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LA TEMPETE est la dernière exposition du Centre régional d’art contemporain  de Sète sous la direction de Noëlle Tissier. Une figure emblématique et incontournable de la scène culturelle sétoise à laquelle rendent hommage Hugues Reip, commissaire de l’exposition, et les 46 artistes de renom invités.

L’exposition est introduite par une œuvre de Marcel Broodthaers, un collage d’une image de tempête accompagnée d’un texte manuscrit : « Chère petite sœur, celle-ci pour te donner une idée de la mer pendant la tempête… »

Une très belle manière d’installer le propos de l’exposition, sur le thème de la Tempête bien sûr, mais également de rendre un vibrant hommage à Noëlle Tissier, créatrice et présidente du Crac de Sète, qui vient de quitter ses fonctions. Elle fut effectivement une sorte de grande sœur à un grand nombre d’artistes au début de leur carrière, en leur proposant résidences et expositions. L’expo est donc aussi un rappel aux origines du centre et donne une sorte de point final à l’ère Tissier. Hugues Reip, commissaire de l’exposition, le confirme en réunissant une cinquantaine d’artistes qui ont tous participé au rayonnement du centre et à sa réputation, dorénavant nationale. Les premiers seront les derniers. Comme par exemple, Jean-Michel Othoniel, invité en résidence dès 1988 par Noëlle à la Villa St-Clair, qui faisait l’objet d’une monographie au centre tout l’été et qui contribue à cette exposition collective.

Point de départ du thème de l’exposition, deux œuvres majeures dont la tempête est le sujet principal. L’une littéraire, la pièce éponyme de William Shakespeare qui, dès ses premières lignes, évoque la violence des éléments qui se déchaînent et de la peur instinctive provoquée en nous. L’autre picturale, est le formidable tableau de Giorgione, La Tempesta, (1500-1510, Galleria dell’Academia, Venise) dont les personnages semblent indifférents à l’imminence du danger qui menace dans un ciel ombrageux.

Vous l’aurez peut être compris l’exposition fait référence à un sujet sur lequel, de longue date, de nombreux artistes et auteurs se sont penchés : les tourmentes atmosphériques mais aussi les violentes agitations psychologiques des tempêtes intérieures. « C’est autour de ces quelques notions que s’est articulé le choix des artistes, de leurs œuvres, pour faire de cette exposition un « événement indéfinissable » » précise Hugues Reip.

La première salle fait apparaitre autant de signe de la tempête en devenir. De la première goutte annonciatrice, symbolisée au centre de la pièce par Time Laps de Michel François, un goutte à goutte de vinaigre qui creuse petit à petit un cube de marbre noir. Des bourrasques, évoquées par les tourbillons de Sigurdur Arni Sigurdsson qui font claquer les fenêtres d’une petite chambre, en mine de plomb et phosphore, de Jean-Michel Othoniel. Du ciel qui se voile derrière le rideau d’eau symbolique d’Ann Veronica Janssens. Jusqu’au coup de foudre de Boris Achour, Leftlovers, qui évoque ici à la fois l’éclair et les émotions intérieures.

L’arrivée de tout ouragan provoque des inquiétudes, parfois des peurs primales. Dans la deuxième salle, les artistes n’y vont pas par quatre chemins : le duo Hippolyte Hentgen évoque la peur de l’araignée, des fantômes et de la mort, et François Curlet, avec 2 vidéos, convoque celles du feu et de la castration, en tout cas de la destruction.

Viennent ensuite les troubles de la perception. En ayant recours à des distorsions spatiales et lumineuses, Bertrand Lamarche propose avec Réplique une sculpture à la fois extatique et conceptuelle. Avec un subtil jeu de reflets de lumière, il donne vie à une entité protozoaire virtuelle. Tandis que Morgane Tschiember, avec d’étranges gros plans d’opercules de yaourts, nous embarque dans l’espace jusqu’aux trous noirs. Troublant !

L’infiniment grand face à l’infiniment petit.

La salle suivante interroge plutôt nos tempêtes intérieures. On peut y voir, entre autre, une série de vanités de Roland Flenex ou Paul Pouvreau et les questionnements existentiels d’Annette Messager ou mystiques de Laurent Grasso.

