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Edouard et Valéria Escougnou-Cetraro ont créé leur galerie dans le marais en 2014 autour des perspectives et enjeux de l’image élargie. Une ligne cohérente qu’ils défendent avec passion. Valéria revient sur leur décision de participer à cette 1ère édition niçoise autour d’un solo show de Rebecca Digne.

Mowwgli : Pourquoi avoir décidé de participer à cette 1ère édition ? et quelle chambre choisie, obscure ou claire ?

Valéria Escougnou-Cetraro : Pour plusieurs raisons, la première étant cette impression très positive à travers nos échanges avec Haily Grenet et Odile Redolfi qui se sont montrées disponibles et convaincantes. Dès lors et malgré que ce soit une 1ère édition on a eu envie de leur faire confiance.
C’était intéressant pour nous aussi de bouger en France en dehors de Paris dans ce sud de la France très actif. Nous étions à Paréidolie à Marseille l’année dernière et le bilan a été très favorable. Le format du salon à petite échelle nous intéressait aussi.

Ensuite cette caractéristique fondamentale d’être un salon exclusivement dédié à la vidéo où l’on peut facilement la présenter. C’est un critère important car nous avons un grand nombre d’artistes dans la galerie qui travaille à partir ou avec ce medium. La plupart ont tous une pratique du film et pour certains cette pratique est centrale. Ce n’est pas toujours facile de présenter de la vidéo et de la défendre, cela nécessitant une logistique particulière dans les foires.
Au niveau du timing c’était assez idéal car nous présentions au même moment une exposition personnelle de Rebecca Digne à la galerie. Cela nous paraissait une bonne idée de faire une présentation parallèle avec un focus sur des travaux précédents.
Nous avons choisi le format de la chambre obscure pour permettre une immersion véritable au spectateur. A la galerie, à travers nos cycles d’expositions collectives, l’image est surtout envisagée avec l’interaction de plusieurs mediums. Habituellement nous prônons l’idée qu’il est intéressant de regarder la vidéo à côté de la sculpture, la photo à travers l’installation et d’ailleurs certains artistes de la galerie pratiquent la vidéo au sein de l’installation comme Laura Gozlan. Cependant cette fois nous avons opté pour le dispositif radical de la chambre obscure qui dans ce contexte nous semble plus approprié pour pénétrer vraiment dans le travail de Rebecca.

Mowwgli : Comment allez-vous organiser la proposition de Rebecca dans cette chambre de Felice Varini ?

V. E. C. : Nous allons présenter deux films, l’un « Sel » de 2016 présenté au centre d’art la Banque de Béthune (commissariat de Léa Bismuth), sera projeté sur le mur de la chambre et l’autre « Climat » de 2014 présenté dans un écran avec un casque, les 2 films présentant du son. Les films de Rebecca sont toujours courts (entre 3 et 8 mns) et concernent des actions en boucle, donc nous avons décidé de nous limiter à 2 pour que le spectateur ait un moment de concentration face au film. Pour être comme dit Rebecca « au cœur de l’action »et de la pensée. C’est un dispositif en réalité très simple.
Les organisateurs nous ont attribué la chambre de Felice Varini, ce qui nous rend très heureux et on tient à le dire, étant un artiste que nous apprécions beaucoup pour son travail et aussi que l’on connaît personnellement, car il nous a beaucoup soutenu et encouragé au tout début de la galerie. Symboliquement pour nous c’est très fort.
Après d’un point de vue artistique, Rebecca est sensible au travail dans l’espace, ce qui ne ressort pas complètement dans la sélection pour Camera Camera mais dans le film que l’on présente à la galerie où il s’agit de « tracer le vide » avec des cordes et ce rapport à l’espace est présent chez Varini.

Mowwgli : L’art vidéo s’il a trouvé son public, a-t-il trouvé ses collectionneurs ?

V. E. C. : Le rapport de l’art vidéo au marché est complexe effectivement pour plusieurs raisons. L’une des raisons principale restant que le film n’est pas un objet, donc pas palpable. Et aussi la grande diffusion des films sur des supports accessibles à tous rend ambiguë ce rapport de possession à l’œuvre.
Mais nous nous posons ces questions avec le film comme avec toutes les autres œuvres que l’on présente, car à partir du moment où l’on sort du cadre traditionnel des catégories de medium admises, surgissent tout de suite des questions autres, liées à la conservation, à la pérénité et la possibilité de vivre tous les jours avec ces œuvres d’art. Nous pensons au contraire que c’est possible et essayons de le démonter aux collectionneurs. Finalement c’est plus une question d’habitude et c’est possible de trouver des dispositifs pour permettre de visionner le film régulièrement ou bien le réserver à certaines occasions exceptionnelles. Il y a des collectionneurs qui organisent des projections. Il existe de nombreuses formules à explorer et après il y a la question liée spécifiquement à la vente en tant que telle, celle du nombre d’éditions. Rebecca fait partie des artistes qui se positionnent clairement là dessus et a répondu à la question par le biais du choix de la pièce unique comme avec « Tracer le vide » qui donne le titre de l’exposition à la galerie et « SEL » celui de Camera Camera. C’est une décision assez lourde à porter car cela implique un prix plus élevé mais nous pensons qu’il est important pour un collectionneur de savoir qu’il est le seul détenteur de cette œuvre.

INFOS PRATIQUES :
Camera Camera
Salon d’art vidéo
Les 25 et 26 novembre 2017
Galerie Escougnou-Cetaro
Hotel Windsor
11 rue Dalpozzo
06000 Nice
http://movimenta-camera.ovni.space

En ce moment à la galerie :
Rebecca Digne, tracer le vide
jusqu’au 23 décembre 2017
7, rue Saint-Claude
75003 Paris
http://escougnou-cetraro.fr

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