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L’art et la folie au Liberté

Temps de lecture : 3 minutes et 2 secondes

En ce début de saison, le Liberté -scène nationale de Toulon (lire le portrait de Pascale Boeglin-Rodier, sa directrice) propose un Théma autour des différentes formes que peuvent prendre la folie. « La raison du plus fou est toujours la meilleure « -phrase empruntée à Raymond Devos– explore ce thème à travers des spectacles, des films, des conférences, des rencontres et des expositions. Folie créatrice, meutrière, industrielle, artistique…

Une programmation riche que vous pouvez retrouver ici, jusqu’à la fin du mois de novembre et qui mélange les domaines culturels dans l’ambition de toucher un large public et de traiter ce sujet en y accordant de nombreux croisements. Lieu interdisciplinaire, les arts graphiques trouvent leur place dans le hall où se tient une exposition, fil conducteur de ces évènements qui traverse la programmation.

Reprenant le nom du Théma, l’exposition « La raison du plus fou est toujours la meilleure » dévoile le travail de trois artistes aux pratiques artistiques différentes en y explorant la part de folie que possède les êtres. Epectase est un duo, né en 2012 et composé de Corentin Fohlen et de Printemps Von Zilw. Ils sillonnent les routes de France et photographient des lieux quelconques, voir moches, des paysages mornes auxquels ils vont apporter un grain de folie, une touche magique. La composition haute en couleur ne laisse voir qu’une seule personne en situation cocasse. C’est le duo qui se met en situation, les photos sont à peine retouchées, transformant un banal décor en une vision surréaliste. La série Le philosophe, présentée dans le hall du Liberté, est d’une absurde hilarité. Le duo parvient à détourner un environnement triste pour en faire le décor d’une scène joyeuse et fantasque. La beauté et la joie de ce monde sont une question de regard et de perception. Leur leitmotiv serait d’éveiller la vie par une touche d’excentricité. Le nom « épectase » signifie dans la doctrine chrétienne « extension de l’homme vers le divin ». Corentin et Printemps recherchent à tendre notre être vers une autre réalité, non celle triste qu’on voudrait nous faire admettre mais celle joyeuse que chacun peut créer.

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Dessins de René Caussanel

En montant vers le hall supérieur, nous découvrons les dessins de René Caussanel. Né en 1951 à Rodez, il a réalisé cette série de portraits alors qu’il était hospitalisé à la Clinique psychiatrique de la Borde dans le Loir-et-Cher. Ces portraits des pensionnaires, réalisés entre 2000 et 2004, sont traités avec humilité et vérité, les traits de graphite rendant toute leur humanité à ces visages souvent écorchés par la douleur mentale.

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Performances animalières par Moussa Sarr

Né à Ajaccio en 1984, Moussa Sarr a étudié à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulon. Son travail a d’ailleurs été exposé l’an passé à l’Hôtel des Arts – Centre d’Art. Ce prodige performeur revient avec dérision et ironie dans des vidéos où il revêt le rôle d’un animal, se servant de cette analogie pour dénoncer  la différence avec autrui et les torts de notre société. Ce fabuliste contemporain -comme il se définit lui-même, prodige performeur, se sert de ce médium et d’un langage constitué de sons et d’onomatopées afin de délivrer son message. Il prend la voix et la gestuelle d’animaux – La Hyène, la Grenouille et le Scorpion et le Lapin-et exploite cette analogie pour parler des êtres humains, de la société, sur un ton sarcastique et dérisoire. « Même si j’utilise l’humour » précise-t-il, « il faut que mon acte soit engagé et devienne un moyen de réfléchir sur certaines choses ». Aujourd’hui, son travail a intégré de prodigieuses collections d’art contemporain et il  fait partie de la promotion 2017/2018 des pensionnaires de la Villa Médicis à Rome.

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Dessins de René Caussanel et douche sonore de Zabou Breitman

Une dernière installation se tient au milieu de ces oeuvres consacrées au thème de la folie. Une douche sonore, concotée par l’actrice et réalisatrice Zabou Breitman, qui était présente lors du vernissage pour la présentation de son spectacle « Logiquimperurbabledufou« , création du Liberté 2017. A sa manière, elle interroge  la notion de folie et le spectateur ne sait plus qui est le fou dans cette pièce aux délires psychotiques et aux comiques névroses. Elle sera de nouveau présente au Liberté le 23 novembre lors de la table ronde consacrée à la question « Tous les artistes sont-ils fous? » , sur le lien entre folie et création. Nous y retrouverons Charles Berling, acteur, réalisateur, directeur du Liberté et qui avait fait des lectures à la Clinique de la Borde, René Caussanel, Jean-Marie Cartereau, artiste et responsable culturel du centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu et le psychanalyste Yannick Oury-Pulliero. Absent de cette table ronde, l’artiste Moussa Sarr nous livre cependant sa vision : « La différence entre l’artiste et le fou, c’est que l’artiste traverse le mur de la réalité, prend ce qui l’intéresse,  en sort afin de retranscrire la chose dans son oeuvre alors que le fou traverse ce mur mais n’arrive pas à en sortir. » Une exposition et une réflexion sur l’art à découvrir…à la folie!

INFORMATIONS PRATIQUES
La raison du plus fou est toujours la meilleure
Jusqu’au 02 décembre 2017
Le Liberté – Scène Nationale de Toulon
Place de la Liberté
83000 Toulon
http://www.theatre-liberte.fr

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