Puis nous découvrons le résultat de la tempête que nous venons de traverser : Une porte d’Olivier Nottellet à deux mètres de hauteur. Est-ce le sol ou notre raison qui se sont effondrés ? Les deux peut-être ? Une veste recouverte de mousses et végétaux de Michel Blazy et un être hybride, à la peau informe, issu des profondeurs marines ou émotionnelles de Johan Creten, sont échoués après le chaos marin. Un arbre déraciné par les vents de Pierre Ardouvin s’est installé dans un fauteuil et semble regarder une performance d’Hugues Reip, filmée par Ariane Michel,  où la beauté des fleurs doit faire face à la destruction des courants.

Enfin pour rester dans le domaine végétal, Didier Marcel nous présente dans un coin, les restes d’un champ de maïs, alors qu’au centre de la pièce une pomme-mappemonde géante, de Franck Scurti s’est brisée. Ils nous rappellent ainsi la fragilité du monde. Jacques Julien, quant à lui, nous rappelle celle de l’homme avec un certain humour et ses sculptures de personnages aux positions invraisemblables.

A l’étage, c’est le vent qui est à l’œuvre. Philippe Ramette, fidèle à son habitude, défie les lois de l’équilibre avec son installation A contre-courant (hommage à Buster Keaton), Mélanie Counsell a laissé s’échapper les mots et les sons avec deux œuvres énigmatiques tandis que les serviettes de Caroline Boucher sont couvertes de sable. Pour terminer ce voyage dans la tempête, c’est le temps qui est perturbé dans Le Lac Perdu de Claude Lévêque. Dans cette vidéo créée pour la 3e scène de l’Opéra de Paris, il nous propose une déambulation onirique dans l’univers des Opéras Garnier et Bastille où les perturbations sensorielles nous emmènent sur les traces de souvenirs envolés. Par la tempête probablement ?

Toujours est-il, le souvenir de Noëlle Tissier, lui, restera a jamais attaché au Crac de Sète, comme le montre encore une fois l’exigence de cette exposition et le prouve le bel hommage de tous ces artistes rendu à celle qui a reconnu très tôt leurs talents.

Commissaire : Hugues Reip

Les artistes :

Martine Aballéa • Boris Achour • Jean-Michel Alberola • Pierre Ardouvin • Michel Blazy • Caroline Boucher • Xavier Boussiron • Marcel Broodthaers • Frédéric Bruly-Bouabré • Rodolphe Burger • Melanie Counsell • Johan Creten • François Curlet • Dominique Figarella • Roland Flexner • Jacques Fournel • Michel François • Douglas Gordon • Laurent Grasso • Hippolyte Hentgen • Fabrice Hyber • Valérie Jouve • Jacques Julien • Ann Veronica Janssens • Bertrand Lamarche • Claude Lévêque • Didier Marcel • Philippe Mayaux • Mathieu Mercier • Annette Messager • Ariane Michel • Marcel Miracle • Jean-Luc Moulène • Olivier Nottellet • Jean- Michel Othoniel • Florence Paradeis • Philippe Perrin • Paul Pouvreau • Philippe Ramette • Jean-Jacques Rullier • Franck Scurti • Alain Séchas • Jim Shaw • Sigurdur Arni Sigurdsson • Morgane Tschiember • Yan Pei-Ming.

À propos de Hugues Reip :

Hugues Reip (1964) développe depuis le début des années 1990 une économie tout à fait personnelle qui, à travers l’art, les films, la musique ou encore le commissariat d’expositions, conjugue apparente simplicité, méticuleuse légèreté et efficacité pour explorer le fantastique et l’extraordinaire du quotidien et du familier. Il a notamment assuré le commissariat de « Les Pléïades, 30 ans des FRAC », Les Abattoirs, Toulouse en 2013 et présenté ses œuvres au MNAM – Centre Pompidou ou la galerie agnès b. à Paris.

INFORMATIONS PRATIQUES
LA TEMPETE
du 25 novembre 2017 au 11 mars 2018
Centre Régional d’Art Contemporain Occitanie/Pyrénées-Méditerranée
26 quai Aspirant Herber
34200 Sète
http://www.crac.languedocroussillon.fr
Entrée libre et gratuite
Ouvert tous les jours de 12h30 à 19h00,
Le week-end de 14h00 à 19h00
Fermé le mardi

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