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Charles Berling, la passion en Liberté

Temps de lecture : 4 minutes et 59 secondes

Volubile et généreux, Charles Berling ne résiste pas à parler de sa vocation . Une vocation d’homme de scène qui l’amène sur tous les fronts : à la télévision, avec la série « Glacé » diffusée sur M6. Puis au cinéma avec le film « Elle » de Paul Verhoeven avant de le retrouver l’an prochain dans un film d’Erick Zonca. Sur laes planches enfin où son jeu pour Vu du Pont d’Arthur Miller lui a valu un Molière.

Commandeur de l’Ordre des Arts et et Lettres, il est aussi romancier, chanteur et surtout directeur du Liberté –scène nationale de Toulon, fonction qu’il partage avec Pascale Boeglin-Rodier, notre invitée de la semaine. Actuellement en tournée pour la pièce qu’il a produit Dans la solitude des champs de coton , d’après l’ouvrage de Bernard-Marie Koltès, Charles Berling s’est entretenu avec nous.

D’où provient cette boulimie de travail ?

J’ai de nombreux désirs et j’ai la chance de faire un métier passionnant. Quand j’ai étudié l’art dramatique au Lycée Dumont d’Urville à Toulon, on explorait toutes les facettes du métier : on écrivait les pièces, on mettait en scène, on jouait, donc pour moi, acteur, écrivain…c’est mélangé. J’accomplis beaucoup de choses passionnantes avec cette chance inouïe de pouvoir les faire comme je le sens. Cependant, un projet en entraînant un autre,, je m’en veux parfois de faire tant de choses mais que faire, je ne vais pas me changer! J’aime travailler depuis toujours et à chaque fois qu’un projet me vient, je m’y lance avec passion. C’est merveilleux ! Et pour la gestion du Liberté, je peux m’appuyer sur une équipe dynamique qui nous aide au quotidien.

Comment arrivez-vous à passer d’un rôle à l’autre ?

Il m’arrive de tourner en journée et de jouer une pièce le soir ! Mais ce fonctionnement est salvateur parce que tous ces rôles se complètent et  permettent de ne pas s’enfermer dans une seule chose. Avoir plusieurs activités en même temps me nourrit et, fait étrange, c’est ma façon de me concentrer! Il faut dire que chaque projet se prépare souvent longtemps en amont. En même temps  que je vous parle et que je répète la pièce de Bernard-Marie Koltès, je suis déjà en train de penser à un projet que je mènerai en 2019, à la pièce que je répète dans 2 mois que je relis chaque soir, ainsi qu’un scénario pour mai prochain. C’est le même métier d’écriture donc complémentaire. Quant au Liberté, j’ai toujours eu à cœur de de diriger une institution. Défendre les outils que nous possédons afin que des personnes puissent voir des spectacles permet de faire exister notre civilisation. Mon rôle de directeur est de défendre ces outils auprès des publics, auprès des politiques, qu’ils correspondent à notre société…Finalement, toutes mes fonctions vont dans le même sens.

Êtes-vous sensible aux différentes formes d’écriture ?

Je pratique un métier où l’écriture prend de multiples formes : romanesques, comiques, dramatiques…Je lis beaucoup, j’interprète des textes, cette confrontation à l’écrit m’a donné envie de  m’y atteler aussi.  J’écris depuis que je suis tout petit et on ne peut pas être acteur sans être insensible à l’écriture des autres. Je  dis toujours  : « Même si vous écrivez mal, écrivez quand même parce que vous lirez mieux ».  L’écriture et la littérature sont merveilleuses. L’écriture vous structure vous donne à penser les choses sauvages que vous avez à l’intérieur de vous-même ; elle nous civilise plutôt que d’être juste dans un rapport de force ou un rapport d’incompréhension par rapport à nos propres pulsions, parfois si mal utilisés.

Dans la programmation actuelle du Liberté, vous abordez la folie humaine sous tous ses aspects. « Vous n’aurez pas ma haine  » et « Lettres à Nour  » sont deux témoignages de la folie terroriste.

