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Comment donner une suite à l’œuvre d’Henri-Georges Clouzot ? C’est la proposition culotée et présentée à l’espace Topographie de l’Art : Clouzot et les Arts Plastiques : Une Suite Contemporaine.

Cette exposition propose la vision d’artistes plasticiens, aux disciplines aussi variées que le dessin, la vidéo, la peinture, la photographie ou l’installation, sur l’œuvre d’Henri-Georges Clouzot qui fait d’ailleurs l’objet d’une rétrospective actuellement sur Arte.

Henri-Georges Clouzot ne fut pas seulement un amateur d’art éclairé. Son cinéma tout entier est imprégné par les arts plastiques. Comme sujet principal, dans le fameux « Le Mystère Picasso » dans lequel on voit l’artiste catalan réaliser devant nous plusieurs tableaux, ou encore dans « La Prisonnière » dont l’intrigue se déroule dans le milieu de l’art cinétique. Mais aussi dans la construction de ses films, travaillant avec un soin inouï chaque plan, chaque cadrage, comme des œuvres picturales. Et particulièrement dans les recherches visuelles, colorées et expérimentales de l’inachevé « l’Enfer ».

Treize artistes plasticiens, venus d’horizons différents, ont accepté de relever ce défi : donner une « suite » au cinéma d’Henri-Georges Clouzot au moyen de leur propre registre d’expression. Ils nous proposent de revisiter les grands thèmes chers à H.G. Clouzot : l’amour fatal, l’angoisse, la noirceur morbide, la trahison, la jalousie, la folie, la pulsion paranoïaque, le voyeurisme… en s’appuyant sur une partie de sa filmographie.

Les femmes se sont plutôt intéressées à la place de la femme dans l’univers de Clouzot ou plus directement à la sensualité ou la sexualité. Tia-Calli Borlase propose une installation faite de sculptures-objet et de photographies autour de « Quai des Orfèvres ». Fidèle à sa matière première principale, les matériaux de corsetterie, elle crée des sculptures fragiles et sensuelles, des exosquelettes ultralégers en lévitation qui évoquent la sensualité, voire la tension érotique, entre les personnages du film. A l’inverse, Aurélie Dubois propose une œuvre sans concession et revisite les rapports sadomasochistes présents dans « La Prisonnière ». Comme d’habitude, elle ne mâche pas ses images. Alexandra Mas a fait le choix de dresser un inventaire des personnages féminins et des obsessions dans la filmographie de Clouzot et Agnès Pezeu tente de nous dire « La Vérité » avec Bla-Bla, une centaine de langues en porcelaine bien pendues.

« Le Mystère Picasso » a inspiré Orsten Groom et Philippe Dupuy avec deux points de vue très différents.  Dans le tableau Figures, Orsten Groom, en composant par recouvrement et couches successives, une figure en entrainant une autre (comme le faisait Picasso), nous renvoie dans les sujets de prédilection du maître Pablo. Philippe Dupuy se penche sur le face-à-face des deux immenses artistes et interroge les espaces de création, celui du réalisateur et celui du peintre.

Myriam Mechita, sur le versant de l’intrigue et des deux femmes du film, François Boisrond, sur celui de la figure du gisant et du mort, se sont passionnés pour «  les Diaboliques », le film de suspens iconique des années 50. Quant à Ange Leccia, à travers la vidéo, et Franck Perrin, celui de la photographie, c’est à l’esthétique hallucinée  de « l’Enfer » qu’ils font hommage. L’immense billet de banque de Filip Markiewicz, bourré de références sur la puissance de l’argent et l’exploitation de l’homme par l’homme, se paye «  Le Salaire de la Peur.

Miguel Chevalier que l’on connait pour ses installations numériques et lumineuses présente deux œuvres de sa production propre. Elles font directement écho au film « La Prisonnière » dont l’un des personnages principaux est un artiste d’art cinétique. Pixel infini (jaune), une sérigraphie sur miroir sans tain, en est une référence immédiate, quant à Voxels Light en serait une adaptation contemporaine à l’ère du  numérique.

L’indomptable et toujours percutant, Claude Lévêque, avec juste deux mots, Poison et Masques, issus de sa série Murmures résume, en un raccourci fulgurant, tout l’univers cinématographique du maître H.G. Clouzot.

Commissaire : Paul Ardenne
Sur une idée de Ghislaine Gracieux
Artistes : François Boisrond, Tïa-Calli Borlase, Miguel Chevalier, Aurélie Dubois, Philippe Dupuy, Orsten Groom, Ange Leccia, Claude Lévêque, Filip Markiewicz, Alexandra Mas, Myriam Mechita, Frank Perrin, Agnès Pezeu

INFORMATIONS PRATIQUES
« Clouzot et les arts plastiques : une suite contemporaine »
Exposition du 18 novembre 2017 au 12 janvier 2018
Topographie de l’art
15 rue de Thorigny
75003 Paris
http://www.topographiedelart.com
Entrée libre

Cette exposition, produite par CINE PATRIMOINE CONCEPT, a été rendue possible grâce au partenariat d’INTERCONSTRUCTION, et à l’invitation de Topographie de l’art.

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