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Co-fondatrice et directrice de l’Atelier de Visu à Marseille (1998/2013), la commissaire et éditrice Soraya Amrane ouvre aujourd’hui un nouveau lieu de la photographie à Marseille, engagé et chaleureux. Rencontre.

Du lieu de travail à la librairie-galerie, l’idée de départ : À la fermeture de l’Atelier de Visu il y a quatre ans, j’ai continué à accompagner, avec mon association soutenue par le département, la ville et la région, les photographes dans leurs parcours artistique, pour monter des expositions, monter des dossiers d’aide à la création, faire des livres, sans pour autant avoir de lieu. Au fur et à mesure, la nécessité d’ouvrir quelque chose est devenue une évidence, donc j’ai décidé d’ouvrir un petit local, mais tout petit. L’idée de départ, c’était simplement de me retrouver dans un espace ou je puisse travailler et recevoir correctement les artistes, faire des séances critiques de travail, monter des expos, montrer la maison d’édition, les bouquins, puis, je me suis dit que ne mettre que nos livres, c’était un peu auto-centré, donc on va mettre les livres d’autres auteurs, d’autres éditeurs, et puis il y a des murs, donc bon, pourquoi pas mettre des images.

« Cet espace n’est pas destiné seulement à la vente de bouquins de photo et de poésie, c’est aussi un espace d’échange, c’est là qu’on reçoit les photographes, c’est là qu’on travaille sur nos livres, c’est là qu’on va faire des rencontres et des discussions… c’est un acte politique de faire un petit lieu avec des petites actions, à l’encontre de l’industrie culturelle qui se met en place depuis quelques années en France et en particulier à Marseille. » – Soraya Amrane

Un lieu chargé d’histoire à l’emplacement choisi : J’avais la volonté de m’ancrer ici, dans le quartier du Cours Julien, car c’est un quartier historique et artistique, par essence, de Marseille. Un ami m’a dit que le local du Vidéodrome était disponible, je l’ai pris immédiatement et on l’a rénové en cinq mois avec mon compagnon! Le Vidéodrome était le premier lieu ouvert il y a une vingtaine d’années à Marseille, un espace de location de films d’art et essai. Il a duré là treize ans, puis ils ont déménagé pour aller sur le Cours Julien pour se développer et ouvrir une salle de cinéma qui existe toujours, avec laquelle nous collaborons, où nous montrons des slideshows de photographes. Ce que nous voulons faire avec Zoème, c’est collaborer un maximum avec des associations culturelles et artistiques d’ici. Le Cours Julien, c’était d’abord un secteur de marchands, et quand les marchands sont partis ils ont libéré des locaux, beaucoup d’artistes se sont installés car les locations étaient très peu chères. Le local où nous sommes, c’est une ancienne mûrisserie de bananes, comme beaucoup d’autres lieux alentours. C’est comme ça que, doucement, c’est devenu un quartier d’artistes, avec des concerts, des expositions, des happenings, des événements. C’était important de rester ici. La galerie était déjà ici, et le lien social est important, c’est ce qui fait la force de ce quartier: malgré le peu de moyens, les choses se font. Et, pour moi, ce qui est primordial, avant tout, c’est de faire.

Une programmation engagée : Le lieu a ouvert les 26 octobre, c’était une belle fête, et, pendant les cinq mois des travaux, j’avais continué à faire des expos pour le Printemps de l’Art Contemporain à Marseille, pour le FRAC, pour Tarascon, et, également, un numéro de la collection Cahier, que j’ai initié il y a 5-6 ans en coproduction entre Zoème, notre maison d’édition, et Patrick Le Bescont de Filigranes Editions. Il est sorti il y a quelques jours à peine, c’est le numéro 6, avec Ferhat Bouda. Le 30 novembre, il va y avoir une exposition et une signature de Ferhat Bouda, de ce cahier en question qui retrace son parcours, car le principe de la collection, c’est de raconter ce qui se passe avant l’oeuvre, les recherches, croquis, idées des photographes, tout ce qu’on ne voit jamais, l’intimité du travail et des artistes. J’adore cette collection, j’en fais un tous les ans, suivant le financement car c’est auto-produit. Puis, Samedi 9 décembre, on fait venir un éditeur qui s’appelle l’Arachnoïde, une petite maison d’édition qui fait des bouquins magnifiques, et qui vient nous raconter l’histoire de sa maison d’édition et ses auteurs.

La semaine d’après, on fait une signature avec quelques photographes d’ici, Monique Deregibus, qui a édité chez Filigranes, Gilles Pourtier qui a édité chez Poursuite, Pascal Grimaud qui a édité chez Filigranes, le samedi d’après ce sera Géraldine Lay qui a édité chez Poursuite, Jouffroy Matthieu, chez Poursuite, ou encore Sébastien Normand, auto-édité.

En décembre, avec ces premiers événements, nous aurons défini ce que veut être l’endroit, un mélange de poésie et de photographie, c’est pour cela qu’on fait venir un éditeur de poésie, des auteurs, pour que les gens s’approprient l’espace, car cet espace n’est pas destiné seulement à la vente de bouquins photo et de bouquins de poésie, c’est aussi un espace de travail, un espace d’échange, c’est là que l’on reçoit les photographes, c’est là qu’on travaille sur nos livres, c’est là qu’on va faire des rencontres et des discussions autour de la photographie, de la poésie et l’idée de penser les choses, c’est un acte politique de faire un petit lieu avec des petites actions, à l’encontre de l’industrie culturelle qui se met en place depuis quelques années en France et en particulier à Marseille, où on favorise les gros événements et on oublie les petits événements, les petits choses qui sont sur le terrain qui fabriquent de la pensée, qui fabriquent du lien entre les oeuvres d’art et les gens.

Pour le choix des livres et des éditeurs, on a d’abord privilégié mon réseau, car nous n’avons pas de financement pour faire des acquisitions de stocks. Un réseau construit de vingt ans, construit déjà avec l’Atelier de Visu: Filigranes, le Point Du Jour, Loco, le Bec en l’air… Nous voulions avoir d’abord le stock des amis en dépôt, pour pouvoir déjà avoir mille titres à l’ouverture et être une vraie librairie et pas seulement un petit coin de dépôt. C’est aussi des éditeurs qui sont des petits éditeurs, pas des gros éditeurs, c’est important car cela veut dire des livres accessibles: on commence à 10 euros pour aller à 50 euros maximum, c’est un accès à l’art à travers ces éditeurs. Ce qui n’empêche pas des achats d’éditeurs étrangers, car je ne veux pas faire juste du local et du français, et que les éditeurs japonais, scandinaves, anglais, ont des choix éditoriaux assez magnifiques, que j’adore. Alors il y a un petit budget consacré à l’achat d’éditions étrangères, parce que c’est important d’ouvrir la librairie, le regard et la pensée à travers des publications telles que Dewi Lewis, Mack Books, Journal, etc..

INFORMATIONS PRATIQUES
ZOÈME
8, rue vian
13006, Marseille
http://zoeme.net
https://www.facebook.com/zoemeasso/

 

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1 Responses to “Ouverture de Zoème, nouvelle librairie-galerie photo et poésie à Marseille”

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