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Découvrir la bande dessinée  : 3ème épisode

16 min. de temps de lecture.

#BubbleTips N°3 — Les Romans graphiques en 10 essentiels

Roman graphique, BD indépendante ou peut importe comment on les appelle, les livres produits par la nouvelle vague d’auteurs qui a émergé au début des années 90 a changé à jamais l’histoire du médium. La bande dessinée pouvait aborder tous les sujets, être aussi profonde & forte que la littérature mieux l’expérimentation graphique n’était plus réservé aux plasticiens ou aux tentatives isolées dans certains fanzines.
Dans les deux premiers dossiers, on s’est concentrés sur les albums fondateurs puis les nouveaux classiques (des séries essentiellement) mais cette fois on s’attache aux livres d’auteurs qui ont changé notre manière de lire de la BD.

📙 Place au troisième pilier de votre bibliothèque idéale Les Romans graphiques en 10 essentiels

1 – SILENCE
Prépubliée dans la revue (À suivre), cette histoire de magie noire et d’amour au coeur des Ardennes passe pour l’un des premiers romans graphiques en 1979 — le terme a été inventé une année plus tôt par Will Eisner mais n’avait pas encore traversé l’atlantique. Le travail de Didier Comès sur cet album marque les esprits pour son format inhabituel, prsque 120 planches découpées en chapitres avec un travail particulier sur la mise en scène et le noir. Le dessin et l’ambiance louchent du côté de Pratt, dont la Ballade de la mer salée était sortie dix ans plus tôt ; et pour les personnages du travail de Jacques Tardi dont Adèle Blanc-sec & Ici même venaient de paraître. Derrière ses maîtres, le jeune dessinateur va s’émanciper proposant une oeuvre dense et puissante et remportera le prix du meilleur album à Angoulême pour ce livre alors que l’auteur est encore quasiment inconnu. Une fiction d’après-guerre à la frontière allemande, une histoire “banale” d’abus, de vengeance et de meurtre teinté de fantastique. Nul doute que Comès avait en tête le Roi des Aulnes de Michel Tournier, Prix Goncourt en 1970, qui parle d’un “ogre” Abel Tiffauges torturé et mystique qui se rallie aux Allemands en pleine Seconde Guerre mondiale ; car l’un des héros de cette histoire est un gros homme qui revient d’Allemagne après la fin de la guerre, tout comme Abel. Un homme violent qui va élever le jeune Silence, un attardé léger au passé mystérieux. Pensons également à Maurice Pons dont le cadre glauque et étrange de ses histoires collent parfaitement aux paysages de Silence.

Comès va proposer une écriture différente des bandes dessinées de l’époque, jouant avec le texte, puisque muet Silence écrit ce qu’il dit, au milieu de cases où nous lisons aussi les bulles des autres personnages. Les détails, symboles et métaphores traversent ses planches pleines de silences pour faire écho à la malédiction de son personnage principal.

Une lecture qui n’a rien perdu encore aujourd’hui de sa puissance & de son lyrisme noir.


2 – LE TRANSPERCENEIGE
Bande dessinée d’anticipation, post-apocalyptique dans un désert de glace elle aussi prépubliée dans le magazine (À suivre) qui vous est sûrement familière grâce à son adaptation cinéma (réussie) par Bong Joon-ho en 2013 sous le titre de Snowpiercer. Pourtant cet album n’a failli pas voir le jour après le décès d’Alexis son premier dessinateur remplacé par Jean-Marc Rochette pour qui Jacques Lob révisa son scénario, avant de disparaître à son tour. Jean-Marc Rochette continue l’aventure avec l’aide de Benjamin Legrand pour les tomes 2 et 3 puis Olivier Bocquet pour le dernier volume. Nous suivons peut être les derniers survivants de l’humanité.

