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Le Dirty Realism en dix livres

Temps de lecture : 2 minutes et 46 secondes

Le terme sensationnaliste n’était finalement qu’un grand coup de marketing selon certains auteurs. Terme né dans la revue littéraire de la maison d’éditions Granta dans les années 70, ce mouvement se veut être un écho de tout ce que l’on peut trouver de plus dérangeant et désenchanté dans notre quotidien. Ce fut un mouvement en réponse au génération Beatnik qui se veut être la voix du pauvre, de l’alcoolique ou du clochard céleste (désolé pour kerouac).

Ici, point d’héroïsme à outrance, de fantaisie ou de fantastique, pas de complot ni de coup monté, le contexte est très souvent social et en prise avec son époque. Ce qui fascine en revanche, c’est la sincérité crue, les mots sortant des tripes, le tempo proche d’un morceau de jazz ; ça bouscule, percute, boxe et met chaos n’importe quel lecteur. Il y a dans chaque page, chaque phrase, chaque mot de la vie, du vécu, du vivant, et l’on se surprend à se délecter des mésaventures du protagoniste et à en redemander.

« Toujours avec le livre j’ai fait une centaine de pas vers le sud-est, là où tout n’était que désolation. De toutes mes forces je l’ai jeté le plus loin que j’ai pu dans la direction qu’elle avait prise. Sur ce, je suis monté en voiture, j’ai fait démarrer le moteur, et je suis rentré à Los Angeles. » – John Fante, Demande à la poussière

Il ne s’agit pas ici, de parler des meilleurs romans du genre, mais plus tôt de ceux qui ont le plus marqué le genre. Une sorte de « booklist » pour s’initier au genre. Après si vous aimez, ce sera à vous d’explorer et de trouver les nombreuses pépites estampillées « Dirty Realism ».

1/ John Fante – Demande à la poussière : les errances d’un jeune écrivain dans le Los Angeles des années 30, la rage au ventre, l’envie d’être à la hauteur de ses prétentions et puis il y a les femmes… enfin, La femme. Sublime, indispensable.

2/ Dan Fante – Rien dans les poches : tel père tel fils, un premier roman percutant et poignant, de la fureur à chaque page, une urgence dans l’écriture. Un roman court qui file à deux cents kilomètres heures. Vous refermez le livre complétement vidé et avec l’irrépressible envie de le relire.

3/ Charles bukowski – Contes de la folie ordinaire : le titre en v.o est assez parlant « Erections Ejaculations, Exhibitions and general tales of ordinary madness and the most beautiful woman in town ». Rien que ça. Tout est dit, juste nous pouvons préciser qu’il s’agit d’un des plus grands auteurs américains du vingtième siècle.

4/ Mark SaFranko – Putain d’Olivia : publié chez feu 13e Note éditions, en un seul roman, l’auteur pulvérise tout sur son passage. Récit d’un auteur en devenir et de sa relation toxique avec une certaine Olivia. Une écriture incisive et percutante.

5/ Raymond Carver – l’ensemble de son œuvre : désolé mais là, c’est un passage obligatoire. Cet auteur fait partie des piliers du genre et a donné, au passage, ses lettres de noblesses au format « nouvelle » en littérature américaine. Un auteur qui arrive à vous faire rentrer totalement dans une histoire en quelques mots.

6/ Russell banks – Sous le règne de Bone : dans un style plus romancé, empruntant autant au Dirty Realism qu’à Faulkner ou Steinbeck. Un roman plus classique dans la forme, un roman noir par moment, une grosse claque à l’arrivée. Vous allez succomber aux aventures de Chappie.

7/ Larry Brown – Joe : Le sud des Etats-Unis, les terres de McCarthy, Harry Crew ou Faulkner. Le rythme est plus lent que les auteurs précédemment cités, il y a énormément de code du roman noir dans ses histoires. Ici le décor n’est autre que l’état du Mississipi, et nous allons suivre un certain Joe Ramson et ce que sa rencontre avec le jeune Gary Jones va impliquer !

8/ Henry Miller – Jour tranquille à Clichy : le précurseur, une influence pour bon nombre d’auteurs comme Jack kerouac ou Mark SaFranko, un franc parlé incroyable, des obsessions toutes masculines et une obstination pour l’écriture. Un classique intemporel.

9/ Hubert Selby Jr. – Le démon : il y a Retour à Brooklyn ( requiem for a dream pour les cinéphiles), ou encore Last Exit to Brooklyn, qui sont les deux titres les plus connus. Mais Le Démon est à part, récit d’une obsession poussant le protagoniste aux limites de la folie. Toujours pour les cinéphiles, si vous avez vu et aimez « Shame » de McQueen, alors jetez-vous sur ce livre.

10/ F.X Toole – De Sueur et de Sang : un recueil de trois nouvelles sur la boxe. Trois nouvelles qui vous mettront Chaos. Par l’auteur de Million Dollar baby.