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La belle vie numérique n’est pas une exposition d’art numérique mais le regard porté par 30 artistes du monde entier sur la transformation de notre vie quotidienne avec l’apparition d’internet et plus largement des technologies numériques.

Depuis l’avènement d’internet dans les années 80 qui a vu naître depuis vingt ans Google puis les différents réseaux sociaux, tout un monde virtuel s’est créé et installé. Un espace d’informations numériques en perpétuel mouvement et constamment enrichi, que Dan Simmons dans son roman d’anticipation Hypérion appelait « infosphère ».

L’impact de cette révolution touche tous les domaines de la vie : de la santé à la communication, du transport à la construction et bien sûr la culture et les arts. Il est dorénavant possible de visiter un musée sans s’y déplacer. La profusion et la circulation des images remettent en question la notion de droits d’auteur. Dans cet espace se sont développé de nouveaux outils de création. L’intelligence artificielle et autres algorithmes projettent la création artistique dans une nouvelle dimension.

A l’heure où les selfies entrent dans des galeries ou des œuvres Instagram dans des institutions culturelles comme la Tate Moderne de Londres, cette exposition collective, sous le commissariat de Fabrice Bousteau, directeur éditorial et rédacteur en chef de Beaux Arts Magazine, propose un regard d’artistes sur le monde numérique actuel et à venir.

Le voyage spatiotemporel commence dès la façade de la Fondation avec une création lumineuse de Pablo Valbuena qui donne à l’immeuble des allures de vaisseau spatial.

L’exposition décline plusieurs visions ou interrogations : De l’utopie à la « GAFAtopie », des absurdités aux dictâtes de beauté numériques, des fantasmes aux peurs, du réel aux mondes parallèles. Tout un monde des possibles à portée du plus grand nombre. L’informatique, ses développements technologiques et ses algorithmes… sont devenus aussi les matières premières d’artistes nés dans l’ère 2.0.

Abolissant les frontières entre les disciplines et les époques, les artistes proposent de nouveaux modes de pensée et revisitent les œuvres iconiques de l’histoire de l’art pour les pousser à muter. Carla Gannis recrée le  Jardin des délices de Jérôme Bosch dans un univers second life avec de nombreuses références actuelles comme des émoticônes ou encore Lee Lee Nam déforme le baiser de Klimt dans un tourbillon fluide. Jean-Baptiste Lepeltier à partir de l’application Deep Dreamer transforme des œuvres célèbres.

Ironique et politique, Aram Bartholl interroge et révèle l’absurde du monde internet. Il reprend par exemple, les codes captcha, ses codes de lettres dansantes qui permettent de vérifier sur internet que vous n’êtes pas un robot, et en créer des œuvres qui s’apparentent aux tags, graffitis-signatures des street-artistes. Ou encore il reprend des photos de passages de migrations clandestines qui sont revisitées façon Google Steet View.

Radio Aporee de Uni Noll, avec ses prises de sons en plusieurs lieux distincts sur la planète, est une radiographie sonore du monde en direct sur internet. Dans le même esprit Marie-Jolie Bourgeois présente une mosaïque d’images transmises en temps réel par des webcams braquées sur le ciel et installées aux quatre coins du monde : on y voit une multitude de ciels qui recomposent un firmament qui évolue au rythme de la rotation de la Terre. Le spectateur devient ainsi le maître de la lumière et des ténèbres devant sa console.

D’autres encore cherchent à donner une consistance à l’invisible. Scenocosme fait parler la vibration d’une feuille de bois et vous permet de faire chanter des oiseaux en caressant des plantes. Les vases de Matteo Nasini semblent sortir de l’atelier d’un artisan italien reproduisant le même savoir-faire depuis des générations, alors qu’en réalité ils ont été produits par un algorithme et une imprimante 3D retranscrivant l’analyse des rêves d’un individu. Psychanalyse numérique ! Véronique Béland nous permet de réaliser notre cartographie émotionnelle sur place. Après avoir posé la main sur un capteur, on obtient un portrait photographique de son aura et un portrait sonore joué au piano.

Coté recherche esthétique, Sériès et Sériès explorent le potentiel de l’architecture. Dans Recherches ils dessinent leur vision d’un Paris futuriste et utopiste, transposant dans les points de vue de la capitale des architectures-sculptures virtuelles issues de citations artistiques et graphiques.

Vous pourrez voir également en exclusivité, et pour la première fois exposé en France, le fameux The Next Rembrandt réalisé en 2016 soit 373 ans après la mort de l’immense artiste. Après avoir étudié l’ensemble des portraits de l’artiste et sa façon de peindre, ce tableau a été créé grâce à des algorithmes et une imprimante 3D reproduisant son style, sa palette et même son toucher. Intrigant !

Bref, une exposition fleuve qui questionne, amuse, terrifie, fascine, hypnotise… où les 30 artistes réunis par Fabrice Bousteau nous amènent à réfléchir sur la société et les arts d’aujourd’hui et de demain. Un voyage qui ne fait que commencer.

INFORMATIONS PRATIQUES
La Belle Vie Numerique !
Du 17 novembre 2017 au 18 mars 2018
A la Fondation EDF
6, rue Récamier
75007 Paris
Entrée libre
du mardi au dimanche de 12h à 19h Sauf jours fériés
http://fondation.edf.com

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