 

Condamnés à vivre dans un train géant lancé à grande vitesse dont le placement dans les wagons obéit à une hiérarchie sauvage où le lecteur assiste à l’épilogue d’une lutte des classes sauvage à travers la fuite en avant des plus pauvres vers la loco. Le dessin et le design de Jean-Marc Rochette mettent assez mal à l’aise, car on plonge immédiatement dans cet univers terrible. La mise en scène et le trait coupant du dessinateur servent admirablement le scénario crédible et rigoureux. Une dystopie effrayante conduite par plusieurs duos d’auteurs intrigants. Vous pouvez lire le 1er volume comme un one-shot, avant d’attaquer la suite.


3 – L’ASCENSION DU HAUT MAL
Chef-d’oeuvre de David B. cette série autobiographique est axée sur l’histoire de son frère épileptique et sa lente descente aux enfers. Elle offre en parallèle deux points de vue, celui du jeune David ballotté par ses parents en quête d’une formule miracle pour guérir ce grand frère et celui de la maladie noire, du haut mal envahissant qui va modeler leur vie à tous. Récit poignant sur la famille et l’empathie, sur les différentes réactions face à cet enfant différent, cette autobiographie est entrecoupée des rêves et désirs de l’auteur qui s’approprie le dessin comme parole. On comprend aussi son goût pour la miniature et la mythologie qui ont forgé son style si particulier. Dans les livres qui suivront, le dessinateur ira plus loin dans la mise en page et la construction très travaillée de ses planches à la manière de tapis persans,L’Ascension du haut mal est le livre de formation qui va lui permettre de se construire, de s’extraire de son double et de découvrir la puissance de la littérature et du dessin. Touchante, effrayante parfois, cette œuvre tient à la fois du rêve & du cauchemar. Et l’on est happé dans cet univers intimiste & familier où une ombre envahissante rôde. Les couvertures des différents volumes matérialisent bien cette expansion du mal, quand le noir des monstres recouvre un peu plus le dessin à chaque épisode jusqu’au noir quasi total derrière les personnages (c’est le seul regret de l’intégrale, ne plus avoir ce crescendo réussi.)

 

Le dessinateur qui a remis au goût du jour le récit de rêve et la réécriture des mythes (ses œuvres semblent toutes faire partie d’une même histoire perdue dans à la manière d’un fragment des Mille et Une Nuitsfantasmé) On ne peut que vous conseiller la plupart de ses albums, qui ne ressemblent à aucun autre en bande dessinée, mais qui ont élu comme phares Marcel Schowb, J.L. Borges et Antoine Galland pour ne citer qu’eux. Les livres et l’écrit en général sont des sujets récurrents dans ses livres et un mot peut cacher bien des choses.


4 – LE CRI DU PEUPLE
Vous le connaissez peut-être pour son travail monumental sur la Première Guerre mondiale à la fois fiction & essais. Plusieurs de ses livres se penchent sur les tranchées, les poilus et la drôle de guerre avec une approche scientifique & historique. Parfois à partir de travaux d’historiens ou du récit de son père, ses albums s’attachent avant tout à l’être humain, aux individus.
Peu d’auteurs, comme Jacques Tardi, ont proposé un engagement politique aussi fort, sans parasiter le récit, dans leurs œuvres. Sans faire de biographies ni de récit historique qui vont dans le sens de la Chronologie Officielle, l’auteur s’attache à raconter les vies des exclus, des oubliés de l’Histoire. Il donne la parole à ceux qui ne la possèdent pas, au propre comme au figuré, dans ses bandes dessinées grand public.
Et cette série revient sur l’un des moments clefs des luttes sociales en France, la Commune de Paris. L’histoire est écrite par les vainqueurs, c’est un fait accepté aujourd’hui par l’ensemble de la communauté scientifique, mais ce point de vue très récent n’a pas permis de rétablir certaines vérités dans les manuels scolaires et les livres d’histoire. Jacques Tardi se lance dans une fresque de ses jours noirs, tendus vers la liberté et la peur, la violence et l’espoir.

