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L’endroit est vaste, encore emprunt de la modernité de la fin du XIXe, quand le métal triomphant dans l’architecture permettait à Eiffel de dépasser Babel. On imaginerait Clément Ader bichonnant là son aéroplane si l’histoire n’attribuait les lieux à  une ancienne fabrique de plaques métalliques destinées à la taille douce et à la photogravure. La modernité, l’audace et l’image se retrouvent précisément ensemble chez elles dans cette installation monumentale  du travail d’Olivier Dassault, photographe, sculpteur et plasticien.

Trois étiquettes donc, et une œuvre qui se décline encore dans la liberté des genres, du portrait de stars aux paysages de mégapoles transfigurées, des sculptures érigées en totems aux ciels camaïeux ou polychromes, traversés en une fraction de secondes et visés en cibles d’éternité, préludes à l’abstraction pure. Soucieuse de l’étiquette unique, la critique en est pour ses frais, de la même manière que l’histoire de l’art a dû renoncer à ranger Cocteau ou Man Ray sur un seul rayon. Fidèle à l’humble appareil réflex de ses débuts, Olivier Dassault a su décoller du monde réel auquel de premiers modèles nommés Doisneau ou Cartier-Bresson auraient pu le fixer. La forme, la couleur, le mouvement semblent avoir pris le dessus pour atteindre un niveau d’invention jubilatoire et pluriel. Le bel hors-série publié par notre confrère Beaux-Arts & Cie éclaire ses lecteurs sur un parcours qui n’a guère laissé de temps aux choix, encore moins aux hésitations. Ses premières photos de vedettes de cinéma, Dassault les a faites pendant les études supérieures qui l’ont mené à un DEA en Mathématiques de la décision, à un doctorat d’informatique de gestion et au diplôme de l’Ecole de l’air qui en fera un pilote qualifié IFR,  détenteur de plusieurs records du monde de vitesse. Le reste de la production est venu en marge de l’agenda compact de l’homme public élu conseiller de Paris à vingt-six ans, député de la première circonscription de l’Oise à trente-sept et à ce jour cinq fois réélu, président de plusieurs groupes d’amitié liant la France à la communauté internationale et du président du Conseil de Surveillance du Groupe fondé par un illustre grand-père. Le même hors-série revient sur cette filiation assumée, sur l’enfance orientée vers un futur de responsabilités, et sur les goûts affirmés d’un jeune homme plutôt beau gosse aimant la vie, la vitesse,  la photo et la musique telles que les célébrait la décennie 1970 et face auxquelles il n’entendait pas rester contemplatif. S’évader vers les plages rares de quelques heures de liberté pour photographier, peindre, composer ou sculpter comme se mettre aux commandes d’un Falcon, c’est précisément ce désir de liberté qui habite le labyrinthe d’un espace industriel converti en espace dédié à la création.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Grand angle, du figuratif à l’abstraction
Photographies d’Olivier Dassault
Jusqu’au 26 février 2018
Commissaire d’exposition Chantal Dusserre-Bresson
Atelier Grognard
6, Avenue du Château de Malmaison
92500 Rueil-Malmaison
• Musée d’art et de culture de Marrakech du 20 avril au 30 juin 2018
• Exposition Marlborough de New York du 31 mai au 5 juillet 2018.
• Numéro Hors-série Beaux-arts & Cie, 14€
http://www.od-art.com

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