lobbys pharmaceutiques et les légendes populaires.
En ce qui concerne le bilan, je dirais que cela m’encourage à poursuivre le travail engagé et à développer la mise en mouvement du travail et la mise en relation des différents médiums notamment écriture et sculpture.

Mowwgli : Allez-vous poursuivre dans l’étude des rapports entre le naturel et l’artificiel ?

T. C. : En effet ces rapports m’intéressent beaucoup et ils sont de plus en plus intriqués. En regardant les sculptures présentées à la galerie, je me suis demandé si finalement l’architecture ne serait pas le support de la nature de demain. On peut penser aussi bien aux villes comme Tchernobyl, les différents sites de JO et autres architectures abandonnées recouvertes par une nature colonisatrice, mais aussi aux projets grandissant de toits végétalisés ou de fermes urbaines. Mais je crois qu’avant tout j’essaie comme beaucoup d’entre nous de retrouver les racines, comme Emanuele Coccia dans La vie des plantes, un retour vers les origines. Avec des informations qui nous viennent de tous les sens on ne sait plus comment vivre. Que faut-il acheter sans que cela ait des répercussions sur l’environnement ou l’exploitation d’être humain de l’autre côté de la planète, que manger, comment se soigner ?
Le sujet est bien vaste… Alors oui ça me travaille.

Mowwgli : Quels autres projets vous animent ?

T. C. : J’ai intégré depuis un an environ la pratique de l’écriture dans mon travail et j’aimerais qu’elle y ait une place grandissante. J’ai beaucoup d’affection pour ce médium qui n’est dépendant d’aucun moyen physique. J’y ai beaucoup pensé en travaillant mes sculptures de béton cet été ! En effet l’écriture et la création de récits libère en moi une nouvelle énergie et une grande liberté. J’aimerais également l’habiter et la sortir de la page. C’est un nouvel univers qui s’ouvre à moi.

Mowwgli : Comment vous projetez vous dans un avenir à moyen terme ?

T. C. : Je préfère laisser venir et accueillir les choses plutôt que me projeter. J’ai des désirs évidemment. J’aimerais continuer la recherche dans un cadre, j’avais trouvé très stimulant l’équipe de recherche clermontoise, en ce qui me concerne la pratique solitaire a ses limites. Voyager aussi, évidemment. J’aime le rapport au terrain, c’est important d’aller voir ailleurs, nettoyer et rafraichir son regard, rencontrer de nouvelles histoires.
Tant que j’ai de quoi continuer à travailler…

http://tiphaine.calmettes.syntone.org

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