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La première édition de MOVIMENTA dédié à l’image en mouvement, initiée par L’ECLAT, explore les différentes formes de la création audiovisuelle dans son rapport à l’économie créative et aux innovations technologiques.
Nous rencontrons Marianne Khalili Roméo à l’hôtel Windsor, à l’occasion du vernissage du salon vidéo Camera Camera, organisé par Odile Redolfi, en clôture du Festival.

« S’il y a des aspects disloqués dans la société française, l’on pense que l’homme s’en est toujours sorti par l’art, la sublimation, la culture, la connaissance et c’est là tout notre enjeu » Marianne Khalili Romeo

Mowwgli : Comment s’est construite cette 1ère édition de Movimenta ?

Marianne Khalili Romeo : Nous travaillons à L’ECLAT depuis la Villa Arson conçu comme un lieu de cinéma expérimental, de création en travaillant ses liens avec l’art contemporain, qui nous intéressent beaucoup. Ce faisant, nous nous sommes rendus compte que les artistes naviguaient beaucoup et naturellement entre ces domaines de l’image en mouvement, alors que les institutions avaient tendance à les séparer.
Notre 2ème réflexion portait sur les conditions économiques et matérielles de l’art vidéo, de la création filmique et à partir de là nous sommes arrivés à la conclusion qu’il y avait quelque chose à faire à Nice qui bénéficie d’un tissu contemporain fort, et aussi d’une histoire avec le cinéma d’avant-garde avec de grands cinéastes comme Jean Vigo qui ont tourné ici.

Dès lors nous avons défini 3 axes dès le départ :
-la question de l’économie, de l’ingénierie et des technologies qui sous-tendent cet art depuis l’origine, et second objectif ;
-le soutien à la jeune création, grâce notamment au Frac PACA, le jury avec une exposition scénographiée du Prix et enfin, le 3ème enjeu ;
-sortir l’art des lieux dédiés en proposant, au sein même de l’espace urbain des projections en plein air dans des situations inédites.

Mowwgli : Quelle a été la réception du public ?

M. K. R. : Beaucoup d’initiatives ont très bien fonctionné, comme l’exposition des nominés du Prix, des projections et bien sûr les expositions dans la ville avec les galeries qui ont joué le jeu, les institutions culturelles en résonnance : le Mamac, la Villa Arson, le musée Chagall mais aussi la librairie Vigna, la Galerie Eva Vautier, l’Espace à vendre, Lola Gassin, Les Narcissio, et bien sur des cinémas, ce qui est important.
Egalement des collaborations entre artistes et ingénieurs qui ont donné des œuvres très étonnantes, des réflexions sur le jeu vidéo qui peuvent inspirer les artistes dans leur narration.
Nous souhaitions questionner et rapprocher des formes artistiques rarement diffusées ensemble. Cela reste une 1ère édition avec des marges de progression. Certains ont pointé parfois un manque de lisibilité dans la mesure où les spectateurs sont habitués à avoir des catégorisations dans les programmes culturels. Dès que le format est atypique cela perturbe. Nous pensions au contraire que ce phénomène de perturbation est essentiel, notamment vis-à-vis du jeune public très présent à MOVIMENTA, ce qui montre que nous sommes connectés à cette jeunesse habituée à naviguer facilement entre plusieurs domaines : les vidéos et les performances. Grâce au projet de télé-performance monté par des étudiants de la Villa Arson et leur professeur, on pouvait se connecter via Facebook live et l’application mobile, pendant une semaine et voir des performances en direct. Il y a eu des initiatives de ce type, une sorte de MOVIMENTA Off, ce qui nous a porté et donné confiance.

Mowwgli : Quel est votre mode de financement ?

M. K. R. : Notre financement vient au départ de la Métropole Nice Côte d’Azur qui a souhaité monter un volet « art et technologie »avec des rencontres à la CCI, de la Ville de Nice puis de la Région PACA. Ces partenaires constituent le 1er socle d’appui manifestant une volonté institutionnelle, charge à nous ensuite de trouver ensuite des mécénats et d’associer tous les partenariats. La Villa Arson est notre partenaire naturel qui participe avec la très belle exposition d’Anthony McCall.

Mowwgli : Quel sera le rythme de la programmation ?

M. K. R. : Le format est biennal mais avec des rendez-vous. Dans la temporalité s’inscrivent des perturbations. Nous travaillons beaucoup sur le plan de l’éducation, de la formation professionnelle. Ces enjeux profonds agissent au delà de l’évènementiel. Notre vocation est de mettre l’art au cœur de la société, de la vie, lui redonner une place philosophique pour former les regards. Du point de vue économique, on sait que la société s’en sortira par la créativité. C’est donc important donc de donner des perspectives.
Nous avons cette chance de vivre avec le monde sensible et on se dit que l’on doit la partager.
Penchons nous par exemple sur l’évènement engagé « le Fort des Fous » de Narimane Mari, projection organisée au Mamac le 26 novembre.
Ce film de Narimane Mari, productrice et cinéaste de talent, étudie les impacts de la colonisation dans le monde actuel. Un film fort qui nous remet en perspective des situations de guerre, comme en Syrie avec ces combattants qui se sont engagés contre Daesh. Ce film a d’abord été pensé en installation pour la Documenta 14, (qui cette année se tenait à la fois à Cassel et à Athènes) à travers une collaboration avec Stéphanie Marin designer niçoise.

Mowwgli : Comment imaginez-vous le futur de Movimenta ?

M. K. R. : En plus de certaines parties du programme que l’on doit préciser ou mieux circonscrire, ce projet doit garder son exigence artistique sans faire de concession, pour créer du débat comme le cas du film The Square Palme d’or à Cannes qui a fait couler beaucoup d’encre. Nous devons continuer à relier les domaines de l’art concernant les formes filmiques, les images en mouvement car nous savons que c’est une circulation à engager, comme on le constate à la Villa Arson où les programmations de cinéma sont très appréciées des étudiants qui s’inspirent beaucoup de toutes ces formes d’invention et de narration. Nous avons envie de produire plus d’œuvres, l’une de nos missions également.

MOVIMENTA 2, sera l’occasion d’approfondir, de porter des moyens de production, étant donné le coût élevé de ce mediums qui en même temps reflète notre époque. Il permet vraiment de se rendre accessible à un très grand nombre par son immédiateté, sa force de représentation du réel, sa dynamique comme avec les œuvres de Pierrick Sorin (hôtel Windsor) directement accessibles, sans passer par le canal intellectuel. Le canal sensible marche immédiatement. Par exemple, le Grande Image Lab (programme de films d’artistes dans l’espace urbain) s’adressait aussi bien à des passants qu’à des gens qui vivent dans la rue qui ont été émerveillés, comme ils nous l’ont dit lors du point café. Une poésie assez magique et qui nous relie les uns aux autres.

EN SAVOIR PLUS :
Festival Movimenta
du 27 octobre au 26 novembre 2017
(Evénement terminé)
06000 Nice
http://www.movimenta.fr/biennale
http://www.leclat.org

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