Vous n’aurez pas ma haine  est l’adaptation au théâtre du livre éponyme d’Antoine Leiris. Le soir du 13 novembre 2015, son épouse Hélène a été tuée au Bataclan. Antoine Leiris raconte les jours qui suivent ces évènements, l’absence, l’apprentissage de la vie entre un père et son fils sans la femme qui avec qui ils formaient un trio vital. Lettres à Nour  est une discussion épistolaire entre un père, musulman, et sa fille qui est partie en Syrie rejoindre son mari, lieutenant de Daech. Ces 14 lettres sont bouleversantes, violentes. Le sujet est très en prise avec ce qui se passe aujourd’hui et parler de Daech à travers l’amour intime est assez percutant. Cette relation épistolaire a duré deux ans. Au Liberté, nous ne nous interdisons rien et surtout pas de travailler avec des sujets à vifs actuels. Le théâtre, et l’art en général, est là pour tendre un miroir à la société. J’ai fait la lecture des Lettres à Nour en Avignon l’été dernier, enregistrées pour France Cultureet on sent qu’il y a une matière dramatique très forte. Je suis un homme sensible aux histoires bien racontées, aux bons textes et pas forcément parce que ce sont des sujets d’actualité mais quand c’est le cas, cela donne à réfléchir. Le Liberté est un lieu d’expression où s’opère une ouverture d’esprit.

Est-ce le rôle du théâtre ?

Le théâtre peut être divertissant. Nous pouvons procurer du plaisir mais les spectacles sont aussi des outils pour partager des expériences, comprendre le monde…L’art de manière général est une chose vitale. Parfois, on lit un bon bouquin, on découvre une œuvre, cela sauve votre journée, votre mois, parfois votre vie.  J’ai découvert Albert Camus à 13 ans, çà m’a sauvé la vie. L’artiste nous apporte une perception qu’on ne voit pas du monde. Trop de gens sont dans des rails alors il faut des endroits où l’art et les êtres se disent: nous pouvons exister! Notre rôle aussi est aussi de faire vivre des spectacles, c’est pour cela que nous soutenons des résidences et que nous produisons des pièces. Le Liberté est porté sur le monde méditerranéen. On essaye de comprendre comment fabriquer une production qui soit à la fois attirante pour tous les publics et en même temps qui nous corresponde car c’est çà une direction. Nos choix passent par le regard de Pascale et moi-même, mais aussi par l’équipe du Liberté.

Quelle est votre actualité?

Je serais au Théâtre Antoine à Paris dès le mois de décembre pour répéter la pièce Art  de Yasmina Reza(représentations dès le 30 janvier 2018). C’est une pièce à la fois très drôle et très populaire, qui  raconte quelque chose de fascinant sur l’amitié, sur le rapport à l’art, entre questionnement et divertissement. Mais avant, je participerai à la table-ronde « Tous les artiste sont-ils fous  » du Liberté le 23 novembre. Dans le spectacle de Zabou Breitman que nous avons reçu en résidence et produit, Logiquimperturbabledufou , on voit bien que les soignants sont aussi fous que les soignés, les médecins devenir aussi fous que les patients et on ne sait pas qui est atteint de folie. Zabou participera aussi à ce questionnement. Il n’y a pas de normalité, je dirais qu’il y a autant de manière d’être fous que d’être humain. On a souvent une image de l’artiste pris par la folie mais je pense qu’à un moment donné, certains osent exprimer ce qu’ils sont et d’autres préfèrent mettre des masques. La folie peut être vécue comme une grande souffrance. Enfin, je suis en tournée pour Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, qui prendra fin le 24 novembre au Théâtre Le Forum de Fréjus. L’écriture de Koltès est fascinante. Cette pièce est extraordinaire et met en opposition un dealer noir et un client blanc dans un quartier mal famé. A la suite de leur discussion s’engage une sorte de combat verbal et physique. Il y a des évidences, des zones sophistiqués mais d’une grande force poétique. Koltès est un grand dramaturge et je suis ravi de l’avoir retrouvé.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Liberté – Scène Nationale de Toulon
Tous les artistes sont-ils fous?, table-ronde, 23 novembre à 20h
Grand Hôtel Place de la Liberté
83 000 Toulon
Lien internet ici