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Lia Darjes, la jeune allemande qui photographiait les étals russes à la manière des peintres flamands

À des milliers de kilomètres des bobos de tous poils, des applis anti-gaspi et des réseaux promouvant l’échange des produits du jardin entre cadres moyens qui ont besoin d’internet pour parler à leurs voisins, la photographe allemande Lia Darjes est tombée amoureuse des petits stands des habitants de Kaliningrad, enclave russe entre la Pologne et la Lituanie. Sur les trottoirs, les stands déploient selon les saisons les produits des potagers et des jardins, un gobelet de baies, des concombres, quelques pommes, des confitures maison, des poissons sur du papier journal, de la viande. Une économie locale élémentaire, entre voisins, au coin de la table, au coin de la rue, à mille galaxies du monde marchandise, dont elle reflète néanmoins les aspirations et les besoins vitaux. Lia Darjes revisite à la manière des peintres flamands ces motifs de l’échange, leur offrant l’écrin du clair obscur pour en souligner l’essentielle irréductibilité et la formidable intimité, avec un clin d’œil au fantasme de la vie paysanne simple et saine vénérée par les romantiques russes et polonais du 19e siècle ainsi que les barbus à chemise à carreaux du 21e. Cernés par l’obscurité mais intensément colorés et lumineux, les produits comme les hommes ont peut-être encore une chance de s’en sortir.

http://liadarjes.com/portfolio/tempora-morte/

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