 

Son trait est reconnaissable entre tous, mélange subtil d’un style gros nez franco-belge & d’un travail du noir, d’ombres et de mouvements hérités de la ligne réaliste américaine. Un dessin qui séduit immédiatement par son apparente simplicité et dévoile ses secrets à force de relectures. Adèle Blanc-sec, sa série la plus connue, ou encore ses adaptations des romans de Jean-Patrick Manchette ont popularisé son style et son oeuvre auprès du grand public, mais moins connu, Le Cri du peuple est une de ses plus belles réussites.


5 – PERSEPOLIS
Encouragée par David B., Marjane Satrapi va construire une autobiographie en bande dessinée qui évoque son enfance en Iran pendant la Révolution Islamique et la dictature puis son arrivée en Europe et l’adolescence période punk avant un retour en Iran et son installation définitive en France. Un roman initiatique avec un regard aiguisé sur le monde qui se superpose dans ces pages pleines d’émotions.
Organisée autour de souvenirs thématiques, cette série aborde l’histoire compliquée de ce pays à travers les yeux d’une petite fille, un questionnement incessant sur la fin de l’innocence et la fragilité du monde qui nous entoure. Politique, religion, traditions, culture populaire,… tout est passé au crible et remis en question dans cette société qui fait table rase de son présent. La violence ressentie et retranscrite par le personnage de Marjane enfant nous fait ressentir le cauchemar progressif de la dictature qui s’installe. Un récit dur, heureusement contrasté par l’innocence poétique et l’humour féroce de la jeune fille.
Symbolique, iconique, proche des miniatures persanes dans la composition de ses planches, le trait de Marjane Satrapi innove en proposant ces personnages en blanc sur noir ou en noir sur blanc qui semblent découpés et collés sur le papier. Un style qui sera mainte fois copié, mais qui ouvre au moment de sa parution tout un nouveau champ d’exploration graphique.

 

Répétitions de motifs, variation de structure des cases, absence de décors récurrents ou scènes foisonnants de détails, superpositions et collages, irruption du rêve et de l’imaginaire dans la représentation du réel sans marqueur de distance,… Les pages de ses livres fascinent par leur apparente simplicité et fourmillent de trésors. Pas étonnant que ce langage si riche sous un vernis de simplicité ait traversé autant de barrières culturelles et linguistiques pour devenir l’un des albums contemporains français les plus lus à l’international.

Vous pouvez lire la chronique complète ici


6 – PILULES BLEUES
Si vous aimez la science-fiction intimiste et délicieusement tordue de Frederik Peeters, sachez qu’il a commencé sa carrière avec un album hors normes, une histoire d’amour inspirante qui s’ouvre sur une terrible nouvelle. Un amour de jeunesse perdu et retrouvé des années après, un début d’histoire d’amour des plus banals si ce n’est que sa compagne lui annonce qu’elle est séropositive.
La beauté de cet album est à la fois dans la cascade de sentiments qui passent par le dessin et les réflexions de l’auteur sur l’amour et la mort, le choix et la paternité, le regard de l’autre et la peur. Mais aussi par les réflexions, pensées, réactions du narrateur qui se questionne et essaie de prendre les bonnes décisions, de ne pas fuir, de communiquer. Le dessinateur arrive à nous faire sentir la fragilité de l’instant, la portée que peut avoir un seul mot ou un silence dans une conversation, la force d’un geste qu’on croit anodin comme une caresse ou un regard.
Le trait noir charbon et tout en courbe de Frederik Peeters ne ressemble à aucun autre, dès les premières planches, ce mélange de réalisme et de caricature, de précision et de déformation évoque le carnet de voyage, carnet de bord où l’auteur de laisserait aller dans les marges.

 

On croise des scènes de rêve, des motifs géométriques, des animaux et des plantes au milieu de ce récit réaliste. Sans tirer vers le fantastique ou la science-fiction, ce que l’auteur fera dans les albums suivants, ces irruptions offrent une respiration, un peu d’humour et une évasion visuelle dans cette histoire compliquée et au sujet difficile.
Malgré les scènes fortes et pleines d’émotions qui nous prennent à la gorge, c’est un livre à mettre entre toutes les mains, un album rare qui parle de sentiments, de ce que peut être l’Amour et de quoi est fait un être humain. Une belle leçon de vie, de dessin qui ne s’épuise pas après de nombreuses lectures.


7 – PASCIN
Série méconnue du prolifique Joann Sfar, ce feuilleton décadent et passionnant sur le peintre Pascin réuni en un volume forme un tableau détonnant ; complété d’un album hors série à l’aquarelle, La Java bleue, qui à lui seul mérite le détour.
Dans toutes ses planches, le dessinateur mêle fiction, mythes, philosophie et autobiographie ; un cocktail personnel associé à une rapidité d’exécution graphique qui lui a permis de publier plusieurs albums incroyables et de sombres ratages. Probablement l’auteur de BD le plus médiatisé en France, il divise la critique et les lecteurs à chaque nouvelle sortie entre ceux qui crient au génie et ceux qui dénoncent l’escroc. Malgré ça, on ne peut nier que certains de ces projets dont celui-ci sont des pépites, à la fois réussites sur le plan de l’histoire que de leurs innovations et approches graphiques.
Dans Pascin, il arrive à aborder tous ses thèmes de prédilections : l’amour & le sexe, la création artistique & la foi au coeur d’un Paris des artistes, dans la bohème des années 20.

 

Nous sommes à Montparnasse, Chagall & Soutine sont des habitués des tripots, on croise des bandits, des poètes, des prostitués et il ne manque qu’Ernest Hemingway que le peintre aurait vraiment croisé. Construit comme des épisodes, cette l’intégrale regroupe les mésaventures du peintre maudit qui passe plus de temps à boire et flirter que peindre.
Dans La Java bleue les Aquarelles sont sublimes de mouvement et de lumières, elles datent de l’époque où le dessinateur avoue sa nouvelle passion pour cette technique dans ses Carnets, et on voit tout l’amour qu’il porte à ce livre. Plus déjanté que la série en noir & blanc, ce hors série est une vraie récréation.


8 –PYONGYANG
Depuis plusieurs ouvrages Guy Delisle s’est fait une spécialité de raconter les dictatures et les pays en guerre à travers des chroniques toutes personnelles, des déambulations éclairées dans ces pays inaccessibles au plus grand nombre. Et cette vocation débute avec Shenzen et surtout Pyongyang, deux villes en pays fermé qui accueille une  grande partie des studios d’animation. Vous ne le savez peut-être pas, mais une grande partie des dessins animés de TF1 ou France TV sont produits là bas (la Corée du Nord abrite également les studios qui animent les Simpsons pour vous donner une idée de la puissance de cette industrie dans le pays le plus fermé au monde) L’auteur, animateur est envoyé dans ces contrées hostiles pour partager son savoir et œuvrer à plusieurs productions et devant le monde étrange qui l’entoure il commence à raconter son quotidien, une série de saynètes qui vont façonner son style et ses livres à venir. Par la suite il ira dans de nouvelles dictatures ou voyagera avec sa femme qui travaille dans le secteur humanitaire et continuera ses chroniques.

 

Son dessin garde beaucoup de points communs avec le dessin d’animation, les personnages sont très simples, mais le dessinateur accorde une grande importance au mouvement et aux décors. Les quelques traits qui esquissent les personnages arrivent à nous transmettre l’émotion et les réflexions du personnage, mais surtout l’humour de cet étrange quotidien.
Les autres livres sont tous fascinants et réussis, mais Pyongyang possède quelque chose de plus, est-ce dû à son sujet, à ce pays énigmatique et improbable ? Ou au côté naïf et encore innocent du narrateur, qui deviendra plus aguerri et informé par la suite ? Ce qui est sûr, c’est que vous devriez lire ce livre.


9 – LE PHOTOGRAPHE
Probablement un des récits les plus forts de la bande dessinée par la justesse de son propos et de son dessin. Non seulement Emmanuel Guibert arrive à rendre visuel les souvenirs d’un autre sans les réinventer (idée qu’il poursuivra dans les différents livres de souvenirs de son ami Alan Cope, voir notre coup de cœur), mais il utilise également les photos et les rushes du journaliste dont c’est l’histoire.
Pour certaines personnes le danger fait partie du quotidien : Didier Lefèvre rejoint Médecins sans frontières en Afghanistan en pleine guerre froide, et le voyage pour se rendre sur place est déjà une aventure périlleuse. Cette histoire raconte comment il arrive à passer côté Soviétique malgré les avertissements et comment il se fait menacer, suivre, kidnapper,…
Didier Lefèvre rejoint une mission de Médecins sans frontières en Afghanistan, alors en guerre contre l’Union soviétique, pour acheminer une aide médicale à travers les montagnes. Cette histoire montre la détermination d’un homme, et de ses amis, déterminés à aider leur prochain malgré les difficultés.
Anecdotes, récits de vie, situations sur le vif,… à travers le voyage de ce photographe ont découvre une région du monde et des habitants qui vivent loin de tout. Parfois drôles, souvent tragiques, ces situations dépeignent un quotidien qui nous est inaccessible habituellement, mais que la bande dessinée arrive à nous faire comprendre en quelques cases.

 

Un regard sur le monde qui utilise le médium BD dans ce qu’il a de meilleur. Les dessins, très stylisés et maîtrisés proposent une forme d’immersion poussée, complétée par les photographies qui font de l’ouvrage un mix entre le carnet de voyage et le récit. La bande dessinée vue comme un documentaire avec un travail graphique et poétique qui viennent soutenir l’ensemble. Le dépaysement est total dans ce triptyque bluffant. Probablement l’album que j’ai le plus offert en cadeau depuis 10 ans, tant l’approche et le sujet parle à tous les lecteurs, de bande dessinée ou non.


10 – BLAST
Manu Larcenet, champion de de l’umour (sans h version Fluide Glacial, mais on en parlera dans un prochain dossier) écrit des albums intimistes avec une recherche graphique qui sans cesse remet en question sa pratique Dallas cowboy, Presque, Ex Abrupto,.. Après le succès du Combat ordinaire, il se lance dans un récit noir & pesant au long court, travaillant son dessin et sa mise en page avec une rage qui donne à lire un album assez atypique. Contemplative et violente, cette série courte propose une plongée dans le glauque & dans l’empathie autour de personnages marginaux. Une bande d’individus pressés par la société qui cultivent leur indépendance peut être un peu trop. Jusqu’à ce que ça dérape.
Polar désabusé, récit d’un homme exclu de la société, cette enquête sous forme de flash-back ponctués de blasts, réuni les obsessions de l’auteur : la violence, l’obésité, l’autorité, la culpabilité, l’angoisse,… au milieu de somptueux dessins de paysages ou animaliers.

 

Les hommes sont à fuir, mais la nature est belle dans cette oeuvre. Après des années de mutation son style semble s’être fixé depuis cet album, Le Rapport de Brodeck qui suivra continuera dans cette voie. Et le dessinateur ne s’arrête pas là, dans sa recherche, il incorpore des dessins de ses enfants, véritables scènes d’hallucinations couplées aux moaïs qui symbolisent le blast.
Même si le scénario général est un peu classique, les histoires imbriquées elles ne le sont pas, et l’ensemble est réussi et ne ressemble à rien d’autre. Parler de l’universel par le détail, et du monde à travers un trou paumé, voilà la force des grandes oeuvres.

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